Stéphane Vrignaud, journaliste de la rédaction d’Eurosport.fr, porte chaque lundi un regard décalé sur la Formule 1…
La coûteuse faute d'Alonso
Retour sur l'abandon d'Alonso - probable tournant du championnat - et les autres enseignements du week-end nippon.
Ferrari
Alonso a sans doute perdu le titre sur sa première faute personnelle de la saison. Le coup du départ de Monaco ne peut pas marcher à chaque fois. Vous vous souvenez ? Il avait forcé le passage entre Hamilton et Grosjean, et touché le Français, qui avait braqué brutalement pour se dégager. A Suzuka, l'Espagnol a eu d'entrée la vue bouchée par Pérez et a tourné sèchement pour essayer de contourner le Mexicain par la gauche. Sauf que la Ferrari était en train de frotter la Lotus de Räikkönen. Contrairement à Grosjean à Monaco, Iceman a refusé de lever le pied. Crevaison, tête-à-queue, game over… L'Ibère sentait depuis les essais le vent du boulet allemand et il a pris le parti du risque. Comme à Monaco. Il clame depuis des semaines faire ses courses en fonction de son dauphin du moment et Vettel lui échappait déjà. Tout se tient. Plus il en sera loin, plus "Nando" prendra des risques au cours de ce qu'il a défini comme les cinq derniers "mini-championnats".
Question sécurité, j'ai déjà eu l'occasion ici de dire tout le mal que je pensais des ailerons avant larges apparus en 2009. Sur les pneus tendres, il ne sont rien d'autre que des lames de rasoir. Que fait la FIA ? Je me demande. Faudra-t-il un accident grave pour en réduire les dimensions ? Là, ça touche une Ferrari. Une chance, peut-être, que ça change.
A part ça, Massa aurait resigné. Contre un podium tous les deux ans, le deal est bon. Deuxième, il a fait sauter la banque. Jusque-là, il avait défalqué quatre points à Räikkönen et deux à Webber pour le compte d'Alonso (voir Une F1 sans Brésilien ?) Il en a pris trois de plus à Button, deux à Hamilton et deux à Räikkönen. Un pactole à son échelle. Au passage, Ferrari nous bassine avec son académie de jeunes pour les envoyer finalement ailleurs. Pérez chez McLaren, en l'occurrence. J'en déduis surtout que Ferrari n'est pas inquiet quant à la solidité de Santander et n'avait donc pas besoin de Telmex.
Red Bull
La RB8 reçoit régulièrement des développements - un discret double DRS depuis Singapour - et ça paie. Surtout comparé à une F2012 figée depuis six courses. Les machines de Newey sont décidément en forme à Suzuka, LE circuit châssis par excellence. Vettel a réalisé le grand chelem (Hat trick + leader de bout en bout) en battant le meilleur tour à deux boucles du damier. Incorrigible ! Webber s'est retenu de ne pas tabasser Grosjean mais nous a offert la phrase culte de l'année : "Grosjean n'est qu'un dingue !"
McLaren
Button a fait un job correct et a malheureusement payé son changement de boîte. Je note que McLaren n'a pas jugé utile de lui demander de donner sa 4e place à Hamilton. Chez Lotus, ça ne coûte pas un bras à Grosjean. C'est même plutôt noble. S'il manque deux points à Hamilton en fin de championnat, on saura où les trouver. Je suis juste triste de voir l'histoire d'Hamilton avec son écurie de toujours tourner ainsi en eau de boudin. Twitter rime encore avec dévastateur.
