Stéphane Vrignaud, journaliste de la rédaction d’Eurosport.fr, porte chaque lundi un regard décalé sur la Formule 1…
Silverstone, le must ?
J'attaque cette chronique en ignorant sa conclusion. Le Mondial se penche ce week-end sur son berceau, Silverstone. L'occasion pour chaque pilote de sentir le poids de l'Histoire, et se laisser porter par une foule de connaisseurs. Dans une région qui vit pour le sport auto. L'an dernier, j'avais compté le circuit du Northamptonshire au rang des "Big Five" du championnat, parmi Monaco, Spa-Francorchamps, Monza et Suzuka. Ceux où il faut avoir gagné. Parce que ces lieux de renom combinent un tracé exigent, une ambiance particulière et quelques pages glorieuses de l'Histoire de la F1.
Les Britannique placent Silverstone au-dessus de tout, les italiens jugent Monza sans nulle pareille, etc… Sans vouloir trier ces chauvinismes de bon aloi, j'ai quand même voulu mesurer l'impact de ces cinq circuits à l'aune des trois critères pré-cités, pour voir où se situait vraiment Silverstone. Je leur décerne donc mes propres étoiles pour obtenir une hiérarchie absolument subjective. Libre à vous d'en faire autant…
Circuit
Monaco : un must de l'anachronisme, de l'engagement, une symbiose avec le tracé et une concentration maximale requises pour réussir. Excitation interdite. Seuls cinq non-champions y ont gagné depuis 1983. 5 étoiles.
Silverstone : le développement renferme le fameux triptyque Copse-Maggots-Becketts, mais il a laissé une partie de son âme dans le court-circuit de Bridge et Priory, en 2010. On y a vraiment perdu : la nouvelle portion est sans intérêt. 3 étoiles.
Spa-Francorchamps : le raidillon d'Eau rouge fait fantasmer les spectateurs mais beaucoup moins les pilotes. Sauf quand Webber y règle Alonso à coup de testostérone. Pouhon est un véritable morceau de bravoure et Blanchimont participe au rythme exceptionnel qu'impose cet ensemble vallonné. 5 étoiles.
Monza : le "temple de la vitesse", là où les appuis dérisoires imposent un pilotage très fin. Mais seuls Lesmo 1 et Lesmo 2 représentent un gros challenge, même si la Parabolique peut être punitive. 3 étoiles.
Suzuka : tout est très difficile. Du N.1 quand on est déventé à l'enchainement qui suit jusqu'à la sortie du N.7, en passant par le diabolique R130 et bien entendu le N.9 avant le pont. 5 étoiles.
Ambiance
Monaco : ce n'est pas en soit une épreuve nationale mais plutôt internationale, où le nombre limité de spectateurs empêche le phénomène de masse chez les supporters. On y vient aussi pour se montrer. Un profil plus select qu'ailleurs, une passion plus lisse. 3 étoiles.
Silverstone : le public a toujours été bien servi par ses pilotes et ses écuries de renom, et ne manque jamais de les leur rendre. Chaque as de la piste atteste avoir entendu une immense clameur après une pole, une victoire, un podium. Une foule admirative et active. 5 étoiles.
Spa-Francorchamps : les Allemands, biberonnés au Schumi, en ont fait leur second GP national. Ils arrivent avec force déguisements pour encourager bruyamment leur idole de toujours, où "Baby Schumi". Les Français ne sont jamais loin, les Britanniques non plus. Au-delà de cette ambiance vraiment sympa, les environs respirent moins la tradition automobile que l'Angleterre ou l'Italie, hors catégorie dans ce domaine. 4 étoiles.
Monza : l'antre rouge, là où ont raisonné les premiers "Forza Ferrari". Plus qu'un endroit dédié au sport, un repère absolu de la passion automobile. Les tifosi font semblant d'être fanatiques de la "rossa" mais ils sont incollables sur les voitures britanniques ou allemandes. 5 étoiles.
Suzuka : c'est peut-être le parc d'attraction qui rend l'ambiance plus bon enfant qu'ailleurs. Le fan nippon aime se mettre en scène, il supporte les pilotes du cru et à peu près tout ce qui roule. 4 étoiles.
Histoire
Monaco : les plus grands pilotes y ont gagné, à part Clark. Le rendez-vous princier est un grand classique du Mondial 1950 mais il subit sa position assez précoce dans l'agenda des courses. Malgré 59 dates, il n'a jamais couronné un champion du monde. 3 étoiles.
Silverstone : le circuit qui a connu 46 éditions, dont la première a porté le championnat du monde sur les fonds baptismaux en 1950. Mais il ne peut se prévaloir d'avoir, comme Monaco, couronné un champion. 4 étoiles.
Spa-Francorchamps : en 45 éditions, les Ardennes n'ont célébré qu'un champion, mais le plus prolifique : Schumacher, à l'occasion de son septième sacre, en 2004. L'Allemand y a gagné 6 fois, et d'autres grands champions y ont gagné à répétition : Fangio (3), Clark (4) et Senna (5). 4 étoiles.
Monza : 12 pilotes y ont connu la gloire absolue, un record. A part l'édition 1980, le circuit du nord de Milan a toujours attiré les bolides. C'est peut-être avec Silverstone le grand tracé qui a connu les scenarii les plus convenus. 4 étoiles.
Suzuka : l'endroit est un porte-bonheur pour les spectateurs. En 23 meetings, il leur a offert 11 champions du monde ! Dont les 5 premiers (1987-1991). Le lieu a marqué à jamais l'histoire de la F1 en offrant un théâtre d'affrontement à Prost et Senna. Absolument titanesque. Une seule tête non-couronnée y a gagné depuis 1993. LE circuit des champions et la quasi assurance d'être le thriller de la fin de championnat. 5 étoiles.
Total : 1-Suzuka 14 étoiles, 2-Spa-Francorchamps 13 étoiles, 3-Silverstone et Monza 12 étoiles, 5-Monaco 11 étoiles
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