Saison 2012: De Serena à Monfils, de Federer à Ferrer

Saison 2012: De Serena à Monfils, de Federer à Ferrer
le 26/12/2012 à 22:32

Sébastien Petit et Laurent Vergne passent 2012 à la moulinette. Découvrez leur personnalité de l'année, leur coup de cœur, leur match ou leur bide de la saison.

LA PERSONNALITE DE L'ANNEE

Sébastien Petit: Roger Federer

Un choix sans doute peu original, mais un choix dicté par un fait qui m'a marqué : le Suisse a réussi à dépasser la marque des 286 semaines de Pete Sampras au top de la hiérarchie ATP. A plus de 30 ans, RF est toujours capable d'accomplir des exploits uniques. Et dire que cela faisait deux ans qu'il était bloqué à une unité de l'Américain. Cet accomplissement personnel a été long à se dessiner, et je trouve que cette couronne honorifique est finalement un juste retour des choses après tout ce qu'il a accompli au cours de sa carrière. Cela aurait été immérité, à mon sens, qu'il ne brise pas ce record symbolique à son tour.

Avec la présence de deux autres phénomènes que sont Djokovic et Nadal et la montée en puissance de Murray, peu de monde le pensait encore capable de redevenir un jour numéro un mondial. Malgré cette concurrence toujours plus rude, c'est pourtant ce qu'il a fait en remportant six titres ATP cette saison - son meilleur total depuis 2007 ! - dont un septième Wimbledon, mettant fin au passage à deux ans et demi sans victoire en Grand Chelem. L'âge ne semble pas encore atteindre Federer qui, du coup, ne parle plus de retraite, mais de jouer jusqu'aux prochains Jeux olympiques à Rio. L'histoire nous dira s'il s'arrêtera avec 17 titres du Grand Chelem en besace et 302 semaines passées dans la peau du numéro un mondial. Ou s'il nous réserve encore d'autres surprises de ce genre.

Laurent Vergne: Serena Williams

Pour moi, paradoxalement, les deux personnalités les plus importantes de l'année ont en commun de ne pas occuper la première place du classement mondial. J'ai beaucoup hésité entre Andy Murray et Serena Williams avant de trancher pour cette dernière. Attention; Novak Djokovic et Victoria Azarenka méritent de terminer au sommet de la hiérarchie de l'ATP et de la WTA. Celles-ci répondent à une logique purement mathématique et, sur l'ensemble de leurs résultats et par leur régularité, le Serbe et la Biélorusse sont logiquement au sommet. Mais parce que Murray a changé la donne en décrochant enfin ses premiers titres majeurs (Jeux Olympiques et surtout l'US Open), il est celui qui m'a le plus marqué sur le circuit masculin.

Mais la personnalité numéro un, c'est sans aucun doute Serena à mes yeux. Elle a accompli une seconde moitié de saison absolument phénoménale (31 victoires en 32 matches, deux titres du Grand Chelem, deux médailles d'or aux Jeux, le Masters…) et je suis bluffé de la voir toujours aussi déterminée à 31 ans passés. Elle a connu des hauts et des bas dans sa carrière, mais cela va faire bientôt 15 ans qu'elle est au plus haut niveau. A leur arrivée sur le circuit, on a dit beaucoup de choses sur les sœurs Williams. Qu'elles étaient là par l'unique volonté de leur père, qu'elles ne joueraient que quelques années avant d'aller claquer leur fric, qu'elles préféraient les boutiques de luxe au tennis. Mais à plus de 30 piges, elles sont encore là à se battre. La volonté et l'envie d'une Serena, après tout ce qu'elle a accompli, a quelque chose de sidérant. Elle est d'ores et déjà une des plus grandes championnes de l'histoire. Et elle n'a pas fini d'écrire la sienne.

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LE MATCH DE L'ANNEE

Sébastien Petit: Isner-Mathieu (Roland-Garros, 2e tour)

C'est un match en forme de coup de coeur. John Isner est le spécialiste des matches à rallonge. Estampillé comme cela depuis Wimbledon 2010 et sa victoire épique face à Nicolas Mahut, l'Américain a amplifié le phénomène en affrontant Paul-Henri Mathieu au deuxième tour de Roland-Garros. Un match qui aurait pu tourner court entre le 11e à l'ATP et le Français, 278e. Mais un match qui s'est terminé au bout de 5h41 de jeu et 18-16 au cinquième set sur une victoire pleine d'émotions du Strasbourgeois qui ne pouvait mieux s'offrir comme cadeau. Le Strasbourgeois a mis un peu plus d'un an à reconstruire une jambe meurtrie par les opérations et revenir sur les courts. 2012 a été la saison de son retour et Roland-Garros, le lieu où il l'a signé.

