Son travail à Arsenal, depuis 1996, a fait de lui l’un des managers les plus respectés et les plus recherchés du monde du football. Champion de France avec Monaco en 1988, trois fois finaliste d’une Coupe d’Europe, deux fois titré au Japon lors de son expérience à Nagoya, Arsène Wenger possède une connaissance encyclopédique du jeu et un sens du management qui a fait de lui le révélateur de très grands talents.
L'Espagne finira par faiblir un jour
Ce qui caractérise vraiment l’équipe d’Espagne, c’est la constance dans l’humilité. J’ai vu très peu d’équipes gagner la Coupe d’Europe, la Coupe du monde, et être capable d'une telle remise en question. La réussite de l’Espagne, c’est naturellement la réussite de talents exceptionnels, mais c’est aussi la réussite implacable d’une grande intelligence. Il faut être très intelligent pour accepter de se remettre en question comme ils l’ont fait. Et ce n’est pas un hasard si aucune équipe n’avait fait ce qu’ils ont réalisé. Moi, j’ai vu l’équipe de France lorsqu’elle a gagné la Coupe du Monde et l’Euro. Et on a pu comprendre que, derrière, ce serait difficile, parce qu’on avait perdu cette humilité, l’équipe s’était un peu attribué les places. Au contraire, je trouve que l’Espagne a gardé une humilité absolument exceptionnelle.
Au-delà, l’Espagne a la meilleure équipe et la meilleure technicité au monde sans problème. Aucun milieu de terrain au monde ne peut dominer l’Espagne dans la possession de balle ou dans l’utilisation intelligente du ballon. Ce qui peut la contrer, c’est la force physique, la force de l’impact. Je crois aussi que c’est une équipe qui n’a, actuellement, pas un grand buteur. On l’a vu pendant l’Euro, ça tournait souvent en rond, ça ne rentrait pas beaucoup dans la surface, il a fallu beaucoup de patience à cette équipe. Si les Espagnols tournent beaucoup en ce moment, c’est qu’ils n’ont pas trouvé la formule idéale. A la Coupe du monde, ils ont beaucoup alterné entre Villa et Torres, mais rarement les deux ensembles.
La France a la qualité pour presser et contrer
Pour battre l’Espagne, il y a deux méthodes : jouer bas, très près de votre but et les contrer. Ou les presser très haut et les empêcher de jouer. La deuxième méthode est exceptionnellement difficile car ils arrivent toujours, à un moment, à développer leur jeu. La première est un peu inquiétante car vous ne touchez pas beaucoup le ballon et il y a une forme d’usure qui peut vous faire perdre le match. La Suisse l'avait fait en 2010. Les Suisses ont échappé plusieurs fois au naufrage mais ils ont réussi à gagner 1-0 en les contrant. L’équipe qui a essayé de battre l'Espagne en pressant très haut, c’était le Chili. Les Chiliens ont subi un expulsé très tôt mais ils leur ont créé beaucoup de problèmes. Deschamps devra faire un choix.
Actuellement, je pense qu’on est capable de ne pas prendre de but face à l’Espagne, que sa défense n’est pas invulnérable non plus, et je crois aussi qu’on a la force physique au milieu de terrain pour lui poser des problèmes. Un jour, cette équipe va bien finir par faiblir, donc pourquoi pas contre la France ? En plus, on n’est pas favoris et la France adore ça. Si je devais faire un choix ? Personnellement, je n’aime pas subir le jeu. Mais il faut surtout que le coach se sente confortable avec ce qu’il fait, que l’équipe corresponde aux qualités de la tactique qu’il a élaborée. Donc je pense que l’équipe de France a les qualités pour contrer et pour presser.























