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Cristiano Ronaldo combat à armes inégales
08/01/2013 - 14:02

Cristiano Ronaldo combat à armes inégales

La victoire de Lionel Messi lors de la cérémonie 2012 du Ballon d’Or a coïncidé, inévitablement, avec la défaite de Cristiano Ronaldo. Ils ont beau nier leur duel, affirmer que le Ballon d’Or n’est pas une question de vie ou de mort (c’est exact, et c’est tant mieux), le duel individuel Messi – Ronaldo, star contre star, sur la durée, n’a absolument aucun précédent dans l’histoire du football mondial. Il est le canevas inévitable des cinq dernières éditions du Ballon d’Or. Et contrairement à ce que pourrait laisser penser la lecture de ce palmarès - 1-4 pour Messi -, la lutte demeure plus serrée que les apparences. La supériorité de Messi, devenue évidente aux yeux du monde du football au fil de ses triplés en 2012, ne l’est pas, par exemple, pour le grand public, comment l’ont montré jusqu’au dernier moment les résultats des sondages auxquels vous avez participé sur notre site.

Contrairement à l’an dernier, Ronaldo est venu à Zurich immortaliser sur les photos sa probable future défaite. L’an passé, il avait prétexté un match de Copa del Rey pour se faire porter pâle face à son exécution programmée. J’avais exprimé mon scepticisme sur la validité de cette excuse, brandie le jour de l’une des batailles les plus importantes aux yeux du Portugais et de tout footballeur de niveau international (ndlr : Le forfait de Ronaldo était inévitable). Cette année, il y a encore un match de Copa Del Rey mercredi. Celui-ci est d'ailleurs plus compliqué et dangereux que celui de l’an dernier...

Si Ronaldo a pu se libérer, c’est que quelque chose a changé. Probablement la perception lucide du fait que le rapport de force lui était objectivement défavorable.

Le faux débat de l'image

Disant cela, je ne prétends pas que Messi se situe deux divisions au-dessus de Ronaldo. Jusqu’à la rentrée d’août-septembre, Cristiano Ronaldo faisait le match avec Messi pour la course au Ballon d'Or : ses stats n’avaient pas trop décroché, il avait remporté la Liga et fait montre avec sa sélection (le Portugal) d’une capacité à porter son équipe. Le Real Madrid nourrissait l'espoir de continuer sa progression... C'est sur les quatre derniers mois de l'année que la candidature de Messi est devenue une évidence.

Je ne prétends pas non plus que l’image publique, si souvent évoquée pour expliquer je-ne-sais-quel déficit de crédit par rapport à Messi, ait pesé tant que cela dans la balance. Au contraire, la campagne médiatique que Ronaldo a menée pour la redorer a certainement eu l'effet contraire à celui escompté. Comme toute campagne à caractère politique, elle a été lourdingue et maladroite (déclarer qu'il renonce aux tatouages pour donner son sang, franchement...). Elle a donné l’impression que Cristiano, sentant le vent tourner, voulait placer la bataille sur un autre terrain que le terrain sportif - exactement le procès qu'il devait s'épargner. Le mal est fait et seul le silence peut désormais le préserver des éternels débats sur sa correction d'image. Lundi, lors de la cérémonie, un terrible malentendu a encore frappé quand Ronaldo, voulant expliquer à un enfant qu’il lui faudrait travailler avec humilité pour atteindre son niveau, lui a lâché : "Ce sera dur". "Dur d'être aussi bon que moi" : inévitable raccourci. Par ailleurs, plus grand monde n'est dupe sur le fait que Messi n'est pas un enfant de choeur dans un vestiaire et que son business propre autour de son image n'a rien de moins élaboré que celui de Ronaldo.