Si le niveau de jeu n'a pas atteint des sommets, ce match m'a marqué car le succès de Paul-Henri Mathieu a de quoi forcer le respect, lui qui a tenu mentalement et physiquement à ce choc. Cette rencontre lui a même laissé d'autres "souvenirs" avec un orteil endommagé et deux hématomes sur les ongles de pied. Un moindre mal après tout ce qu'il a enduré, vous me direz. PHM est passé par tous les états en ce Roland-Garros 2012. Revenu du diable vauvert au premier tour face à Bjorn Phau (2-6, 4-6, 6-4, 6-3, 6-0), puis résistant farouche face à John Isner, Mathieu est tombé avec les honneurs le tour suivant face à Marcel Granollers, non sans avoir remonté deux sets de retard (4-6, 4-6, 6-1, 6-4, 1-6). Ce parcours lui a permis de revenir dans le Top 200, avant qu'une demi-finale à Bâle ne le fasse revenir dans le Top 100.

Laurent Vergne: Djokovic-Nadal (Finale Open d'Australie)

Qu'entend-on par match de l'année? Est-ce celui qui possède la plus forte portée historique? La plus pure qualité technique des deux côtés du filet? Le plus dramatiquement intense, le plus chargé émotionnellement? Chacune de ces définitions peut convenir et, quand vous tenez une rencontre réunissant tous ces critères, vous avez à coup sûr un match de légende. En 2012, c'est sans doute la finale de l'Open d'Australie entre Novak Djokovic et Rafael Nadal qui s'en approche le plus. Pourtant, si c'est bien celui-ci que je retiens comme match de l'année, ce n'est pour aucune de ces raisons. A vrai dire, je trouve ce match un tout petit peu surcoté. Bien sûr, c'est la plus longue finale de l'histoire, ce fut un combat ahurissant sur le plan physique et il y a eu quelques sacrés morceaux de bravoure tennistique. Mais comparé à certaines joutes de la saison précédente (la demie Federer-Djokovic de Roland-Garros, la finale Djokovic-Nadal de l'US Open voire le Nadal-Del Potro en finale de la Coupe Davis), je le situe légèrement en retrait. Mais peu importe. Si j'ai choisi ce match, c'est parce que, plus que n'importe quel autre cette année, il illustre à quel point la confiance est un élément déterminant à ce niveau. Dans une telle finale, quand deux joueurs sont aussi proches, c'est presque toujours sur cet aspect psychologique que la différence finit par se faire, plus encore que sur le physique, des éléments tactiques ou techniques, même s'ils ont évidemment leur importance.

On en a eu l'illustration dans le cinquième set dans cette finale de Melbourne. Nadal a eu sa chance mais, même dos au mur, Djokovic a toujours trouvé une solution pour s'en sortir. C'était exactement la même chose lors de sa demi-finale face à Andy Murray deux jours plus tôt. Bien sûr, les éléments techniques et la condition physique sont primordiaux. Reste qu'au final, un tel match est d'abord un rapport de force psychologique. Et c'est presque toujours celui qui a l'avantage dans ce rapport de force qui sortira vainqueur. Une autre victoire de Novak Djokovic en 2012 illustre bien ça, celle acquise face à Tsonga à Roland-Garros. Après le match, le Serbe avait confié, et je pense qu'il était sincère car persuadé de la chose, que Tsonga était meilleur que lui ce jour-là et qu'il aurait vraiment mérité de gagner. Pourtant, c'est bien Djokovic qui était sorti du court en vainqueur. Malgré quatre balles de match contre lui. Il avait alors confié que, sans pouvoir expliquer rationnellement les choses, il s'était senti très fort au moment où il aurait dû être le plus vulnérable, au bord du précipice. Cette petite chose qu'on nomme la confiance, et qui fait toute la différence, n'a pas fini de me fasciner.

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LE COUP DE CŒUR DE L'ANNEE

Sébastien Petit: David Ferrer

Après le Big Four, un homme pour moi a crevé l'écran : David Ferrer. Il a failli réaliser un exploit cette saison : dépasser Rafael Nadal au classement ATP. Depuis que le Majorquin est le champion que l'on connaît, jamais un compatriote n'a été aussi près de le doubler. Jugez plutôt : seulement 185 points les séparent ! En somme, si David Ferrer était allé en demi-finales du Masters, peut-être que le Valencian aurait réussi... Mais bon, il faut le reconnaître, pour s'en rapprocher, David Ferrer a aussi bénéficié de la fin de saison prématurée de son illustre cadet qui a été obligé de stopper son année sur blessure après Wimbledon. Il n'empêche, il a remporté le plus de titres ATP en 2012 (7) et plus de victoires (76) devant les Djokovic et Federer. Il a remporté son premier Masters 1000 à Paris et a enfin joué une demi-finale à Roland-Garros. Vivre la meilleure saison de sa carrière à 30 ans ne peut que donner espoir à tous les autres.

