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Ici, c'est Rafa !
Voilà, nous y sommes. Il y a deux semaines, ici-même, j'avais évoqué le fait que, quoi qu'il se passe au cours de cette édition 2012, elle serait appelée à faire date. Parce que n'importe quel scenario conduisait à cette dimension historique. Cela aurait été vrai d'une victoire de Roger Federer, qui aurait porté plus haut encore son record de victoires en Grand Chelem, ou de n'importe quel autre joueur en dehors du "Big Three", puisque Djokovic, Nadal et Federer ont remporté 28 des 29 dernières levées majeures. Mais de tous, Nole et Rafa sont ceux dont une victoire porte en elle les plus fortes répercussions historiques. Les retrouver en finale donne donc un sens tout particulier à ce rendez-vous. Historiquement parlant, c'est la finale idéale.
Vous connaissez tous les implications éventuelles d'un triomphe de l'un ou de l'autre. Le record de victoires à Paris pour Nadal, le "Novak Slam" ou "Djoko Slam" (ou appelez-le comme vous voudrez) pour Djokovic. A l'évidence, le poids de l'histoire est plus lourd à porter pour ce dernier. S'il perd, Nadal aura malgré tout d'autres occasions de dépasser les six victoires de Borg. Il n'a que 26 ans et il serait surprenant qu'il s'arrête là, brusquement, en si bon chemin, même si on ne sait jamais de quoi l'avenir sera fait. Pour Djokovic, la donne est différente. Comme il le dit lui-même, il est conscient de vivre en ce moment la "période la plus faste" de sa carrière. Avoir la possibilité de remporter les quatre tournois du Grand Chelem de façon consécutive relève de l'exceptionnel. Il doit se souvenir de cette phrase prononcée par Nadal lui-même après sa défaite face à David Ferrer à l'Open d'Australie, en 2010: "j'imagine bien que je n'aurais plus jamais l'occasion d'accomplir une chose pareille", avait dit l'Espagnol qui, lui aussi, était en course pour ce qu'on appelait alors le "Rafa Slam". Au regard de l'Histoire, Djokovic joue donc plus gros que son adversaire.
Mais voilà le paradoxe, car il y en a un: si une victoire de Djokovic aurait davantage de conséquences historiques, une défaite de Nadal aurait probablement des effets plus importants sur l'avenir à court terme du Majorquin qu'un revers du Djoker sur la carrière du Serbe. Djokovic a plus à gagner, Nadal plus à perdre. Je m'explique: Ici, Nadal est chez lui. C'est son tournoi. Il est le plus grand joueur de terre battue de l'histoire, plus personne n'en doute vraiment. Du coup, il est le favori "naturel". Il ne faut pas oublier qu'il reste sur trois défaites de suite en finale de Grand Chelem face au même adversaire. Un quatrième échec serait vraiment terrible pour lui, surtout ici, sur ses terres. Sur sa terre. Elle instaurerait un rapport de forces peut-être définitif entre les deux hommes. Nadal ne peut se permettre de perdre sa dernière chasse gardée.
Mais pour tout dire, je ne crois pas que cela arrivera. Le poids de ces sept dernières années et celui des quinze derniers jours m'incitent à penser que Nadal sera dimanche (ou lundi, en fonction du temps) le deuxième homme depuis la Seconde Guerre mondiale à remporter sept fois un même tournoi du Grand Chelem. J'avais le sentiment d'avoir retrouvé à Rome, précisément lors du quart de finale contre Berdych, le véritable Nadal. Ce rouleau-compresseur impossible à stopper. C'est peu dire que ses six premiers matches dans ce Roland-Garros m'ont conforté dans cette impression. Il sert mieux que jamais, défend toujours aussi bien, impose un défi physique éreintant à l'adversaire et sa confiance sur ce court est telle que je ne l'imagine pas perdre. Faut-il que Nadal soit un géant de la terre battue pour que l'idée de sa victoire s'impose à moi presque comme une évidence car, face à lui, il va retrouver le joueur qui depuis un an et demi, domine le circuit de la tête et des épaules. Pourtant, ses trois défaites contre Nole, à Wimbledon, Flushing Meadows et Melbourne ne pèsent pas assez à mes yeux par rapport à l'impact du facteur terre battue.
Il y a un an, je pense que Djokovic aurait pu battre Nadal en finale à Roland-Garros s'il n'était tombé sur un Federer surréaliste en demi-finales. Psychologiquement, physiquement et surtout tennistiquement, il avait le dessus sur lui. Même sur terre battue. Mais le Nadal de 2012 n'est pas celui de 2011. Il n'y a pas photo. Et Djokovic? Ce n'est plus tout à fait l'indomptable de l'an dernier, même s'il évolue toujours à un très, très haut niveau, évidemment. Sur ce tournoi, il s'en est sorti contre Seppi et Tsonga grâce à une exceptionnelle foi en lui. Mais je ne suis pas sûr qu'elle suffise pour battre ce Nadal-là. Sur le plan du mental et de la confiance, il va trouver du répondant, c'est le moins qu'on puisse dire.
Maintenant, un match reste un match. Il peut s'y passer beaucoup de choses. Rafa peut connaitre un jour sans. Nole peut se transcender et retrouver, le temps d'une finale, l'état de grâce de 2011. Il ne faut jamais sous-estimer l'orgueil et le coeur d'un champion et Djokovic peut très bien se nourrir du fait que beaucoup le donnent perdant. S'il y a un joueur capable de dérégler la rutilante mécanique des Baléares ici, c'est lui et personne d'autre. Mais si chacun campe sur ses positions, si nous avons face à face le Nadal de ces deux dernières semaines face au Djokovic des quinze derniers jours, je n'arrive pas à imaginer un autre dénouement qu'une victoire du Majorquin. Un sacre de Djokovic est bien sûr possible, mais, comme pour Federer il y a tout juste un an avant cette même finale de Roland-Garros, ce serait pour moi une réelle surprise. Pas tant de le voir gagner. Mais de voir Nadal perdre. Ces deux mots vont si mal ensemble pour une finale de Roland-Garros...
Laurent VERGNE























