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A Clairefontaine, le "je" sans ballon
29/08/2010 - 23:52

A Clairefontaine, le "je" sans ballon

Mercredi, Zinédine Zidane se rendra à Clairefontaine pour aider l'équipe de France. Cela ne s'est plus produit depuis 2006. Evidemment, pas de cent-neuvième sélection en vue. Zidane sera simplement le premier d'une longue série d'internationaux convoqués par Laurent Blanc pour promouvoir un système de valeurs fortes, valeurs sans lesquelles le nouveau patron des Bleus ne pense pas parvenir à reconstruire la sélection. L'ex-numéro 10 devra, si on a bien compris la démarche, faire sentir à ses successeurs le prestige qui fait la force du maillot bleu, quel type de phare il doit être dans leur carrière. Il sera le serviteur du message qui préside toutes les interventions de Blanc depuis un mois : il n'y a rien, dans la carrière d'un joueur, qui puisse surpasser une conquête internationale en sélection. Pas même un énorme contrat à court terme. Ces contrats, d'ailleurs, finiront pas tomber tous seuls une fois les trophées remportées. Elémentaire ? Visiblement, ce sont des choses élémentaires que les jeunes joueurs du XXI siècle ont besoin d'entendre. Les neuf rescapés de Knysna retenus pour la Biélorussie et la Bosnie le raconteront aux copains.

Des choses simples, Blanc en a dit beaucoup, la semaine dernière au cours d'une longue tournée médiatique. Tout le monde s'est évidemment focalisé sur les états d'âme du sélectionneur quant aux suspensions qui frappent certains de ses cadres, mais il y avait d'autres choses à entendre. Sur l'image renvoyée par les nageurs et les athlètes français aux Championnats d'Europe, par exemple. "Ce sont des gens qui font partager leur plaisir. Or, le football ne fait plus rien partager du tout. Les nageurs et les athlètes ont envie de porter le maillot de l'équipe de France. Cela s'est vu. Moins avec les footballeurs. J'entends dire que ces équipes de France sont extraordinaires. L'équipe de France de football devrait être comme ça. Depuis des années, en terme d'image et d'état d'esprit, le football est allé dans la mauvaise direction. Avec l'argent, on s'est cru sur une autre planète. Il faut revenir à la réalité. Il va falloir reconquérir beaucoup de choses, cela va être long. Il va falloir être patient."

"Plus jamais ça", disait-on le 21 juin, et le business a repris

La patience est une indulgence que convoquent tous les bâtisseurs de grands projets sportifs. C'est un terme devenu si récurrent qu'on le prononce sans trop y croire et qu'on l'entend sans l'écouter. Dans le cas de ces Bleus, pourtant, il prend tout son sens. Les constats du sélectionneur sur le manque de repères des jeunes pros sonnent juste. Et si l'on admet que les habitudes sont tenaces, que les loups ne se transforment pas en agneau par la grâce d'un discours reçu dans un Château des Yvelines, rien ne dit que Blanc sera encore à la tête de l'équipe de France lorsque la bataille des esprits engagée dans la foulée du fiasco sud-africain sera remportée. "Plus jamais ça" disait-on le 21 juin, et pourtant le semaines qui ont suivi ont confirmé que le football était un sport collectif dissout dans l'océan infini des intérêts individuels. Le cas Ben Arfa en est le symbole le plus absolu, mais il n'est pas le seul. N'Zogbia, un autre nouveau Bleu, en fait de belles à Wigan depuis sa première sélection. Yohan Gourcuff lui-même, peut-être le plus collectif des joueurs de L1 par son approche du jeu, a abasourdi son ancien club en allant prêcher pour son transfert la veille d'un match important à Paris.

Petite parenthèse au passage : dans la série les gens du foot ne doutent jamais de rien, ajoutons que la campagne malhabile pour amnistier les suspendus de Knysna qui a enflammé le milieu de la semaine dernière était parfaitement incompréhensible. Jacques Rousselot a eu raison de souligner que deux mois après ses larmes télévisées, Aimé Jacquet avait sûrement autre chose à faire que solliciter l'amnistie dans une lettre ouverte que ses destinataires ont jeté à la poubelle à peine l'enveloppe ouverte. Laurent Blanc lui-même, en prétendant qu'aucun élément matériel n'était disponible pour accabler ses trois absents plus que les autres, a bizarrement manipulé la situation. Quelqu'un a-t-il nié qu'Evra et Ribéry étaient capitaine et vice-capitaine ? Qu'ils aient dissimulé aux autres joueurs le refus d'excuses et l'acceptation de son exclusion par Nicolas Anelka ? Quant à Jérémy Toulalan, il a lui-même reconnu dans la presse - pour policer une info qui allait sortir - que son conseiller avait, à sa demande, rédigé la lettre de la honte lue par Domenech. C'est bien cela qui lui vaut son petit match de suspension.

"Il y a aussi eu des traversées du désert"

La disgression étant close, reste à savoir si un contact avec Zidane suffira pour installer un nouveau souffle en sélection. Sous l'Ancien régime, on prêtait aux rois de France thaumaturges la capacité de guérir les écrouelles par un simple contact entre le souverain et les malades incurables. Sans faire de procès à l'initiative de Laurent Blanc quant à la venue de Zidane à Clairefontaine - elle est très forte au moins sur le plan symbolique et cela compte, dans le sport de très haut niveau - il faudra probablement plus de temps pour que ses hommes se cimentent autour d'une morale du jeu simple et saine. Les sommes engagées autour des joueurs ne vont pas changer. Le poids de leur entourage non plus ; il ne restera que onze places sur le terrain et les bonnes âmes expertes continueront à expliquer aux remplaçants que l'entraîneur n'a rien compris. C'est auprès des pré-adolescents d'aujourd'hui, s'ils sont formés assez tôt, que cette campagne a une vague chance d'exercer un effet durable. Parmi les choses que Blanc a dites aux médias, il y a aussi ceci : " C'est vrai que depuis 1998, les gens pensent que la France doit toujours être dans les meilleurs et dans les phases finales. On ne se souvient que des bonnes périodes, mais il y a eu aussi des traversées du désert." Entré chez les Bleus à la fin des années 80, il est bien placé pour le savoir. Il semble être  à peu près le seul à envisager que sous le poids d'un potentiel technique incertain et d'une crise morale à résorber, l'hypothèse d'une nouvelle traversée du désert soit à prendre en considération. Cette traversée a commencé. En 2010, la France a gagné un match, pour deux nuls et cinq défaites.

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