Nadal, un retour et des questions

Nadal, un retour et des questions
le 04/02/2013 à 23:31

Le revoilà donc. Enfin. Pour combien de temps? Pour faire quoi? Pour remonter jusqu'où? Personne n'en sait rien, pas même l'intéressé sans doute. Reprendre la compétition après huit mois d'absence est une forme de plongée dans l'inconnue. Cette inconnue-là fait plus peur qu'elle n'excite, et c'est bien légitime. Quoi qu'il en soit, revoir Rafael Nadal est une excellente nouvelle. Pour lui. Pour nous, aussi. Nadal a manqué. Nadal m'a manqué. Je me souviens de Jimmy Connors qui, après sa défaite précoce à Wimbledon en 1986, avait fait cette réponse à un journaliste qui lui demandait s'il envisageait de prendre sa retraite: "C'est quoi votre problème? Pourquoi vous voulez me voir quitter le tennis? Laissez-moi vous dire une chose: on sait ce qu'on a une fois qu'on l'a perdu. C'est ce que vous ressentez avec McEnroe maintenant. Vous lui sautez dessus sans arrêt mais maintenant qu'il n'est plus là il vous manque."

Cette année-là, McEnroe, affecté au-delà du raisonnable par sa défaite en finale de l'US Open 1985, et gagné par une forme de lassitude, avait zappé l'Open d'Australie, Roland-Garros et Wimbledon. Et c'est vrai, Mac manquait. Bien sûr, personne n'est irremplaçable (les cimetières en sont remplis) et le circuit ne s'est pas arrêté pour attendre l'Espagnol. N'empêche. L'absence d'un champion de cette envergure, peu importe les raisons, nourrit un manque. On peut ne pas aimer Nadal, on peut ne pas être fan de son jeu, mais un champion de cette trempe, une personnalité aussi forte sur le court, ça ne se remplace pas. Il n'y a qu'un Nadal et en son absence, il manquait quelque chose. David Ferrer, malgré toute sa bonne volonté et sa remarquable régularité, n'a pas l'étoffe de son compatriote. Rafa de retour, le Big Four va se reconstituer. En théorie, au moins, dans un premier temps. Car la question est désormais de savoir ce qu'il sera capable de produire sur le terrain et dans quels délais. Il y a en réalité trois questions, toutes intimement liées.

1. Où en est-il physiquement?

Rafael Nadal aura été absent pendant plus de sept mois. On peut imaginer qu'après une telle coupure, il a eu le temps de récupérer à 100% et que ses genoux ne posent plus le moindre problème. A vrai dire, je ne sais plus quoi penser à ce sujet. A la fin de l'année dernière, le Majorquin avait laissé entendre que son genou répondait bien et qu'il n'y avait plus de souci à ce niveau. Il était donc en route pour attaquer la saison en même temps que tout le monde. Puis il a déclaré forfait pour Doha et l'Open d'Australie. Mais, avait-il dit, son genou n'était pas en cause. Il s'agissait d'un problème d'ordre intestinal. Or voilà qu'à l'heure de reprendre enfin la compétition à Vina del Mar, le septuple vainqueur de Roland-Garros a expliqué que son genou le tracassait toujours. Difficile, donc, de le suivre. En réalité, on ne peut formuler que des hypothèses pour l'instant et, au-delà de ses résultats, l'essentiel pour lui, dans les prochains jours, les prochaines semaines, sera de pouvoir s'exprimer normalement au plan physique. Si ce n'est pas le cas, il sera temps, cette fois, d'être réellement inquiet pour Nadal. Cela voudra dire que sept mois d'arrêt et de traitement n'auront pas suffi à le remettre sur pied à 100%.