Laurent Vergne: Jerzy Janowicz

Paradoxalement, la plus grande révélation de cette année n’est sortie du bois que lors du… tout dernier tournoi de la saison (en dehors du Masters, réservé à une élite très resserrée). Pour le grand public, Jerzy Janowicz était un parfait inconnu. Pour moi aussi. Il n'était rien de  plus qu'un nom aperçu ci et là dans quelques tableaux. A son arrivée à Bercy, personne n’aurait été capable de dire à quoi il ressemblait. Au final, pas un joueur n’aura signé plus d’autographes que lui dans la semaine. Vainqueur de deux membres du Top 10 (Murray, Tipsarevic)  et trois autres du Top 20 (Cilic, Monaco et Simon), le Polonais a surtout apporté une grande fraicheur à un tournoi abandonné par les ténors (sauf Ferrer). Son jeu, subtile mélange de puissance dévastatrice et de finesse exquise, autant que sa personnalité, simple et généreuse, ont séduit tout le monde. Par son parcours, son histoire et sa façon d'être, Janowicz a suscité une sympathie presque immédiate. Je suis très curieux de voir quelle sera la trajectoire de ce joueur dans les prochains mois. A l'évidence, le plus dur commence maintenant pour lui.

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LE FLOP DE L'ANNEE

Sébastien Petit : le Har-Tru

Derrière ce mot barbare se cache le nom de la surface qui a rendu fous les joueurs ATP au mois de mai : la terre battue de couleur bleue. Sur une idée aussi originale que l'un des organisateurs du tournoi de Madrid, Ion Tiriac, le Har-Tru est loin d'avoir fait l'unanimité lors de son inauguration dans un tournoi officiel. Et c'est le moins que l'on puisse dire : trop "glissante" et pas assez ocre pour faire de cette surface de la "vraie" terre battue jouable, quasiment tous les joueurs sont montés au créneau pour fustiger le bleu de Madrid, "indigne" d'un tournoi Masters 1000. Ce qui a donné lieu à un série de témoignages à charge contre cette surface. Notamment ceux de Nadal et Djokovic qui ont été éliminés avant les demi-finales. Personnellement, je trouve cela dommage car cela offrait un peu de nouveautés à ce circuit qui en apporte peu souvent.

Bizarrement, ceux qui n'y ont rien trouvé à redire sont Roger Federer et Serena Williams, vainqueurs de la première - et vraisemblablement de la dernière - édition bleutée madrilène. Le directeur du tournoi, Manolo Santana, a reconnu lui-même que la surface n'était toujours pas optimale, des problèmes étant même connus depuis l'année précédente, les joueurs se plaignant à l'époque de la rapidité immaîtrisable de la surface. Mais également que les joueurs professionnels doivent davantage essayer de s'adapter au lieu de râler contre le fameux bleu, qui ne serait pas le problème. Cette histoire montre que les surfaces sont encore les derniers éléments que les joueurs ne peuvent pas maîtriser à 100%, même si les joueurs font tout pour y parvenir. Les organisateurs sont encore libres de faire ce qu'ils veulent... quitte à se mettre des joueurs à dos. Si le bleu semble avoir été enterré, Tiriac et Santana n'auraient d'ailleurs pas dit leur dernier mot. J'attends la session de la saison prochaine avec impatience.

Laurent Vergne: Gaël Monfils

Passé en un peu plus d'un an au Top 10 aux oubliettes du classement, Gaël Monfils aura complètement disparu de la circulation en 2012. Lâché par son corps autant que sa tête, l'ex-numéro un français (jusqu'à la fin de l'été 2011) sort de la pire année de sa carrière. Aujourd'hui, c'est son avenir même au plus haut niveau qui parait remis en cause. Beaucoup de bruits circulent autour des intentions de Monfils. Je ne suis pas sûr qu'il faille tout prendre au pied de la lettre mais, en tout état de cause, il y a de quoi être inquiet. Physiquement, Monfils récupèrera peut-être l'intégralité de ses moyens, mais c'est aussi mentalement qu'il devra produire un effort colossal s'il veut revenir au plus haut niveau. En est-il capable? Lui seul possède la réponse. A l'heure où il est au fond du trou, je ne peux m'empêcher de repenser à son match face à Djokovic en 2005, à l'US Open. Un formidable combat entre deux grands espoirs. Djokovic en était sorti vainqueur mais on avait le sentiment d'être en présence de deux futurs cracks. C'était à moitié vrai…

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