Stéphane Vrignaud, journaliste de la rédaction d’Eurosport.fr, porte chaque lundi un regard décalé sur la Formule 1…
A l'envers, à l'endroit, à l'envers...
En regardant le Grand Prix d'Italie, j'ai eu de la nostalgie des années Schumacher. La preuve que je n'ai rien contre le vétéran des circuits. Simplement, je me suis souvenu de ses marches triomphales en rouge, que les aspirants d'aujourd'hui sont incapables de reproduire. Ni même de s'inspirer. De sa perfection, le Kaiser tuait le suspense et ça avait quelque chose de bon : on avait une idée très précise de l'excellence. On admirait le binôme germano-italien mué en rouleau-compresseur sur tous les circuits, dans toutes les conditions. Parfois avec cynisme c'est vrai, mais la force, l'assurance et la vision étaient là. Cette année, on en manque cruellement. Grand Prix après Grand Prix, les "big five" tricotent, détricotent à l'infini. On a des cadors brillants un dimanche de course, gaffeurs le suivant. Cette impression désagréable ressort de la halte lombarde, où Alonso et Button ont contrebalancé leurs déboires belges. Hamilton, s'y est magistralement fourvoyé. Vettel et Webber ont affiché des bilans plus nuancés.
Les parcours en montagne russes se poursuivent donc et la victoire domestique d'Alonso me paraît programmée pour cacher beaucoup d'insuffisances. Je dis "programmée" parce qu'il fallait mettre beaucoup de ressources dans la confection d'un kit spécial Monza, sans grands espoirs de le rentabiliser ailleurs. Red Bull n'a pas joué à ce jeu, McLaren avait reparti ses forces, with or without F-duct. Alonso a fait une super Q3 et le stand Ferrari a réussi son coup : gagner sur son sol, de façon incontestable. Parce que le succès de Sakhir était arrivé par la malchance de Vettel et que le plaisir du doublé d'Hockenheim avait été gâché par un arrangement. Une vraie pole, une victoire, mais en trompe l'œil quand même parce que Maranello a grillé samedi matin ses dernières cartouches en montant ses huitièmes moteurs. Les V8 courront encore à Singapour, où les châssis italiens ne devraient pas être à la fête. Alonso, remonté 3e à 21 points de Webber, ne veut pas voir plus loin et il a raison car les carrosses risquent de se transformer en citrouille. A Suzuka, le choix se fera donc entre la peste et le choléra : poser les neuvièmes blocs et encaisser dix places, ou remettre en circulation des propulseurs usagés pas plus fringants que ceux utilisés à Monza et Singapour. Sachant que Suzuka demande beaucoup aux mécaniques. Bref, pour Alonso jusque là tout va bien, jusque là tout va bien...
Ces derniers temps, Button a fait preuve de la même inconstance. Il n'y est pour rien et il est bien le seul dans ce cas. Il s'est dépouillé, sa 2e place vaut chère et son mérite est grand tant sa McLaren fut rudoyée par Alonso à la sortie du virage N.2. Aurait-il pu gagner avec un diffuseur intact ? Bien sûr. Mais à part ça, on est en présence d'un candidat au titre bien faible : trop souvent battu par Hamilton en qualif, trop rarement vu en 1ère ligne, trop spécialisé dans le placement. Son conservatisme n'a rien d'excitant mais le titre pourrait aller au pilote le moins inconsistant...
Chez Red Bull, c'est blanc bonnet et bonnet blanc : Vettel et Webber étaient 6e et 4e sur la grille, 4e et 6e au damier. Ils continuent de se prendre des points, et c'est ça le problème. Officiellement pas franchement emballé, Webber doit enrager. Horner a positivé : les RB6 auront bien mieux à faire ailleurs et l'opération survie est un succès. Webber a repris la place de N.1 mondial et RBR a gratté deux points sur McLaren. Personnellement, j'ai surtout vu une chose : l'Australien est le seul avec Button à "raisonner championnat". A Spa, il ne s'était pas énervé après avoir vendangé son départ de la pole. Tombé 8e, il était remonté 2e. Et là, vous avez vu le soin qu'il a mis à éviter les ennuis à la sortie du N.2 ? Et la patience qu'il a mis à dépasser Hülkenberg, qui lui a fait trois ou quatre fois le coup qu'il a fait mille fois ? Les autres devraient en prendre de la graine.
Et puis, j'ai gardé le "meilleur" pour la fin : Hamilton. Lui, il ne "pense pas encore championnat". Plutôt au passé, puisqu'il lorgnait sur Monza pour compléter sa collection de circuits historiques, avec Monte-Carlo, Silverstone et Spa. Dimanche, il n'a pas plus raisonné au futur et vécu dans l'instant, en couvrant peu ou prou la distance qui lui avait manqué l'an dernier. C'est inquiétant, il me paraît revenu en 2007 : risque tout, irréfléchi. Il s'est planté tout seul sur le F-duct vendredi et se savait une proie facile pour les Vettel, Rosberg, et autres Webber. Sans compter Hülkenberg. Sa mission était visiblement de gagner un maximum de positions vu son comportement de casse-cou, qui a rappelé celui de Magny-Course 2008. Rien à perdre. Vu la tournure des événements, il ne pouvait pas espérer mieux que la 8e position. Rempli de discernement à Spa, irréfléchi à Monza, il est retombé dans des travers dont on le pensait débarrassé.Fin 2007, il croquait un joker mais un avait toujours un derrière. Là, il a lâché qu'une erreur pourrait coûter le titre. "Il y a réfléchi et va apprendre de ça", a certifié Whitmarsh.
Stéphane VRIGNAUD
























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