Rédacteur en chef d’Eurosport.fr, longtemps grand reporter sur tous les stades d’Europe, il décrypte l’actu du football et ses coulisses, de la dernière variante du 4-4-2 aux intrigues qui secouent les instances.
Blanc, le test de fidélité
Vous le savez peut-être, Laurent Blanc livrera les noms des joueurs retenus pour l'Euro, en deux temps, les 9 et 15 mai, et Eurosport aura la primeur de ses commentaires. Indémodable feuilleton, tous les deux printemps, la communication de la liste n'a pourtant pas été extraordinairement rythmée cette année. Cela ne signifie pas qu'il n'y a rien à raconter. Au contraire, au petit jeu des "certains", "probables" et "possibles", il n'y a jamais eu aussi peu de certitudes. Le noyau dur que recherchait le sélectionneur à sa prise de fonction est à peine plus grand qu'un pépin de melon, pour reprendre son expression. La faute à une reconstruction post-Knysna difficile, très honorable sur le plan de résultats, mais chaotique sur la définition d'un groupe et de leaders incontestables. Laurent Blanc arrive dans le money time. Si, comme tous les sélectionneurs, ses choix seront forcément jugés à l'aune de ses résultats, c'est-à-dire bien au chaud dans deux mois, ils le seront déjà, mercredi, sur l'évaluation de sa ligne de conduite entre fidélité à ses hommes et choix de la forme du moment.
La capacité à tenir un cap est, pour les sélectionneurs, un piège autant qu'une nécessité. Un piège car il conduit parfois, souvent, à des actes de fidélité contredits par les faits et réalisés au-delà des évidences du moment. Tous pensent y échapper mais la plupart tombent dedans, au nom des services rendus ou d'une confiance inébranlable dans le potentiel d'un joueur. Souvenez-vous de Raymond Domenech. En prenant ses fonctions en 2004, celui-ci avait déclaré, à raison, qu'il n'était pas convenable de retenir sous le maillot tricolore un joueur qui n'était pas à 100% de ses moyens. Il visait le choix de son prédécesseur, Jacques Santini, de sélectionner Sylvain Wiltord pour l'Euro 2004, homme de base de l'équipe de France à peine remis d'une vilaine blessure et transparent comme l'eau claire au Portugal. Domenech raconterait plus tard une vieille conversation avec Jean-François Jodar, ancien sélectionneur du Mali, où il avait exprimé à son ancien adjoint de la Coupe du monde des moins de 20 ans en 2001 que celui-ci avait fait la même erreur lors de la CAN 2006 et qu'il s'en pensait à l'abri. Racontant cela, il ajoutait : "Et moi j'ai pris Vieira...". A l'Euro 2008, victime d'une blessure musculaire qui ne lui laissait objectivement aucune chance d'être utile à la sélection, l'exceptionnel guerrier du Mondial 2006 avait traîné sa peine en toute inutilité. Mais Domenech avait été incapable de voir en Vieira l'éclopé qu'il était alors, aveuglé par la promesse de possibles projections éclairs vers l'avant.
Mexès a priori à l'abri, Malouda boosté par la C1 ?
Pourquoi revenir là-dessus? Parce que l'actualité de ces derniers jours est venue nous rappeler que Laurent Blanc est très attendu sur ce terrain-là. Jusqu'à quel point sa confiance innée en tel ou tel joueur va-t-elle le pousser à la retenir envers et contre tout? La question se pose pour Philippe Mexès, qui n'est pas redevenu lui-même avec Milan, même si sa dernière sortie avec les Bleus le place normalement à l'abri. La question serait brûlante pour Florent Malouda si celui-ci n'avait ce que beaucoup d'autres ne possèdent pas (l'expérience) et si une série de suspensions à Chelsea ne lui ouvrait pas la possibilité de jouer une finale de Ligue des champions, écrin unique en son genre pour prouver qu'il est toujours au niveau. La question se pose, surtout, pour Alou Diarra et Yoann Gourcuff, deux joueurs dont Blanc connaît tout du potentiel puisqu'il leur a permis à tous d'être champions de France en 2009 à Bordeaux, mais deux joueurs victimes l'un et l'autre de dérives très différentes depuis 2010, quand ils avaient débuté l'ère Blanc en qualité de titulaires indiscutables.
Le football n'est pas exactement une matière qui se prête à des jugements définitifs. Mais sur ces deux joueurs-là, sans nier ce qu'ils ont été à un certain moment de leur carrière, l'hypothèse de les voir retenus pour l'Euro me remplit de perplexité. Yoann Gourcuff a été faible contre Valenciennes mercredi, subissant le contre-coup logique de son retour à la compétition récent. Il n'est pas prêt, rien ne prouve que son niveau se rapproche de l'exigence d'une telle compétition même après un stage de préparation. Il a participé à vingt matches cette année, en a débuté seulement deux en trois mois, n'a pas joué un match entier depuis le 22 novembre dernier. J'ai été suffoqué de voir des confrères suggérer que la prestation de l'ex-Girondin en finale de la Coupe de France contre Quevilly (1-0) - encourageante, certes - allait lui suffire pour aller à l'Euro. Plusieurs fois blessé, visiblement perturbé par le tourbillon qui l'entoure depuis sa saison 2008-2009 où il marchait sur l'eau, Gourcuff a probablement besoin de tout, en ce moment, sauf d'un miroir aussi grossissant qu'un Euro avec l'équipe de France. Et ce n'est pas comme si les alternatives n'existaient pas. A son poste, si Nasri paraît désormais incontournable avec son excellente fin de saison à Manchester City, je vote Yohan Cabaye ou Marvin Martin pour le deuxième ticket. Voire les deux.
Mavuba, Matuidi, Capoue vs. Diarra
L'autre sujet de scepticisme est Alou Diarra. Blanc a mis du temps à reconnaître que Diarra ne pouvait pas prétendre au brassard car il ne pouvait tout simplement plus prétendre à une place de titulaire. Peut-il aujourd'hui prétendre à une place dans le groupe? Mercredi, L'Equipe, valorisant probablement la confiance que Blanc accorde au joueur, estimait à 80% ses chances d'aller à l'Euro. Un chiffre sidérant vu les états de service du Marseillais avec son club cette saison, notamment. Pour le coup, il joue, lui. Mais avec quel rayonnement? Retenir Diarra plutôt qu'un Mavuba, un Matuidi ou un Capoue, compatibles avec le schéma de jeu de Laurent Blanc, actuellement très toniques, évoluant dans un registre pas très éloigné de celui du Marseillais (ils n'ont pas son impact, mais ils compensent) serait à ce stade moins qu'un choix logique : un pari.
Avec tout ça, on en oublierait presque le débat Hatem Ben Arfa. Absent des Bleus depuis août 2010, blessé avec Newcastle, puis peu sollicité ou peu décisif avant de retrouver des couleurs au meilleur moment, le Magpie doit encore montrer patte blanche à une semaine du rendez-vous décisif. Voir Gourcuff à l'Euro et pas Ben Arfa ? Poser la question, c'est en quelque sorte y répondre. Sur Gourcuff et Diarra, pour des raisons différentes, le débat me semble tranché. Mais d'autres pensent peut-être différemment, à commencer par le principal intéressé, ou peut-être certains d'entre vous. Pas de doute, le printemps revient : mercredi, c'est liste des Bleus.
Cédric ROUQUETTE
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