Regardez Eurosport et Eurosport 2 en LIVE sur votre PC! Cliquez
"Aux armes, citoyens de l'ATP" ?
Lundi 15 février
Le coup de gueule de Jean-François Caujolle, suite au forfait d'Andy Murray pour "raisons personnelles" vendredi dans les colonnes de L'Equipe, était compréhensible. Le directeur de l'Open 13, tournoi de catégorie ATP 250, avait ressenti dans sa chair de fan de tennis et d'organisateur la faiblesse du système actuel : privé de Juan Martin Del Potro (sur blessure) et d'Andy Murray, deux tops 10, il savait que son tournoi risquait de retomber dans l'anonymat d'une saison trop déséquilibrée, entre rendez-vous hypermédiatisés (Grand Chelem, Masters 1000 et Masters Cup) et un quotidien fragile : celui des ATP 500 et des ATP 250, sans parler des circuits Challenger et Future.
A chaud, Caujolle tire à boulets rouges sur Murray, le vainqueur de l'édition 2008. L'Ecossais, qui lui "a déjà fait le coup l'an passé", serait l'équivalent d'un traître à la cause du tennis, à ceux qui "travaillent dans l'ombre", à ceux, qui malgré "la tyrannie du football", bravent toute logique et viendront - alors qu'un quart de finale de Ligue des champions passera sur leur télé au chaud à la maison - frissonner au son sourd d'un improbable Serra-Stakhovsky mardi soir au Palais des Sports de Marseille.... Il en profite pour écorcher au passage son institution de tutelle, l'ATP, en soulignant leur faiblesse : "C'est vraiment dommage que l'instance qui régit le tennis se couche comme ça devant des gens qui n'ont aucun sens des responsabilités."
Le sens des responsabilités contre le bon sens ?
A froid, nous pensons que Caujolle se trompe de cible. Il invente une Bastille du tennis qui n'existe pas. Le sport moderne s'est développé autour de l'idée d'une élite hyperdynamique, hypervisible, qui entraine ce qui peut l'être à sa suite. La santé économique du sport professionnel tel qu'il est vécu aujourd'hui dépend de quelques événements. Le tennis, loin d'échapper à cette règle, symbolise parfaitement ce fonctionnement et ses contradictions. Il y a une semaine, l'ATP pouvait s'enorgueillir de recevoir un trophée assez spécifique : celui du sport produisant les meilleurs modèles de sportifs ! Voilà toute l'histoire. Le tennis produit des champions fantastiques. Le revers de cette médaille à plusieurs faces (8 ou dix c'est selon), c'est que tout le monde veut les voir et que ce n'est pas possible.
Ces champions sont formés pour être les joyaux du top 10 ou les "Maîtres" du top 8, et les règles même de l'ATP et des tournois du Grand Chelem sont organisés autour de leur leadership et de leur notoriété. C'est ainsi que le système de série se justifie et c'est pourquoi il a encore été modifié cette année. Non seulement, comme le regrette Caujolle, les joueurs peuvent faire l'impasse sur deux tournois sans se justifier, mais la différence entre les tournois de petites catégories (ATP 250, 500 et les autres, grandis). Les quatre premières têtes de série peuvent désormais obtenir un bye (exemption) si les organisateurs le désirent. Et les joueurs du top 30 ont un régime différent des autres, où ils peuvent plus facilement éviter les pièges des 250... La boucle du circuit est bouclée.
En France, le système fédéral permet de réguler autant que possible les intérêts divergents entre les événements majeurs (Roland-Garros, Bercy et autres tournois) mais ce serait un leurre de croire que les meilleurs joueurs mondiaux puissent d'eux-mêmes aller contre des règles ATP entérinés par tous les acteurs il y a deux ans. En bref : Murray pour rester ou devenir Murray, doit aménager son calendrier comme Federer ou Nadal ou n'importe quel top 10. Comme Tsonga qui renonce à Doha en début d'année. Les meilleurs joueurs ne sont pas des traîtres, ils sont dans l'oeil du cyclone. Un pas de côté et les voilà dans la tempête du circuit. Pour eux, c'est le bon sens qui parle. Quant au sens de l'histoire en cours, il est difficile de croire que "La Marseillaise" version Caujolle puisse le changer. Pour que moins de joueurs et de fans subissent ce tennis à plusieurs vitesse, il faut prendre acte des niveaux établis (top 10, top 30, top 100 que sais-je) et donner les moyens aux joueurs qui font vivre le tennis en-dessous de ne pas jouer en parias. Souvenez-vous, sans Murray l'an dernier, Marseille avait vécu un beau tournoi...
Julien Carrasco
JEAN-FRANÇOIS CAUJOLLE REAGIT : Samedi 13 février
Après lecture de cet article, le directeur de l'Open 13 a tenu à répondre (par téléphone, juste avant le tirage au sort) : "Je ne me sens pas amer, ni triste, et j'accepte parfaitement sa situation d'organisateur de tournoi ATP 250. Je sais que je ne suis qu'un 'petit' 250, sachant que ce genre de tournoi, c'est quand même comme "le Wimbledon de Marseille" et que c'est important que ce genre de tournoi existe. Le tennis, ce n'est pas comme la F1, c'est comme le football et le basket. nous avons besoin de diversité et de proximité." Il insiste sur ce terme : "proximité".
Membre du board ATP européen, il explique que le rapport de force entre les Américains et les Européens est trop défavorable pour inverser la tendance actuelle. Il répète qu'il n'en veut pas à Juan Martin Del Potro mais précise les raisons de son agacement envers Andy Murray. L'an dernier, "il m"'avait expliqué qu'il ne pouvait pas venir pour des raisons de règlement, et il m'avait dit qu'il reviendrait cette année gratuitement. Ce que j'avais refusé pour justement éviter tout désistement. Il devait venir dans les mêmes conditions. Il fait donc une demande de wild-card et je lui donne. Il y a quelques jours, il me demande 5 chambres d'hôtel, de faire venir son frère pour le double, j'accepte tout et voilà qu'il se retire. Selon moi, la tête de série N.1 d'un tournoi doit avoir une responsabilité. Si le N.1 ne respecte pas ses engagements, il doit être suspendu par l'ATP. Si l'ATP protège l'image de mon tournoi, elle protège aussi son image."
LA MISE AU POINT : Dimanche 14 février
Dimanche matin, Jean-François Caujolle a communiqué un texte reprenant tous les arguments développés depuis trois jours. Vous pouvez le lire ici : Caujolle : "Défendre la diversité". Il n'y accable pas Murray ni l'ATP (ce qui est souligné par la presse britannique) mais prend une position qu'il sera intéressante de suivre cette saison. Si réforme il peut y avoir sur le circuit, les propositions de J-F. Caujolle mérite d'être discutées. Nous prolongerons le débat. A suivre !
VOTEZ SUR LE SONDAGE DU JOUR : Andy Murray devrait-il être sanctionné ?
























Vous êtes authentifié comme journaliste :