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Nadal, de la terre à la lune?
Rafael Nadal jouait très gros en finale contre Novak Djokovic. Je ne parle pas là de la perspective du record de victoires à Roland-Garros. Encore une fois, en termes de perspectives historiques, l'enjeu était plus lourd pour Djokovic, qui n'aura peut-être pas de sitôt l'occasion de réussir le Grand Chelem, alors que Nadal aurait eu dès l'an prochain la possibilité de gagner un septième titre à Paris. Mais comme l'a dit le Majorquin, "il fallait" qu'il gagne. Pour lui, c'était déterminant. Après avoir perdu trois finales consécutives en Grand Chelem contre le Serbe, il ne pouvait se permettre de s'incliner une quatrième fois, sur terre battue, dans le tournoi dont il est le maître incontesté. C'est comme ça que j'interprète les scènes de joie du clan Nadal à la fin de la finale, qui n'avaient jamais été aussi démonstratives depuis le début du règne de Rafa.
En conservant son titre à Paris, Nadal s'est ôté d'un poids énorme. Il a prouvé qu'il pouvait toujours battre son grand rival dans une finale d'un tournoi majeur. Au moins sur terre. C'était le minimum vital pour lui. S'il avait cédé son dernier bastion à Djokovic, je pense qu'il aurait été très difficile pour le numéro deux mondial de relancer la machine. Il aurait pu se dire "si je ne le bats pas ici, quand vais-je y arriver?" Il va pouvoir se remettre sereinement au travail et se fixer de nouveaux défis. Maintenant qu'il a à jamais marqué de son empreinte l'histoire de Roland-Garros, il doit voir plus loin. Encore plus haut. Il est encore jeune et même si son palmarès le place d'ores et déjà parmi les joueurs les plus titrés de l'histoire, il a l'opportunité, dans les années à venir, de laisser une empreinte indélébile dans la légende.
Nadal peut d'abord conforter son statut d'ogre de l'ocre. Jusqu'où portera-t-il son record de victoires à Roland-Garros? Vu sa marge sur la concurrence, il n'y a pas de raison de penser qu'il ne sera pas en mesure d'apposer à nouveau son nom au palmarès. Il lui suffirait d'un titre de plus dans la capitale française pour écrire une page inédite du livre d'or du tennis masculin. Jamais, en 130 ans d'histoire, un joueur n'a en effet réussi à s'imposer huit fois dans un des quatre tournois du Grand Chelem. Ce serait une première. Personne ne peut prédire l'avenir. Le déclin physique ou la lassitude psychologique peuvent guetter Nadal du jour au lendemain. Il est aussi dépendant des autres, de Djokovic notamment. Mais si tout va bien, il n'est pas absurde d'imaginer que Nadal puisse s'imposer neuf ou dix fois à Roland-Garros. Ce serait ahurissant, mais c'est tout à fait envisageable aujourd'hui.
Mais le principal défi qui s'offre à lui dépasse le cadre si confortable, pour lui, de la terre battue. Soyons clairs, Nadal n'est pas que le champion d'une surface. Ce serait insulter ce joueur hors normes que d'omettre le fait qu'il a déjà gagné tous les tournois du Grand Chelem, ce qui est tout sauf courant. Puis il vient de jouer les cinq dernières finales majeures. Pas vraiment le parcours d'nu monomaniaque de la terre. Mais dans son palmarès, il y a clairement la brique pilée et le reste: 35 de ses 50 titres. Sept de ses onze titres majeurs. Il lui reste des axes de progrès sur les autres surfaces. Il n'a, par exemple, remporté qu'un seul titre dans sa carrière en indoor. Cela reste un maillon faible. S'il veut remporter un jour le Masters, le plus gros tournoi qui lui fait défaut aujourd'hui, ce sera une nécessité.
Fort de ce septième sacre à Roland-Garros, Nadal est-il prêt à étendre à nouveau son empire dans les prochains mois? Il n'est pas si loin de Djokovic et dans le rapport de forces entre les deux hommes, la finale parisienne ne peut que lui faire du bien. Mais il ne faut pas oublier qu'il n'a plus gagné un seul tournoi en dehors de la terre battue depuis... vingt mois. Une disette inédite dans sa carrière. Il est tout à fait apte à reconquérir le tennis dans son ensemble. Je le crois notamment capable d'aller chercher le record de victoires en Grand Chelem de Federer. Mais cela pourra se faire si et seulement si il parvient à nouveau à triompher ailleurs qu'à Roland-Garros. S'il gagne cet été à Wimbledon ou à l'US Open, le message envoyé à ses rivaux sera très fort. La perspective des 16 titres majeurs deviendra crédible à moyen terme. Dans le cas contraire, s'il boucle 2012 comme 2011, avec Roland-Garros comme unique couronne majeure dans son escarcelle, son horizon sera moins lointain. Mais il n'y a pas de raison de douter de Nadal. Ce géant de la terre a de quoi décrocher la lune et s'imposer non seulement comme le plus grand spécialiste que la terre battue ait connue, mais aussi, potentiellement, comme le plus extraordinaire champion jamais croisé sur un court de tennis. C'est le défi de la seconde moitié de sa carrière. Un défi à sa mesure.
Laurent VERGNE























