Stéphane Vrignaud, journaliste de la rédaction d’Eurosport.fr, porte chaque lundi un regard décalé sur la Formule 1…
"T'énerve pas, double !"
Voilà Vettel champion. Beaucoup s'émerveillent de le savoir plus jeune champion du monde de l'histoire de la F1. Il faudrait quand même se réveiller : il est le troisième à nous faire le coup en cinq ans. La cure de jeunisme se confirme, c'est tout. Plus sûrement, "Baby Schumi" est l'auteur d'un hold-up. Génial, il faut s'entendre : rafler la mise quand on n'a jamais mené le championnat, c'est un sacré tour de force. J'espère qu'il ne roulera pas sur les traces de Surtees (1964) et Hunt (1976), qu'on n'a jamais revus à la première place. Finalement, ne jamais avoir supporté la pression du N.1 l'a peut-être aidé. C'est peut-être aussi ce qui a usé Webber.
Je l'avais écrit ici à propos du nom qui allait sortir du chapeau : le "qui" m'importait peu, seul le "comment" m'intéressait. Avec Vettel, on tient un bon bougre, un fiable dépositaire du concept de panache. Le gamin a toujours attaqué, ses dix pole positions et cinq victoires attestent qu'il sait tout faire, partout. Et puis, avoir la classe signifie perdre avec style, envoyer par exemple une lettre à Viry-Châtillon pour insuffler de la confiance à des gars qui ont l'explication d'une casse à 25 points. C'est également s'interdire des mots irréversibles sur un clash, turc en l'occurrence, ou ne pas rajouter au pataquès australien à Silverstone. C'est vrai, il était le bénéficiaire du fameux aileron dernier cri mais, à sa place, d'autres ne se seraient pas privés. Depuis que RBR l'a pris sous son aile, à l'âge de 14 ans, il a toujours eu le beau rôle. Il a toujours été couvé mais il n'en a pas abusé. Après la période de tension estivale, c'est toujours lui qui est allé vers Webber. Pour un salut poli entre équipiers à la descente de voiture après une qualif, une petite tape discrète dans le dos le week-end suivant, un check en Corée... Il a bon fond, il raccommode. L'Aussie n'a rien à redire là-dessus et en a d'ailleurs toujours plus voulu à RBR, Horner ou Marko, qu'au pilote-élu lui-même.
Autrement, son titre n'a rien d' "incroyable". Le terme est aujourd'hui galvaudé (les medias de tout poil en sont responsables), je ne cèderai donc pas à ce tropisme. La semaine dernière, j'avais fait un petit tour d'horizon des finales les plus palpitantes, les plus inattendues depuis 1950. 2010 se place au strict niveau de 2007, c'est-à-dire en 8e ou 9e position sur l'ensemble, à des années-lumière de ce monument hitchcockien de 1986. Comme Räikkönen à l'attaque de cette dernière, Vettel était un outsider. Il a bien fait son boulot en partant du haut de grille, servi par une voiture rapide, loin de rivaux à saturation (je parle d'Alonso à Interlagos 2007) ou embarqués dans un concours de médiocrité (Alonso et Webber hier). RAS, donc. Vous avez d'ailleurs dû trouver ce GP plutôt ennuyeux. Voire très. L'écrin d'Abou Dhabi est magnifique mais il est vide. A la marge, il est amusant de constater que Webber a indirectement couronné Vettel en mettant les "stratèges" rouges sur une fausse piste. On avait toujours supputé dans l'autre sens. Comme quoi, ça ne sert à rien de tirer des plans sur la comète. "On pourrait en discuter pendant des heures", avait prévenu Webber à Yeongam. Et puis, voilà une canette récompensée après un marchand de tricots. Mais derrière, il y a plus qu'un positionnement marketing. Il y a une passion. Elle tient à Mateschitz, un fondu d'extrême et de festif qui injecte 30% de son chiffre d'affaire annuel dans le sponsoring. Merci monsieur Mateschitz.
Finalement, le drapeau à damier nous en a dit plus long que l'épreuve en elle-même sur la nature des individus. Des émouvants sanglots de Vettel à l'ultime incartade d'Alonso. Une condescendance ferrariste insupportable. L'as d'Oviedo avait confié en Corée du Sud son bonheur de rouler en Ferrari, quoi qu'il arrive mémorable, presque supérieur à ses titres avec Renault. Il a montré autre chose, à partir du 22e tour : à part les pilotes McLaren et Red Bull, il voit des N.2 partout. Le Russe aurait du se coucher. Au nom de quoi ? Pas du sport en tous les cas. En le voyant trépigner, je me suis rappelé ma condition d'automobiliste parfois impatient qui aperçoit dans le trafic un auto-collant sur la voiture précédente, qui dit ceci : "T'énerve pas, double !" L'Espagnol a suivi les directives du stand et est allé à sa perte. Plus sûrement, Massa ne lui a été encore d'aucune utilité. Il en aura été ainsi à partir d'Hockenheim. "Nando" avait réclamé et obtenu sept points de bonus. Mais Massa ne s'est jamais remis d'avoir eu à offrir sa seule victoire de la saison : il n'a jamais par la suite pris de points aux McLaren ou aux Red Bull, à part à Monza. En gagnant, il aurait sans doute pu rester au plus près son leader, grappiller plus que sept points en tout, par ci par là... C'était peut-être le problème d'Alonso : vouloir tout, trop vite.
Stéphane VRIGNAUD
NB : ainsi se referme "Bonus track" pour cette saison... Merci d'avoir fait vivre ce blog à travers vos commentaires et réactions.
























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