Lotus
Grosjean avait eu de la chance de recevoir en Belgique une suspension qui n'était pas assortie d'un sursis avec une période probatoire, parce qu'il serait tombé. Il ne faut pas être hypocrite : un stop and go à la place d'un drive through n'est pas cher payé. On est d'accord sur le reste : l'approche de ses départs est suicidaire. Le coup de coaching post-Spa (Campargue à la place de Frizon) a fait "pschitt". Le kamikaze français avait déjà évoqué la difficile gestion du delta de vitesse au départ et seul finalement un ancien champion pourrait lui en parler. Stewart s'était proposé cet été et gentiment fait éconduire. En attendant, Vettel est le prochain gros sur la liste. Parce que pour Button, Hamilton, Alonso et Webber c'est fait. Räikkönen ? Je ne préfère pas l'imaginer…
Sauber
Pérez se prend déjà pour quelqu'un d'autre. C'est vrai, il a réalisé une superbe manœuvre pour se prouver qu'il vaut autant que son futur prédécesseur chez McLaren, et devait être énervé d'avoir redonné sa 6e place au stand. Sa justification de l'accident - "Hamilton a tourné un peu tard" - est plutôt courte. Quant à Kobayashi, il a fait son petit numéro habituel à Suzuka. C'est justice car il méritait ce résultat à Spa. Comme Massa, il a peut-être sauvé sa peau. J'avais répertorié jusqu'à présent trois beaux week-ends (Melbourne, Montmelo et Hockenheim), sans compter - je suis généreux - Spa. Alors, faut-il le garder ? Je pense que non. Gutérriez est dans le package Telmex et un métronome du style Hülkenberg (mais il n'a pas d'argent) ou Sutil s'impose.
Mercedes
"Spoon face" a tapé le vendredi après-midi à "Spoon" et est sorti par la petite porte en Q2, gêné il est vrai par Hamilton. Rosberg encore taxé par le vétéran et sorti par Senna au départ. C'est bien maigre. Premier dimanche sans point depuis treize gp.
Williams
Le peuple vénézuélien a validé dimanche la reconduction du contrat de Maldonado. Peut-être pour six ans. Senna, complètement à cran, a été gêné par Vergne en Q1. Un bon prétexte.
Force India
Hamilton chez Mercedes, Pérez chez McLaren : Di Resta est la grande victime des transferts et il en a peut-être pris un coup au moral. Il a d'ailleurs tapé vendredi. Hülkenberg a fait sa pub auprès de Sauber.
Toro Rosso
Vergne est difficile à juger mais il a quand même pris 0"4 de la part de Ricciardo en qualification. Et l'Aussie a marqué pour la troisième fois en quatre courses. JEV a pris trois places pour avoir gêné Senna en Q1, soit le tarif appliqué à Maldonado à Spa. Je vois qu'une grille de sanction standardisée se dégage à la FIA, c'est toujours ça.
Caterham, Marussia, HRT
R.A.S.
Stéphane VRIGNAUD
Sur Twitter : @ThePiranhaClub
"Grille type" 2012 après le GP du Japon :
Barème : 1 point pour le 1er en qualif, 2 points pour le 2e, etc...
Pilote non engagé, non participant, non qualifié : 25 points.
Les sanctions ne sont appliquées que si elles concernent la discipline, une infraction constatée en qualif ou si elles découlent d'un avantage indu (par exemple un changement de boîte avant la qualif).
Note pour Suzuka : dix places de pénalité pour Schumacher pour son accident responsable à Singapour, recul de cinq positions pour Button et Hülkenberg suite à un changement de boîte de vitesses, et trois pour Vergne qui a gêné Senna en Q1.
Le point à l'issue de la quinzième course de la saison, ci-dessous, prend en compte les douze meilleurs résultats de chaque pilote :
1-Hamilton 35 pt, 2-Vettel 39 pts
3-Button 57 pts , 4-Alonso 60 pts
5-Webber 64 pts, 6-Grosjean 65 pts
7-Schumacher 76 pts, 8-Rosberg 79 pts
9-Räikkönen 80 pts, 10-Maldonado 93 pts
11-Kobayashi 106 pts, 12-Massa 115 pts
13-Di Resta 120 pts, 14-Pérez 124 pts
15-Hülkenberg 131 pts, 16-Ricciardo 157 pts
17-Senna 164 pts, 18-Vergne 192 pts
19-Kovalainen 211 pts, 20-Petrov 226 pts
21-Glock 245 pts, 22-Pic 254 pts
23-De la Rosa 260 pts, 24-Karthikeyan 278 pts
Evolutions : Grosjean (+1), Pérez (+1), Kobayashi (+1), Webber (-1), Hülkenberg (-1), Massa (-1)























