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Bercy, chronique d'une saignée annoncée
01/11/2012 - 23:58

Bercy, chronique d'une saignée annoncée

Rafael Nadal et Roger Federer forfait. Novak Djokovic éliminé dès son entrée. Andy Murray et Juan Martin Del Potro out en huitièmes. Le Masters 1000 de Bercy a été décapité. Si l'ampleur de la saignée peut surprendre, elle ne tombe pas de nulle part...

Une chose est sûre, Bercy ne fait rien comme tout le monde. Le tournoi parisien est même un OVNI dans la constellation des Masters 1000. Prenez cette saison. Les huit premières levées ont été trustées par trois joueurs: Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic. A Paris, les deux premiers étaient absents. Le troisième n'a effectué qu'un tout petit tour, disparaissant d'entrée de jeu. Bon, il restait encore Andy Murray, dernier membre d'un Big Four au sein duquel plus personne ne conteste sa légitimité depuis sa victoire à Flushing en septembre. Sauf que lui aussi s'est pris les pieds dans le tapis. Nous voilà donc le jeudi soir orphelin de la quasi-totalité des ténors du circuit. En cadeau bonus, je vous rajoute même Juan Martin Del Potro, seul joueur en dehors de ce quatuor à avoir gagné un Grand Chelem depuis sept ans, balayé par Mika Llodra.

Un Masters 1000 sans Federer, Nadal, Djokovic ni Murray après les huitièmes de finale, ce n'est pas commun. Savez-vous depuis quand cela ne s'était pas produit? Depuis 2006. Bercy 2006. Bercy. Encore et toujours Bercy. Depuis, il y a eu 77 tournois majeurs consécutifs (Grand Chelem ou M1000) avec au moins l'un des quatre en quarts de finale. Difficile de voir le simple effet du hasard dans cette double exception "bercyesque" aux deux bouts de cette échelle de six années. L'année 2006 avait été considérée comme le creux de la vague du tournoi parisien. Aucune tête d'affiche dans le dernier carré, un désintérêt manifeste des plus grands, une finale Davydenko-Hrbaty à faire fuir les plus fanatiques des aficionados de la petite balle jaune. Bercy filait un mauvais coton. A ce rythme, on commençait même à s'interroger sur l'espérance de vie du tournoi à moyen terme. Ca ne pouvait plus continuer comme ça. Ces cinq dernières années, il avait repris une trajectoire ascendante, même s'il restait soumis aux sautes de tension, physiques et mentales, de ses stars. Mais enfin, le palmarès des dernières éditions (Nalbandian, après des victoires contre Federer et Nadal, Tsonga, Djokovic, Soderling, Federer), avait redonné un peu d'éclat à la vieille pyramide verte. Or voilà que 2012 marque non pas un mais dix pas en arrière.

Le mal tient en un mot

A 72 heures de la fin du tournoi, Guy Forget, nouveau patron du tournoi, doit s'enfiler aspirine sur aspirine, en se demandant ce qu'il a bien pu faire pour mériter ça. Une pareille saignée, c'est tout simplement historique. Je ne reviens pas ici sur les raisons de la faillite globale des as de l'ATP. Il y en a une qui domine toutes les autres et tient en dix lettres: ca-len-dri-er. Placé la semaine avant le Masters (et non deux semaines avant comme jusqu'à l'an passé), Bercy se retrouve condamné. Néanmoins, Forget espérait quand même pouvoir sauver la face. En deux jours, il a perdu ses dernières illusions de prestige. Mercredi matin, les organisateurs pouvaient encore tabler sur un quart de finale Djokovic-Del Potro, et sur une finale, par exemple, entre Djokovic et Murray. Un remake de la finale de l'US Open, ça aurait eu de la gueule. Or, d'un tournoi, on retient souvent d'abord la dernière image. L'an passé, l'affiche Federer-Tsonga le dernier jour avait permis de faire oublier les soupirs du début de semaine.

Cette fois, plus les jours passent, plus les catastrophes s'accumulent. En fait de Djokovic-Del Potro, les malheureux qui ont acheté leurs places pour vendredi se verront servir un Llodra-Querrey. Avec tout le respect que je dois et que je porte à ces deux joueurs, ce n'est pas tout à fait la même chose. Ils n'ont rien volé puisqu'ils ont battu, l'un Del Potro, l'autre Djokovic. Dans l'absolu, un peu de changement ne fait pas de mal. C'est un plaisir de voir débouler Jerzy Janowicz, vraie découverte, sportive et humaine, de cette semaine. C'est formidable de voir Mika Llodra avec son fils dans les bras après chaque victoire. Comment ne pas être heureux pour lui qui n'avait plus aligné deux victoires de suite depuis l'hiver dernier? En soi, ce ne sont pas les surprises qui posent problème. Ce sont les raisons pour lesquelles elles surviennent. De mauvaises raisons, à commencer par une motivation flottante.

Le Masters 250 de Bercy

Il n'y a même pas à en vouloir aux joueurs. Federer, par exemple, n'avait objectivement aucun intérêt à venir. Il a enfin accroché le tournoi à son palmarès l'an dernier. En comblant ce manque, il a rendu sa présence en 2012 moins nécessaire à ses yeux. Et dans la mesure où il n'avait quasiment plus aucune chance de finir l'année numéro un, pourquoi venir, au risque de compromettre ses espoirs d'un septième sacre au Masters? A la place de Djokovic, je ne serais même pas venu. Lui non plus n'avait aucune raison de se coltiner l’enchaînement Bercy-Masters. La réalité, c'est que les intérêts du tournoi de Bercy et ceux de ses principales têtes d'affiche potentielles divergent trop. Et ce sera encore le cas l'an prochain, le calendrier étant inchangé. Vivement 2014. On parle d'un passage en février, ou d'une inversion avec Bâle. Tout sera mieux que la situation actuelle. En attendant, potentiellement, le dernier carré peut nous proposer samedi une affiche Simon-Tipsarevic. Pour mémoire, à Valence, la semaine dernière, c'était un premier tour. Dans les coursives, certains ironisent cruellement sur le Masters 250 de Bercy...

C'est douloureux d'écrire cela, mais aujourd'hui, Bercy est le parent pauvre des Masters 1000. Le pire, c'est qu'il n'y est pas pour grand chose. Dans la configuration, Forget, c'est Don Quichotte. Il faudrait Houdini pour que les meilleurs soient eux-mêmes. Bercy ne mérite sans doute pas ça. Son public qui paie (cher) ses places, non plus. Oui, il a trois joueurs français en quarts de finale pour la première fois. Mais il aimerait aussi, comme les autres, voir Federer, Nadal, Djokovic et Murray au top, systématiquement. Mais Bercy a ses raisons que le coeur ne comprend pas...

Laurent VERGNE
Twitter: @LaurentVergne

 
 
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