2. Peut-il retrouver rapidement son meilleur niveau?

Oui. Mais, évidemment, à l'unique condition de pouvoir s'exprimer sans retenue au plan physique. Si tel est le cas, je ne vois aucune raison pour que le Majorquin ne redevienne pas très compétitif. Probablement pas dès le mois de février. Mais son horizon, c'est Roland-Garros. Le Grand Chelem parisien est dans trois mois et demi. Largement assez pour lui permettre de retrouver ses meilleures sensations sur sa surface fétiche. Sur dur, l'affaire sera peut-être un peu plus compliquée, mais je crois fermement que nous retrouverons le vrai Nadal. Par le passé, certains joueurs se sont arrêtés pendant de longues périodes.

L'exemple de Guy Forget incite à l'optimisme. Le Français s'était arrêté une année complète pour cause de blessure, entre les printemps 1993 et 1994. A son retour, Forget avait 29 ans. Il était retombé au-delà de la… 1130e place à l'ATP. Trois mois après son retour, il était en quarts de finale de Wimbledon, égalant le meilleur résultat de sa carrière en Grand Chelem. Il allait ensuite remonter jusqu'aux portes du Top 20. Nadal est plus jeune, il part de beaucoup moins loin et il a été absent moins longtemps. Il a donc toutes les cartes pour redevenir une terreur du circuit, au moins sur terre, dans un premier temps. A condition de savoir se montrer un tout petit peu patient, prudent et intelligent dans sa façon de gérer ce retour. Là-dessus, on peut lui faire confiance. Il sait où il veut aller, et comment. Par ailleurs, ce n'est pas la première fois qu'il doit composer avec les soucis imposés par son corps. Il sait comment appréhender la situation. C'est à la fois une source de confiance à court terme pour son retour, mais aussi un sujet d'inquiétude pour son avenir à plus longue échéance…

3. Faut-il s'inquiéter pour lui à long terme?

Dans quatre mois, Rafael Nadal aura 27 ans. C'est encore jeune. Mais il évolue au top depuis de très nombreuses années. Il est apparu dans le Top 50 pour la première fois en 2003, à 17 ans. Il a gagné son premier tournoi du Grand Chelem à 19, à peine. Or son jeu a toujours été basé sur une colossale débauche d'énergie et un engagement de tous les instants, sur toutes les frappes. Le problème au genou qui l'a contraint à interrompre sa carrière l'an passé est peut-être le plus important qu'il ait pu connaitre, mais ce n'est pas le premier. Loin de là. Cheville, pied, genou, entorse, tendinite, inflammation, problème articulaire… Il a subi une multitude de blessures ces six dernières années qui ont pollué plus ou moins durablement son évolution.

Une chose est sûre, Nadal ne changera pas son jeu. Celui-ci sera toujours aussi exigeant et, d'une certaine manière, traumatisant pour son corps. J'ai donc du mal à croire qu'à l'approche de la trentaine, il pourra faire l'économie de ce type de problèmes, de façon plus ou moins récurrente. Dans son autobiographie, parue l'an dernier, il expliquait très bien à quel point certaines de ses blessures avaient eu un effet collatéral sur son engagement mental, notamment pendant Roland-Garros, en 2009. Se sentant diminué, il osait moins s'engager. Il doutait. Or une des grandes forces de Nadal, c'est précisément sa faculté à imposer un bras de fer psychologique avec ses adversaires, à travers cet engagement permanent. Quand son corps le trahit, ce n'est donc pas seulement son rendement physique qui s'en trouve affecté, mais sa façon d'être sur le court, de A à Z.

En arrivant au Chili, il a clamé son ambition de redevenir numéro un mondial à terme. C'est possible, mais pour être numéro un, il faut de la constance dans les résultats sur une année entière. Pas sûr que son corps l'y autorise. Dans les quatre ou cinq ans qui viennent, j'imagine davantage Rafa se ménageant un calendrier sur mesure afin de ne pas trop solliciter son corps. La priorité, pour lui, ne doit pas être tant que la reconquête du trône de l'ATP que de tout mettre en œuvre pour pouvoir ajouter d'autres titres du Grand Chelem à son palmarès.

Laurent VERGNE
Twitter: @LaurentVergne

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