La crise de novembre aura-t-elle eu lieu ?

La crise de novembre aura-t-elle eu lieu ?
le 24/11/2012 à 12:24

Lui qui souhaitait cet été que son équipe soit dépendante de Zlatan Ibrahimovic, Carlo Ancelotti risque d'être servi ce samedi avec le match entre le PSG et Troyes. Orpheline de son buteur, suspendu deux matches, l'équipe parisienne a concédé deux revers consécutifs au Parc des Princes, contre Saint-Etienne (1-2) puis Rennes (1-2). Elle n'a pas le droit de prolonger la série avec sa star, ce samedi, contre une équipe de L1 certes vaillante, mais terriblement moins outillée que les Verts et les Rouge et Noir. L'effet Zlatan a déjà été visible en Ligue des champions. Le Parc s'attend à ce que les choses rentrent dans l'ordre avec l'homme au retourné hallucinant. Et le club de la capitale est tombé tellement bas contre Rennes que le sursaut est sur le papier la seule option possible. Pour les joueurs qui en doutaient, le prince héritier du Qatar est venu le matérialiser en personne vendredi avec sa présence au Camp des Loges.

Ceux qui avaient contesté l'une de mes récentes chroniques sur le PSG "seul candidat au titre" attendent au tournant ce que je vais bien pouvoir écrire sur l'incroyable déroute du méga-candidat la semaine dernière face aux Bretons. J'accepte la critique et la contestation, ce blog n'a pas pour d'autres objets que de lancer des débats. Mais je vais les inviter à relire cette chronique là où je l'ai laissée, c'est-à-dire sur son commentaire de fin, consécutif à la défaite face aux Verts qui avait sanctionné une équipe incapable de se faire violence : "Le PSG sait désormais en-deça de quel niveau de sérieux et d'implication il ne peut pas descendre en Championnat. C'est une information précieuse pour lui s'il sait l'utiliser à bon escient. C'est peut-être même la seule qui lui manquait avant de lancer pour de bon son cavalier seul. Ne pas être en mesure de la méditer serait inquiétant pour lui."

C'est peu de dire qu'il ne l'a pas médité avant Rennes et que le club a suscité l'inquiétude légitime de ceux qui l'ont vu ce jour-là. C'était le scénario du pire. Celui de l'autre joue tendue, et les joueurs de la capitale s'y sont livrés goulument. Une troisième fois est-elle envisageable ? Tout est possible en football. Le PSG signerait là un grand moment de fidélité à son histoire et aux crises de l'automne. L'an passé, dans des circonstances vaguement comparables, le club avait redressé la barre un dimanche d'automne face à Auxerre. Le Parc n'a plus qu'à croiser les doigts.

La L1 voit toujours Paris

La grande intelligence de Carlo Ancelotti dans cette affaire aura été de prononcer le mot "crise" avant tout le monde. Jadis, le club de la capitale l'aurait niée, écartée, hystériquement rejetée face aux journalistes alléchés. En disant que ses joueurs n'évoluaient "pas en équipe", en faisant part de sa "colère", le technicien avait eu des mots inhabituels mais assez justes pour qualifier une forme débridée de laisser-aller chez ses joueurs, la pire qui puisse exister en football : "De toute façon, on est meilleur, donc on ne va pas faire trop d'efforts". Cette boule au ventre qui fait courir mieux et plus longtemps constitue la grande différence (hormis Zlatan...) entre une victoire à Kiev en Ligue des champions et une défaite contre Rennes en L1. Cette qualification pour les huitièmes de finale n'a pas réglé le manque de consistance du PSG, loin de là. Cela ne sort pas l'équipe de sa baroque quatrième place (provisoire) en L1, mais cela conduit quand même à relativiser l'emploi du mot "crise" si l'équipe devait retrouver la victoire contre Troyes. Il y aura eu deux défaites humiliantes, archétypes de celles qui font avancer si on sait les méditer.

Qu'est-ce, d'ailleurs, que la crise ?  "Un état de secousses tel qu'il rend l'avenir illisible à court et moyen terme", avait-je écrit il y a un an après trois revers consécutifs de l'équipe d'Antoine Kombouaré. Or, si j'en crois mes oreilles, l'avenir du PSG reste encore très lisible. L'analyse si commentée que j'avais exprimé dans ma chronique trouve un écho un peu partout en L1. La quasi-totalité des acteurs interrogés après la défaite du PSG à neuf contre onze persistait à présenter l'équipe d'Ancelotti comme le futur champion de France. Cela ne les transforme pas en madame Soleil mais confirme que le Championnat est un marathon, pendant lequel une fringale reste surmontable. Dernier en date, Bernard Lacombe, sur note site, prononçant qu'il était "impossible" de voir Lyon sacré face à une telle armada. Probablement le signe que l'OL commence à y croire un tout petit peu. Depuis deux semaines, Lyon avance ses pions de façon convaincante, j'en conviens.

Ancelotti, papa parmi les joueurs, peut mieux faire

Cet article ne serait pas complet sans un focus sur Carlo Ancelotti, que j'avais promis à un follower sur twitter il y a quelque temps. Onze mois après son arrivée, le technicien italien n'a apporté sa plus-value dans le club de la capitale que dans deux aspects : le recrutement, et cette capacité très politique à amortir les tensions. Il en a vu d'autres. La "crise" dont il parlait la semaine dernière n'est en réalité qu'une vague secousse au regard de ce qu'il a pu traverser à Milan ou de ce que le PSG a pu endurer à des moments plus sombres de son histoire. Mais sur le plan mathématique, Kombouaré faisait mieux avec moins. Sur le plan technico-tactique, le club parisien reste globalement illisible. L'autorité naturelle d'Ancelotti lui permet sûrement d'avoir une emprise sur le vestiaire parisien supérieure à celle de son prédécesseur, cela sert sûrement à obtenir autre chose de joueurs comme Nene ou Ménez, mais cela ne se traduit pas encore sur le terrain par un comportement collectif à toute épreuve. Au risque de me répéter, on ne peut pas s'en étonner après avoir proclamé : "J'espère que mon équipe sera dépendante de Zlatan Ibrahimovic". On ne peut pas construire une équipe après pareille maladresse.

Enfin, quand, le sourcil sévère Ancelotti avait promis de "changer des choses" après Rennes, alors qu'il avait donné l'impression d'avoir à peu près tout essayé, il m'a semblé que la seule chose qu'Ancelotti pouvait réellement modifier était son propre management, tout en rondeur. Cette façon bien à lui d'être un papa parmi les joueurs, qui avait fait sa fortune au Milan et à Chelsea, me semble difficile à appliquer dans un vestiaire de Ligue 1, fût-il constitué de joueurs à dimension internationale. Elle lui permet certainement de faire l'unanimité dans le vestiaire, chose dont aucun de ses prédécesseurs ne peut se prévaloir. Mais cela ne peut être qu'un progrès notable s'il se traduit sur le terrain par l'intensité qu'il cherche en vain dans le jeu de son équipe. Et nous avec.

Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette

Chroniques
Cédric Rouquette

Ancien rédacteur en chef d’Eurosport.fr, longtemps grand reporter sur tous les stades d’Europe, il décrypte l’actu du football et ses coulisses, de la dernière variante du 4-4-2 aux intrigues qui secouent les instances..