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Le mercato de trop
31/01/2013 - 11:13

Le mercato de trop

C'était il y a un mois et ça semble déjà dater d'une autre époque. Je me revois, le 1er janvier dernier, au matin, sans la moindre effluve d'un quelconque réveillon, rédiger l'article qui allait nous servir à "ouvrir" le mercato hivernal 2013. J'y dessinai quelques grandes tendances potentielles et annonçai, plutôt prudemment, un mercato "plus dense que prévu" où, malgré l'état économique des clubs, cela allait "bouger quand même". L'état des finances des clubs, défendions-nous, allait faire bouger les lignes plus que d'habitude, car la L1 était spontanément vendeuse et risquait la saignée.

Me trouvant exagérément alarmiste, certains parmi vous, pas exactement d'humeur à entendre de si mauvaises nouvelles au moment de se souhaiter le meilleur ("et surtout la santé"), avaient exprimé le plus extrême scepticisme sur la légèreté de l'analyse et la noirceur de la perspective. J'avoue que je me suis surpris à espérer avoir tort. Mais nous voici, alors que le marché va se clore (c'est-à-dire qu'il va rentrer dans un climat forcené où les transactions de dernière minute vont se multiplier comme des petits pains), face à la réalité suivante : cela a été pire que prévu... Réalisant son enquête sur les coulisses du mercato, notre journaliste Martin Mosnier m'avait alerté dès le mois de décembre sur le risque majeur d'une razzia magistrale à venir sur le marché français... mais pour l'été prochain. La question est déjà de savoir si cette saignée brutale a eu lieu avec six mois d'avance ou si ce sera encore pire en juillet-août. Les propos récents de Pierre-Emerick Aubameyang, qui a déjà programmé son départ pour cet été, plaident plutôt pour la seconde hypothèse.

Si la Ligue 1 n'est plus assez bien pour Pierre-Emerick Aubameyang, très bon joueur de L1, certes, mais qui vient à peine d'y passer les 100 matches, c'est que le championnat où évolue l'un des projets les plus gigantesques d'Europe (le PSG...) a un souci majeur de compétitivité, pour employer un mot à la mode. Cela ne date pas d'aujourd'hui ? Certes, mais tous les voyants sont au rouge en même temps, pour une fois. La première phase quasi consternante des deux derniers champions de France en Ligue des champions (trois si on ajoute celle du LOSC l'an passé) avait annoncé la couleur. Sauf si nos centres de formation accouchent de pépites du jour au lendemain, et sauf si le niveau de scouting moyen des équipes de l'élite se met se rapprocher de celui du FC Porto, une baisse brutale et substantielle de qualité technique de notre championnat va inéluctablement se dérouler sous nos yeux, annulant totalement les effets du léger frémissement de la période 2008-2010.

Antonetti et Planus ont tort

La situation est devenue si ridicule que les clubs français se sont mis, dans la dernière ligne droite, à cracher dans la soupe... alors qu'ils ont besoin de ce mercato pour simplement éviter la faillite. Voir Bernard Lacombe s'en prendre à "cette m... de mercato" pendant que Jean-Michel Aulas poussait vers la braderie ses meilleurs joueurs pour boucher le trou, cela avait quelque chose de profondément ubuesque, à l'image de nombreuses saynètes hivernales. Ridicule aussi le côté "no limit" du mercato, qui désormais fausse ou dénature la compétition, appelez cela comme vous voulez, en permettant aux clubs d'aligner des équipes très différentes de part et d'autre de la saison. Ridicule enfin les discours et attitudes de nombreux joueurs, candidats au départ, évoquant à demi-mot la fiscalité et les challenges sportifs hasardeux pour justifier leurs décisions. Messieurs les joueurs, en privé et en public, j'ai toujours eu tendance à vous défendre face au discours généralisé du "tous pourris, tous trop payés, tous égoïstes", étant par nature peu sensible au populisme et, je l'espère, un peu documenté sur l'existence d'une part de conscience professionnelle dans votre engagement. Ce mercato m'en donne de moins en moins la force.

