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L'US Open et la loi des "Series"
26/07/2010 - 15:31

L'US Open et la loi des "Series"

Mardy Fish lève les bras au ciel. Il vient de battre John Isner en trois sets à Atlanta. Un exploit de seconde zone qui n'intéresse que l'Amérique profonde tandis que les champions européens en terminent doucement avec leurs grandes vacances d'été ? Pas sûr.  Si le petit monde des institutions du tennis a trop souvent tourné autour des Etats-Unis ces dernières années alors que ses forces vives étaient en Europe, un regain d'intérêt et de qualité fait parcourir un frisson chez les anciens.

Avec John Isner comme aiguillon géant, Andy Roddick comme référence, et d'autres empêcheurs de tourner en rond tels que Sam Querrey et Mardy Fish (qui vient de gagner pour la première fois de sa carrière deux tournois la même année, et qui plus est de suite à Rhode Island et Atlanta), l'espoir de ne pas connaître une génération "perdue" est toujours là.

Après la perte du record de Pete Sampras (14 titres du Grand Chelem contre 16 pour Roger Federer), après les révélations d'Andre Agassi, le tennis américain, était un no man's land inexploitable. Après l'exploit incommensurable de John Isner à Wimbledon (victoire après 11h de jeu), le tennis américain a retrouvé le goût épique des joutes raquette en main.  Fêté comme il se doit de retour de Wimbledon (avec notamment un prix ESPY étonnant), John Isner a-t-réveillé le tennis qui sommeille aux Etats-Unis ? On a même pu voir (une vidéo sur eurosport.fr il y a peu), John McEnroe, délaisser les sièges confortables des télévisions, où il réussit sa carrière de consultant, pour fonder une Académie à New York. Objectif : trouver des talents. Depuis les soeurs Williams, il y a comme un vide.

Pourtant, tout est déjà là. Disons, tout est encore là. Les anciens champions, qui peuvent conseiller. Les institutions du tennis mondial, qui peuvent protéger les intérêts des compétitions sur le sol américain, et un sens du marketing qui fait toujours des envieux. Au coeur d'une saison assez déséquilibrée, écartelée entre les intérêts des tournois du Grand Chelem, les fédérations et les circuits ATP et WTA, les Américains ont mis en place la série de tournois la plus lisibles du calendrier : les US Open Series. Rien à voir avec les tournois sur terre battue qui précèdent Roland-Garros, qui sont autant d'entités à part, voire en quasi-concurrence avec le French (Madrid). Et ne parlons même pas de l'Open d'Australie et de Wimbledon qui n'ont que deux semaines pour lancer leur tournoi majeur.

Le feuilleton de l'année

Les US Open Series, c'est une formule "cash", dans la pure tradition américaine : " 6 semaines, 10 tournois, 40 millions de dollars en jeu. Et ça fonctionne. Sponsorisées actuellement par une marque célèbre d'appareils de prise de vue, les Series ont plus que doublé, depuis 2004, les audiences de télévision. Le principe est simple : autant de tournois messieurs et dames (Atlanta, Stanford, Los Angeles, San Diego, Washington, Cincinnati, Toronto, Montreal, New Haven, et New York), et des prix accumulés pour les trois meilleur(e)s joueur(ses) à la fin des Series. C'est le seul moment de l'année où on peut suivre le "build-up" d'un Grand Chelem en toute sérénité et en toute clarté. Seul hic pour les Européens : le décalage horaire.

Si la victoire de Mardy Fish sur John Isner n'annonce pas une révolution à Flushing Meadow, elle signale que la motivation des joueurs américains sera un peu plus forte que d'habitude cette année. Les enjeux du top 10 aidant (Rafael Nadal cherche une première victoire à l'US Open, Roger Federer veut regagner le titre perdu l'an passé, etc.), le thriller sympathique offert aux Etats-Unis va doucement se mettre en place.  Pour la première fois depuis longtemps, et grâce à un calendrier aussi simple que les schémas de jeu de John Isner, l'Amérique du Nord va faire vivre aux passionnés six semaines de tennis à la mode Desperate tennis players (malgré la probable absence de Serena Williams), Lost ou Flashforward. Cela inspirera-t-il les scénaristes du tennis européen ?

Julien CARRASCO

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