Stéphane Vrignaud, journaliste de la rédaction d’Eurosport.fr, porte chaque lundi un regard décalé sur la Formule 1…
Ferrari, seul heureux du "Big four"
McLaren nous a donc menti : la "dream team" 2010 ne se trouve pas à Woking mais à Maranello, et le concept inventé pour les basketteurs US des J.O. de Barcelone 1992 ne se revisite pas sans risque. L’attelage des deux plus récents champions du monde n’était qu’un rêve hivernal auto proclamé que le GP de Bahreïn a anéanti, tant l’idée véhiculée suggérait l’infaillibilité. Une chose est donc sûre : la seule "dream team" dont l’histoire de la Formule 1 peut se prévaloir reste formée par Alain Prost et Ayrton Senna en 1988, chez McLaren. Domination implacable, rivalité électrique, personnalités charismatiques étaient l’éblouissant étalage d’atouts auxquels Lewis Hamilton et Jenson Button se risquaient à réincarner. Ils n’ont pas démérité mais leur MP4-25 en mal de grip leur a dénié cet héritage dimanche. Plutôt chanceux, Fernando Alonso et Felipe Massa l’ont repris à leur compte en signant un doublé ; sur le dos de Sebastian Vettel et de Red Bull certes, mais en attendant l’Espagnol et le Brésilien vivent dans un monde parfait… Arrivé crispé au royaume bahreïni, branché en mode "la F1 c'est sérieux" jeudi lors de la conférence de presse des champions du monde, le vainqueur a laissé éclater sa joie sur le podium et assuré le service après-vente, à l'adresse du personnel de Ferrari (c'est bon pour la popularité) et de son bienfaiteur Luca di Montezemolo, qui s'est assis pour lui sur le contrat de Kimi Räikkönen. Bref, il a marqué son territoire. Chez Ferrari tout est donc beau, et pour les tifosi aussi, à qui l'on va servir cette année un duo de Latins affranchis.
Pour le reste, j’ai assisté à la même chose que vous : 49 tours processionnels dont le verdict a trouvé un prolongement assez polémique. La Scuderia n’a rien trouvé à redire à son triomphe et elle est bien la seule du "Big four", pour reprendre l'expression en vogue dans le foot anglais. Car Red Bull, McLaren et Mercedes ont, à des degrés divers, mal vécu la défaite, réclamant à un partenaire ou pestant contre le législateur. Red Bull pour commencer, qui n’est plus depuis longtemps l’empêcheuse de tourner en rond qu’elle se voulait en arrivant dans un sport guindé. Elle a appris la politique comme les autres et commence à en user, maladroitement. Dans la série "Dis moi de quoi tu te plains, je te dirai ce que tu veux", RBR s’est fendue d’un inhabituel communiqué officialisant la vraie raison de la déconvenue de Vettel à partir du 33e tour : une bougie défaillante sur le V8 Renault. Suivez mon regard… En substance, le Taureau rouge de colère a répondu à Viry-Châtillon qui s’était empressé en direct de préciser qu’elle ne fabriquait pas l’échappement alors incriminé. Un retour à l'envoyeur pas très solidaire sachant les contraintes de tous ordres qui peuvent s’abattre sur la mécanique, secouée qui plus est par quelques nouvelles bordures et bosses de la boucle rajoutée près de Manama. Au sens de RBR, la situation n'a donc pas changé par rapport à 2009, lorsque que, selon elle Renault avait gâché les chances de Vettel d’être champion. Milton Keynes, qui n'a pas digéré non plus l'échec des négociations avec Mercedes après avoir travaillé à l'implantation du V8 de Stuttgart, avait encore récemment réclamé aux Français une fiabilité exemplaire en sus d'une puissance étalonnée sur le meilleur bloc, allemand. Chris Horner avait rappelé cette urgence en arrivant à Bahreïn, pressant son motoriste de faire aboutir ses discrètes négociations avec la FIA pour obtenir un "step" de son V8 théoriquement gelé. Vu les 30 chevaux de différentiel entre le Mercedes et le Renault que prête la rumeur, on comprend l'impatience du boss de RBR. Et ce n'est peut-être pas un hasard si Bob Bell, le directeur général de Renault F1, avait déploré jeudi la légalité du canal de soufflage interne de la McLaren MP4-25, cherchant par là aussi une contrepartie technique de la part de la place de la Concorde. Samedi, Renault avait accueilli la pole de Vettel comme un soulagement. "Nous ne savions pas où nous étions en termes de performance. C'est une si bonne réponse à toutes les questions", avait commenté Fabrice Lom. Malheureusement, le dernier tiers de la course a tout fichu par terre.
A l'inverse de Ferrari et Red Bull, McLaren n'a jamais entrevu la victoire, et Martin Whitmarsh s'est empressé de demander un aménagement rapide du règlement face à la pénurie de dépassements. C’est vrai, son pilote Lewis Hamilton fut le seul cador à alimenter la rubrique, au stand, au détriment de Nico Rosberg. Mais pendant tout le week-end, ses pilotes ont évoqué un manque de grip à l’avant de la MP4-25, la cause la plus probable étant l’adoption de pneus plus étroits à l’avant cette année, alors même que les réservoirs plus grands ont déplacé du poids vers l’arrière des monoplaces. Même si Red Bull et Ferrari ont su produire des bolides corrélés au règlement, le boss de McLaren a suivi une logique partisane en réclamant des gommes plus adhérentes et deux arrêts obligatoires… Bref, au moment où l’on tente de redonner l’initiative aux pilotes en piste, une voix s'élève pour exiger la confiscation du spectacle par les stratèges. Pas qu'une même, puisque Lewis Hamilton et Michael Schumacher ont milité dans ce sens. "Il y a le départ et ensuite il suffit de régler son rythme et de ne pas faire d'erreurs", a résumé l'Allemand sur le retour. L'Anglais a plus justement souligné l'impossibilité de suivre une voiture de près à Bahreïn, pointant indirectement la règlementation aéro mise en place en 2009. Il ne faut voir dans ces constats précoces et volontairement pessimistes qu'une tension palpable dans les équipes. Melbourne, qui a souvent produit des courses spectaculaires et décousues, arrive à point nommé pour donner une chance aux plaignants de se réconcilier avec le sport.
























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