Mais la preuve ultime que la Ligue 1 est aux abois dans l'image qu'elle donne d'elle-même, je l'ai trouvée dans deux déclarations publiques et énervées formulées par Frédéric Antonetti et Marc Planus. Il est regrettable que cela tombe sur eux. Je sais depuis longtemps qu'Antonetti est tout sauf la caricature de lui-même que ses détracteurs aiment railler : c'est un entraîneur érudit, compétent, habité par sa fonction et très humain. Planus est un modèle de fidélité à son club et appartient incontestablement à la moyenne "supérieure" des joueurs intègres de la L1. Mais - peut-être parce que la réalité blesse les meilleurs plutôt que les médiocres - il m'a semble qu'ils avaient tout faux dans leurs emportements du mois.

Frédéric Antonetti s'est scandalisé que le dernier du Championnat d'Angleterre lui subtilise son meilleur joueur (bon, finalement, ce fut un club russe). On peut, comme l'a fait Christophe Galtier, s'étonner du "challenge sportif" poursuivi par les joueurs rejoignant les rangs d'un club enfoncé dans le bas de tableau de la Premier League. Mais, salaire mis à part, il n'est plus permis de s'interroger sur l'attrait sportif du Championnat d'Angleterre par rapport au Championnat de France. Il suffit d'ouvrir les yeux pour comprendre que ce n'est pas le même sport, pas le même environnement, pas le même "kiff", et qu'on ne peut en vouloir à personne en 2013 d'avoir envie de plus de s'engager en Premier League plutôt qu'en Ligue 1.

Même chose à opposer à Marc Planus, quand il s'est ému que les comparaisons soient trop systématiquement défavorables aux clubs français, résumant sa pensée ainsi : "Catane-Sienne, c'est mieux que Bordeaux - Saint-Etienne?". Planus ajoutait que, sorti des grosses écuries, la France n'avait pas grand chose à envier à la Premier League et à la Serie A. Que Planus ait eu raison il y a cinq ou huit ans, c'est bien probable. J'ai été l'un des rares, en France, à écrire que la "Premier-League-lâtrie" ambiante était, dans la décennie précédente, quelque peu surjouée vu le niveau défensif douteux de la moyenne des équipes britanniques. Mais les choses ont changé. Le niveau moyen des équipes anglaises croît à vue d'oeil depuis trois ans. Il n'est plus permis de douter du fait que la Serie A italienne est en train de faire sa révolution culturelle et devient l'un des football les plus pétillants d'Europe, rejoignant la Premier League, la Liga et la Bundesliga dans le club des ligues qui jouent incontestablement et majoritairement "vers l'avant". Et oui, Catane - Sienne, aujourd'hui, c'est mieux que Bordeaux - Saint-Etienne. Ce n'était pas une évidence en 2007, par exemple, mais il n'y a plus aucun doute à ce sujet.

Le bilan du mercato hivernal ? L'image d'une L1 à l'agonie financièrement, de joueurs, d'entraîneurs et de présidents à bout de nerfs, d'un niveau sportif en baisse programmée, et d'acteurs toujours pas très lucides sur les lacunes dont ils souffrent par rapport à leurs homologues européens. Supprimer le mercato, comme certains le suggèrent, ne fera pas disparaître les problèmes. Difficile à court terme de voir par quel bout la L1 pourrait prendre le problème pour accroître son niveau moyen. Le mirage d'une relance par les stades reste pertinent mais tout indique que la route sera très longue jusqu'à l'Euro 2016. La formation française ? Elle souffre aujourd'hui de la comparaison avec ses voisins, il suffit de comparer le nombre de cracks de 20 ou 22 ans en circulation dans chaque championnat.

Comme le 1er janvier, j'espère me tromper.

Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette

 
 
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