Federer dans son jardin, vraiment?

Federer dans son jardin, vraiment?
le 25/06/2012 à 01:20

Depuis 2009, Roger Federer n'a plus remporté un titre sur gazon. Pire, Wimbledon est le tournoi du Grand Chelem où il a les moins bons résultats. L'édition 2012 sera-t-il une exception ?

C'est un fait : Roger Federer n'est plus la référence sur gazon sur ces deux dernières années. Affirmer cela est proche du crime de lèse-majesté, tant le Suisse a une histoire particulière avec Wimbledon et les tournois sur gazon en général. Mais force est de constater que sur les deux dernières saisons, ce n'est plus le même joueur. Ce joueur irrésistible qui a aligné 65 victoires de suite de 2003 à 2008 entre Halle et Londres.  L'irréductible qui faisait rompre Andy Roddick 16 jeux à 14 dans le cinquième set de la finale de Wimbledon 2009 en réussissant un seul break pour s'offrir la victoire. Et surtout ce joueur qui savait plier les rencontres.

C'est triste à dire, mais depuis 2009, le sextuple vainqueur du All-England Club aligne étrangement les contre-performances sur cette surface qu'il affectionne et qui lui a tant souri. Résultat, il ne gagne plus un titre sur sa surface fétiche. Et pour tout dire, l'Helvète n'a plus battu de joueur du Top 15 mondial sur herbe depuis Roddick. Une frustration sans commune mesure. Cela a commencé en 2010 avec une défaite face à Lleyton Hewitt en finale de Halle. C'est ici que la machine s'est enrayée. Une défaite en trois sets qui a montré qu'il n'y avait pas que Rafael Nadal, au terme d'un match de folie, pour battre Federer sur herbe. C'est en Allemagne que l'impossible est devenu possible.

Alejandro Falla s'en est aperçu deux semaines plus tard. Ce Colombien, modeste soixantième mondial, a été le premier joueur depuis 2002 à prendre deux sets au Suisse au premier tour de Wimbledon. Même le Serbe Ilija Bozoljac, 152e mondial, lui a donné du fil à retordre deux jours plus tard au deuxième tour. Fait totalement impensable encore l'année précédente. La confiance l'a quitté définitivement en quart de finale de Wimbledon lorsque Tomas Berdych a mis fin au parcours du Suisse et à une série incroyable de ses sept finales de suite à Londres.

Depuis cet épisode, cette troisième levée du Grand Chelem, où tout a commencé pour Federer, est devenu le tournoi du Grand Chelem où il a les moins bons résultats. Après une telle réussite jusqu'en 2009, qui aurait pu prédire cela ? Personne. Pas même le principal intéressé qui confiait qu'à force de gagner, jamais il ne pensait perdre... jusqu'à ce que ça arrive, que la réalité le rattrape pour ne plus le lâcher. Et la réalité est là et bien là : depuis sa fantastique finale londonienne de 2009, le Suisse n'arrive plus à gagner des titres sur gazon alors qu'il est le joueur actuel qui en a le plus remporté au cours de sa carrière (11). Ses défaites en quart de finale de Wimbledon l'an passé face à Jo-Wilfried Tsonga et en finale de Halle il y a quinze jours face à Tommy Haas n'ont fait que confirmer cette tendance. J'aurais presque envie de dire ce traumatisme car je ne crois pas en une thèse de l'accident.

Roger Federer connaît en ce moment une période favorable. Entre septembre dernier et le mois de juin 2012, c'est même lui qui a récolté le plus de points au classement ATP devant Rafael Nadal et Novak Djokovic, même sans remporter de tournois du Grand Chelem (à lire : Federer, patron virtuel). Il est donc toujours capable de fulgurance et de remporter des tournois importants. Mais les enchaînements restent compliqués. Jouer Halle, tournoi avec lequel il est lié jusqu'à sa retraite sportive, juste après Roland-Garros devient en plus compliqué à gérer physiquement. Et Wimbledon arrive à un moment de la saison où il a trop peu de temps pour récupérer et briller comme il le faisait auparavant après une période très intense sur terre battue. Et je reste persuadé que ses défaites pour le moins inattendues face à Hewitt et Haas font plus de dégâts qu'elles ne laissent transparaître.

Pourtant, cette édition 2012 à Wimbledon sera particulière pour Roger. Car un succès à Londres pourrait lui offrir un cadeau inestimable au joueur exceptionnel qu'il est : la place de numéro un mondial. Bloqué à 285 semaines, à une unité du record de Pete Sampras, le Suisse pourrait retrouver cette fierté d'être à la place de leader du classement ATP pour - enfin - dépasser l'Américain, exploit qu'il aurait pu réaliser s'il n'avait pas perdu en quart de finale de Wimbledon en 2010. Mais le Suisse devra chasser ses démons pour soulever cette coupe pour la septième fois de sa carrière, comme l'a fait avant lui Pete Sampras.

Il lui faudra une nouvelle victoire référence face à un joueur du Top 15 pour le lancer. S'il commencera la quinzaine lundi doucement face à l'Espagnol Albert Ramos, c'est le quart de finale qui sera l'étape fatidique à ne pas rater, un match qu'il pourrait jouer vraisemblablement face à John Isner, à moins que Janko Tipsarevic ou David Nalbandian n'en décident autrement. Une victoire lui ouvrirait les portes d'une qualification en demi-finale sans doute face à Novak Djokovic, numéro un mondial et tenant du titre qu'il devra éliminer pour atteindre un but qu'il affiche en grand. Quoi qu'on n'en dise, s'il y parvient, ce serait une belle surprise.

Sébastien PETIT
Twitter: @SP_eurosport

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