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Nadal, l'homme aux clés d'ocre
26/05/2012 - 10:39

Nadal, l'homme aux clés d'ocre

Il y a deux jours, j'évoquais ici même quatre scénarios pour le tournoi masculin, chacun assurant à cette édition 2012, à des degrés divers, de faire date. De ces quatre hypothèses, c'est la victoire de Rafael Nadal qui apparait comme la plus probable. Vendredi, lors du "media day", tous ses adversaires n'ont pas manqué de le désigner comme le grand favori. Ce n'est ni une facilité de langage ni une figure imposée. C'est une réalité. L'Espagnol est LA figure incontournable de Roland-Garros. Il écrase la concurrence de son colossal palmarès parisien.

Le seul homme qui s'est intercalé dans le palmarès durant son règne, Roger Federer, ne l'a jamais battu ici. Mieux, Nadal a dominé le Suisse à cinq reprises. Le seul joueur qui l'a battu, Robin Söderling, n'est pas là. Reste le seul à l'avoir véritablement déstabilisé sur terre battue ces dernières années. Novak Djokovic. Mais, d'une part, c'était vrai au printemps 2011. Nettement moins au printemps 2012. Par ailleurs, le Serbe n'a encore jamais gagné ici. Deux bonnes raisons de privilégier la piste Nadal.

Sur les courts de la porte d'Auteuil, l'adversaire numéro un du champion de Manacor, c'est lui-même. Si son corps ne le trahit pas, si ses genoux le laissent tranquille, c'est lui, et personne d'autre, qui aura les clés du tournoi. Je ne sais pas si Djokovic est réellement moins fort qu'il ne l'était il y a un an à pareille époque. Je n'en suis pas certain. Je crois surtout que, mentalement, il a eu du mal à s'investir à 200% ces dernières semaines, et ce, pour diverses raisons. Mais dans les deux semaines qui viennent, il fournira l'effort nécessaire en termes de concentration. Ce n'est cependant pas la question centrale pour moi. L'élément décisif, c'est que Nadal, lui, est un cran au-dessus par rapport à 2011.

Rafa est certainement beaucoup plus confiant qu'en 2011 en arrivant à Paris. Il évolue à nouveau tout près de son meilleur niveau sur terre battue. On peut situer le tournant de son printemps à Rome, lors de son quart de finale contre Berdych. Probablement le plus gros match de la saison sur terre jusqu'ici. Le Tchèque a joué à un niveau exceptionnel. Vraiment. Mais Nadal, ce jour-là, s'est pleinement retrouvé. Malgré ses victoires à Monte-Carlo et Barcelone, je n'étais pas pleinement convaincu. La finale monégasque contre un Djoko fantomatique ne pouvait vraiment servir de référence. C'était du bon Nadal, pas cette machine indestructible que l'on a connue jadis. A Rome, on l'a retrouvée. Cette gigantesque baston contre Berdych, c'était exactement ce qu'il lui fallait avant Roland-Garros.

Si Nadal conserve lors de la deuxième semaine parisienne cette intensité, cette détermination et cette qualité de frappe, il a toutes les chances de décrocher une septième couronne. Même s'il retrouve Djokovic en finale. Il pourra appréhender ce rendez-vous beaucoup plus sereinement que s'il avait eu lieu en juin 2011. Il peut vraiment remercier Federer d'avoir sorti Djokovic en demi-finales lors de la précédente édition, sans quoi il aurait probablement eu beaucoup de mal à dominer un joueur qui venait de le battre à deux reprises à Madrid et Rome sur sa surface fétiche et face auquel il peinait à trouver des solutions tactiques. Ce Nadal-là a gagné son sixième Roland-Garros sans être véritablement lui-même. Douze mois plus tard, la donne n'est plus la même. Parce que le Majorquin a retrouvé tout son punch. Et parce qu'il vient de battre Djokovic deux fois coup sur coup, lui rendant la monnaie de sa pièce de 2011, en tout cas en ce qui concerne la terre battue.

De ces deux victoires, la première, à Monte-Carlo, a été importante psychologiquement. La seconde tennistiquement. Elle est donc plus significative. On l'a dit, le Serbe, ébranlé par un deuil, n'était que l'ombre de lui-même en Principauté. Mais peu importe la manière. Nadal restait sur sept finales perdues contre lui. Il avait besoin de stopper l'hémorragie. A Rome, le contexte était différent. Les deux hommes savaient que ce duel-là, pour leur dernière sortie avant le Grand Chelem parisien, portait en lui une importance supérieure. Au Foro Italico, l'Espagnol a encore pris le dessus. Il faut en retenir deux éléments importants: d'abord, Nadal a gagné les points les plus chauds, les plus importants. Cela faisait longtemps que ça ne lui était plus arrivé contre Djokovic. D'autre part, il a su trouver certaines solutions tactiques, notamment en pilonnant le coup droit de Djokovic en long de ligne le plus près possible du couloir. Une filière peu exploitée par le numéro deux mondial l'an passé face à ce même adversaire et finalement payante dans la mesure où il a empêché le Serbe de trouver des angles d'attaque efficaces. Le grand mérite de Nadal, c'est d'avoir su remettre en cause ses schémas de jeu qui lui ont permis de martyriser tous ses adversaires sur terre pendant des années, mais qui avaient fini par se heurter à ce mur nommé Djokovic.

La confiance fonctionne selon le principe des vases communicants. Et en cas de finale entre Nadal et Djokovic, à l'heure de jouer les points déterminants, ceux qui séparent un immense bonheur d'une insupportable frustration (je pense, par exemple, à ce fameux passing manqué par Nadal dans le cinquième set à Melbourne), les deux victoires de Monte-Carlo et Rome feront peut-être la différence. L'équation Djokovic demeure la plus complexe à résoudre pour Nadal, mais une fois encore, j'ai beaucoup de mal à croire que le joueur que j'ai vu à Rome puisse être battu à Paris. A lui de garder ce cap. Tout dépend de lui. Lui, l'homme aux clés d'ocre.

Laurent VERGNE

twitter.com/LaurentVergne

 
 
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