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Ferrer, super-héros malgré lui
C’est écrit d’avance : quel que soit son résultat à Melbourne, David Ferrer deviendra un nouveau membre du Big Four. Grand absent à Melbourne, Rafael Nadal, finaliste de l’an passé, va perdre 1200 points, ce qui le fera glisser au mieux à la cinquième place mondiale derrière son compatriote. Même si cela ne relève pas d’un résultat sportif extraordinaire immédiat, ce fait sera marquant à plus d’un titre. Tout d’abord parce que le Top 4 mondial n’avait plus changé de figures depuis le mois d’avril 2011, à l’époque où Robin Söderling jouait encore au tennis. Ensuite parce que Ferrer va destituer Nadal de son rang de numéro un national qu’il incarne à merveille et avec boulimie depuis le 25 avril 2005. Oui, depuis cette date, aucun Espagnol n’a été capable de le dépasser au classement ATP. Mais après plus de six mois d’absence sur le circuit, le Majorquin ne devait pas s’attendre à autre chose qu’à rétrograder au classement. Ses deux demi-finales en Masters 1000 d’Indian Wells et Miami et ses victoires sans partage sur terre battue en 2012 lui permettent de rester tout de même à une place confortable en milieu de Top 10.
Alors qu’il avait déclaré s’entraîner pour être seulement un bon joueur, et non un joueur du Top 4, Ferrer va être servi... Voici donc le plus légitime des joueurs-suiveurs du Big Four propulsé dans le rang des « Quatre Fantastiques » sans vraiment le vouloir. Il a pourtant des arguments pour lui. Il a déjà pointé au quatrième rang mondial quatre semaines en 2008. En 2011, il a signé sa plus belle performance en Grand Chelem à Melbourne en dominant Rafael Nadal, alors numéro un mondial, en quart de finale. A bientôt 31 ans, il joue probablement le meilleur tennis de sa vie : il a terminé la saison 2012 avec le plus de titres ATP (7), le plus de victoires sur le circuit (76) et un parcours en Grand Chelem gratifié de deux demi-finales et deux quarts de finale. Et tout récemment, il vient de remporter le tournoi ATP 250 d'Auckland pour la quatrième fois de sa carrière, égalant la performance de Roy Emerson.
La question, à ce stade, est la suivante : Ferrer aura-t-il la carrure pour tenir ce rang particulier, au moins jusqu’au retour de Nadal ? A première vue, le costume promis de super-héros sera lourd à porter pour lui. Ferrer est un joueur modeste et discret. Un être talentueux et travailleur forcené, c’est incontestable. Mais en-dessous du niveau des stars du moment.
24% de victoires face aux membres du Top 4
Qu’est-ce qui fait un bon joueur du Top 4 ces temps-ci ? Une capacité récurrente à briller dans les grands rendez-vous et à battre n’importe quel joueur du circuit. Autant sur le premier point, Ferrer a montré en 2012 qu’il en était capable en ayant un bon parcours en Grand Chelem et en décrochant son premier Masters 1000 à Paris-Bercy. Autant sur le dernier point, il est loin d’avoir convaincu. L’Espagnol ne tient pas la cadence face aux mieux classés que lui. Selon l’ATP, il accuse seulement 38% de réussite face aux joueurs du Top 10 au cours de sa carrière (44 victoires et 73 défaites en 117 matches). Face à Djokovic, Federer, Murray et Nadal, c’est pire : Ferrer pointe à 24% de réussite (15 succès en 62 matches). L’an passé, en dix matches, il n’en a remporté qu’un, face à Andy Murray à Roland-Garros. Au milieu des quatre super-héros aux super pouvoirs, Ferrer en oublie les siens. Imaginez Superman en tenue avec l’attitude effacée de Clark Kent, vous ne serez pas loin de « Ferru ».
Certains parleront de blocage psychologique face aux meilleurs. D’autres, d’armes fatales qui manqueraient à sa panoplie de tennisman. Pour qu’un joueur hors du top 4 parvienne à se distinguer en Grand Chelem à ce moment de l’histoire du tennis, il faut qu’il domine au moins deux joueurs du Top 4 à la suite, performance qu’il n’est pas encore parvenue à faire dans les majeurs, mais qu’il a déjà réalisé en phase de poule des Masters Cup 2007 et 2011, donc au meilleur des trois sets. Il est l’un des rares joueurs à s’être imposé sur toutes les surfaces en 2012. Mais son souci demeure sa capacité à enchaîner les performances d’exception sur quinze jours. Voilà le gros paradoxe qui le caractérise : il est considéré sans contestation comme le plus légitime des joueurs à la cinquième place mondiale en 2012, pourtant il n’a toujours pas joué une finale de Grand Chelem. L’an passé, il n’a pas lésiné sur les moyens pour obtenir sa place de choix. Et malgré deux nouvelles incursions dans le dernier carré d’un majeur, Ferrer n’a pas réussi à aller là où se sont déjà infiltrés Tomas Berdych, Jo-Wilfried Tsonga ou encore Juan Martin Del Potro, joueurs du Top 8 qui le suivent au classement.
Nishikori, un piège parmi d'autres
Melbourne opérera-t-il la transformation attendue ? Je reste sceptique. Nous en aurons un aperçu pendant la première levée du Grand chelem avec l’attribution de la tête de série N.4 au Valencian du fait de l’absence de Nadal. Ce qui signifie qu’il aura une voie toute tracée vers les demi-finales sans croiser un membre du Top 4… Une bonne nouvelle pour lui a priori. Sur son chemin, le Belge Olivier Rochus sera son premier adversaire. Arriveraient ensuite peut-être le géant croate Ivo Karlovic et le Chypriote Marcos Baghdatis, qui l’avait éliminé au deuxième tour à Melbourne en 2010. En cas de qualification, un huitième de finale théorique l’opposerait alors à Kei Nishikori. Le phénomène nippon n’est pas un bon souvenir pour Ferrer. A l’US Open en 2008, l’Espagnol, déjà tête de série N.4, a buté sur le Japonais en cinq sets au troisième tour. Et c’est aussi Nishikori qui a mis au pas le Valencian lors des JO de Londres lors de leur dernière confrontation.
Je reste persuadé que le parcours de Ferrer à Melbourne ne se fera pas sans mal jusqu’en demi-finales. Novak Djokovic l’attendant au tournant dans le dernier carré, ce serait en tout cas une énorme surprise de le retrouver en finale et même de le voir aller au bout. David Ferrer n’aime pas se mettre en avant. Il ne vous dira jamais que cette place de quatrième mondial le réjouit particulièrement, ne serait-ce que par respect pour Nadal dont il sait que le retour le poussera à sortir du Top 4. Nul ne sait si sa période en tant que membre du Big Four sera longue, mais attendez de lui qu’il soit avant tout Tennisman, pas Superman.
Sébastien PETIT
Twitter: @SP_eurosport























