Rédacteur en chef d’Eurosport.fr, longtemps grand reporter sur tous les stades d’Europe, il décrypte l’actu du football et ses coulisses, de la dernière variante du 4-4-2 aux intrigues qui secouent les instances.
La leçon de Ligue des champions
Il faudra, un jour, qu’un journaliste fasse une enquête au long cours sur cette main invisible qui fait de la Ligue des champions une maîtresse si longue à conquérir. Cette subtile alchimie qui fait que Manchester City n’en a toujours pas pris la mesure ou que le Paris-SG a subi à Porto la défaite la plus logique et implacable qui soit. On a beau le savoir, il y a des soirs où cela secoue encore, à ce point-là. Le score de la première défaite parisienne de la saison est étroit (1-0). Un 0-0 bien payé était certes possible. Mais tout chipotage est inutile : le PSG de Carlo Ancelotti et de Zlatan Ibrahimovic n’a que très rarement vu le jour au stade du Dragon, victime d’une somme d’insuffisances que la peur, argument employé par Ancelotti, explique peut-être partiellement.
Mercredi, comme l’ont montré les recherches de notre journaliste Philippe Da Costa avant le match, l’expérience pure des grandes soirées européennes se trouvait dans les rangs du PSG, recrutés en deux étés : quatre ans de plus de moyenne d’âge et trois à quatre fois plus de matches au compteur dans la reine des compétitions. Mais la Ligue des champions a cette capacité fascinante à imprégner petit à petit l’ADN des clubs qui lui sont fidèles et lors de cette 2e journée, c’est une culture du club, celle du FC Porto, qui a dominé l’autre, celle du PSG, avec la force de conviction que donnent l’enchaînement des campagnes et quelques belles réussites.
Ça ne marche pas à tous les coups : Kiev avait sombré il y a deux semaines alors que son expérience européenne, même récente, est supérieure à celle de Paris. Mais Porto est un club capable de pousser sa compétition jusqu’au bout du printemps les bonnes années et cela se voit encore à chaque renouvellement d’effectif. Dans la maîtrise collective, la capacité à maintenir le cap malgré les occasions ratées, l’intensité des duels, la permanence de l’effort, les gamins portugais ont donné une leçon de Ligue des champions au Paris-SG. Reste à l’équipe de Carlo Ancelotti à trouver le juste milieu entre l’euphorie de Kiev et l’impuissance de Porto afin de poursuivre son apprentissage. La vérité d’une première phase se trouve entre les deux.
Dur, dur pour la colonne Thiago Silva – Verratti - Zlatan
Dans le détail, s’il est évident que le déficit parisien fut criant sur les ailes, où les Portugais se sont installés comme s’ils jouaient à quinze contre onze, démolissant les embryons de relations entre les latéraux parisiens et leur milieu, cette première défaite coïncide avec l’effondrement de la colonne vertébrale qui a fait passer au PSG cinq excellentes semaines : Thiago Silva – Verratti – Zlatan. Averti dès la 4e minute, le défenseur brésilien a tiré le poids de ce carton jaune tout au long de la rencontre avec des gestes à la précision aléatoire.
Son échec n’est cependant pas aussi marqué que celui de Marco Verratti. L’Italien a payé en une seule soirée tout le bonheur de débuts réussis au-delà de toute espérance. Si l’écart entre la Serie B italienne et la Ligue 1 semble pouvoir être franchi sans trop de souffrance, celui qui sépare l’ordinaire du Championnat d’un match européen face à un club comme Porto est pour lourd à digérer. Il n’y a pas mort d’homme. A la limite, c’est le contraire qui aurait été étonnant : si à 19 ans pour sa première à un tel rythme de jeu, l’Italien avait assuré ses passes et affirmé ses choix comme un Pirlo moderne, il aurait été à ranger dans la catégorie des extraterrestres. S'il est clair que son profil de regista peut éclairer toutes les solutions dans une équipe qui possède le ballon, cela peut devenir un handicap objectif quand il s’agit de le récupérer. L’Italien manque beaucoup trop d’impact, de malice et d’expérience pour faire illusion dans un vrai rôle de numéro 6 par gros temps.
Le cas de Zlatan est plus ordinaire, en tout cas pour tous ceux qui ne lui décollent pas cette étiquette de grand buteur contre les petites équipes. Le Suédois aurait pu concurrencer Benzema pour le titre de plus beau but de la soirée sur son aile de pigeon. Mais tout s’est passé comme s’il ruminait cet échec initial, avec son effacement progressif : duels anormalement perdus, approximations techniques, en marchant souvent, comme quand il régale.
Relevons enfin un léger étonnement sur la teinte très "Ligue 1" que Carlo Ancelotti a donnée à son onze de départ : Sakho, Chantôme, Matuidi et Nene ont débuté la rencontre. Les absences de Thiago Motta et Momo Sissoko ont réduit les choix dans l’entrejeu, certes, mais la présence sur le banc d’Alex, Lavezzi et – dans une moindre mesure – Pastore a donné à son équipe des contours assez peu bling-bling après deux campagnes de recrutement si spectaculaires et, croyait-on taillées pour la Ligue des champions. S’il en doutait encore, le PSG sait qu’il ne fait en réalité que débuter une longue marche. Il aura d’autres Porto sur sa route avant de se rapprocher de son ambition ultime. A lui d'en réduire le nombre.
Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette
