Comme avec Milan dans les années 80, les stars du Barça se bonifient au lieu de se neutraliser

Quand je dis que Ronaldo a fini par ressentir l'inégalité des armes dans la course au Ballon d'Or, je fais davantage référence à sa situation de joueur du Real Madrid. La question qu’a posée plus ou moins directement Ronaldo, "pas heureux" dans la capitale espagnole, comme il en a fait l’aveu à la rentrée, consiste à nourrir l'idée qu'il n'est est pas aussi bien entouré que nécessaire pour aller chercher le Ballon d’Or. En coulisses ? Certes, mais sur le terrain surtout. Quand la star portugaise sous-entend ou laisse écrire que son club ne fait pas tout pour défendre sa candidature, il a probablement une lecture très personnelle et autocentrée de la vie d’une institution, le Real Madrid, qui est supérieure à sa personne. En revanche il est exact que Lionel Messi bénéficie à Barcelone, d’un environnement technique qui met davantage en valeur le génie de Rosario; Ronaldo ne peut pas ne pas sentir très profondément ce déséquilibre.

Le niveau extralucide de Messi est évidemment dû en grande partie à ses qualités propres de vitesse, de dribble et de réalisme, entre autres. Mais il est dû aussi au fait que ses deux principaux alliés, Andres Iniesta et Xavi, sont l’un et l’autre des candidats légitimes au trophée de meilleur joueur du monde. Depuis quatre ans, personne d’autre qu’eux ne termine sur le podium du Ballon d’Or. Ils récoltent les fruits de la supériorité du FC Barcelone sur la planète foot, jamais vue depuis le Milan de la fin des années 80. Et comme à l’époque du Milan de Sacchi, le miracle auquel on assiste est que les niveaux exceptionnels des joueurs qui composent l’équipe ne s’annulent pas mais se bonifient mutuellement pour les porter au plus haut. En 1988, Van Basten, Gullit et Rijkaard avaient squatté le podium comme les Barcelonais (dont deux champions du monde) l'avaient fait en 2010. Xavi, Iniesta et Messi pourraient se voler des parts de gloire et laisser leur adversaire commun prendre son envol ; c’est exactement le contraire qui se produit. Xavi et Iniesta, deux joueurs qui ont dans l'absolu un niveau de jeu et un rayonnement supérieur à celui de vainqueurs de certaines autres éditions, aident Messi à être meilleur (et vice-versa).

Cerné, symboliquement et physiquement, par le Barça

Dans cette affaire, Ronaldo est isolé. Il est le premier joueur du Real Madrid sur le podium depuis Fabio Cannavaro en 2006, lequel avait dû 98% de sa gloire à la sélection italienne. C'est une époque que Cristiano n'a pas connue. Ronaldo ressent nécessairement cette donnée au plus profond de lui-même. Du gala de l’UEFA en milieu d’année à la cérémonie du Ballon d’Or en passant par les « unes » des journaux, il passe son temps cerné par des Barcelonistas solidaires. Lui est isolé, comme s’il était moins envieux du niveau pur de son rival (il ne l’est manifestement pas), que de l’assistance magnifique, aussi bien technique que symbolique, qu’il reçoit dans cette course à distance. La composition du onze FIFA de l’année, qui donne une parité de Madrilènes et de Barcelonais, vient nous rappeler que la qualité intrinsèque des joueurs qui entourent Ronaldo n’est pas fondamentalement loin de celle dont bénéficie Messi. Sauf que le Real du XI FIFA de l’année a une tonalité défensive (Casillas, Ramos, Marcelo) tandis que le seul rival de Xavi et Iniesta sur leur registre, Xabi Alonso, doit sa présence dans les palmarès de fin d'année, en bonne partie, à son magnifique Euro... aux cotés de Xavi et Iniesta. Qu'il a nourris et dont il s'est nourri.

Cristiano aurait-il le même rendement que Messi s’il jouait au Barça avec les mêmes joueurs et la même complicité, lui qui semble si sensible à la propension des personnes qui l'entourent à le faire briller ? On n’empêchera pas ses fans de le penser. Messi possède un génie hors normes. Il a aussi celui d’être magnifiquement entouré. Ou comment, le soir où l’on décerne le Ballon d’Or, la récompense individuelle suprême du football, celui-ci nous rappelle, une fois de plus, qu’il est un sport éminemment collectif. Et que l'individu n'y est pas grand chose sans un environnement capable de l'épanouir.

Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette

 
 
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