Rédacteur en chef d’Eurosport.fr, longtemps grand reporter sur tous les stades d’Europe, il décrypte l’actu du football et ses coulisses, de la dernière variante du 4-4-2 aux intrigues qui secouent les instances.
La scoliose des Bleus
Très touchant, comme complémentarité. Mardi, à Clairefontaine, nous sommes quelques confrères à prolonger la conférence de presse d'Ukraine - France Espoirs sous la forme d'une conversation à bâtons rompus avec Erick Mombaerts. Le thème de nos palabres est le projet de jeu que portent les équipes de France de jeunes pour les années à venir et la façon de bâtir une grande équipe pour les A. "Ce qu'il faut, nous dit le coach des Espoirs, c'est une colonne vertébrale vraiment forte. Un super gardien, un mec qui te fait gagner, qui est là sur les ballons qui ont l'air impossibles. Deux arrières centraux monstrueux, techniquement, tactiquement, dans les airs... Monstrueux car tout part de là. Un milieu devant la défense qui ait un GPS, auquel tu peux donner le ballon dans tous les sens et qui t'assure de la fluidité. Un 10, qui ait la créativité. Et le striker, car si tu ne l'a pas, tu tournes en rond et tu te fais tuer." Une demi-heure plus tard montre en main, Laurent Blanc ouvre sa semaine de conférences à Clairefontaine : "Ce qu'il me faut, c'est une colonne vertébrale..." Et d'égrenner, grosso modo, plus rapidement, les mêmes repères. Sourires chez la poignée de journalistes qui a eu droit au premier exposé.
Pour illustrer son propos, Mombaerts s'était appuyé sur la grande référence du moment, l'Espagne championne du monde et son frère aîné, le Barça, ses Piqué, Busquets, Xavi, Iniesta et Villa. Il ajoutait : "S'il vous manque un mec sur le côté, on va en trouver un, ça ne pose pas de problème. Mais la colonne... Quand on aura retrouvé des joueurs pour ça, faîtes confiance à Laurent." Blanc, qui avait fonctionné selon les mêmes préceptes à Bordeaux (Carrasso, Planus, A. Diarra, Gourcuff, Chamakh) a lui aussi bien connu une équipe championne du monde aux reins solides : Barthez, Blanc - Desailly, Deschamps - Petit, Zidane... Sa recherche, explique-t-il depuis deux mois, va le conduire à identifier le noyau dur qui pourra donner le même type d'assise à son équipe. Bon courage.
"CHEZ LES A, DEPUIS QUE CE N'EST PAS NET AVEC LES CENTRAUX..."
La stupéfiante défaite concédée devant la Biélorussie (0-1) devient parfaitement lisible si on transpose cette grille de lecture au contour du onze tricolore. Elle ne sanctionne pas une équipe de France en-dessous de tout (comme il y a deux ans en Autriche par exemple), mais un manque de consistance générale très clair dans cet axe. Que disions-nous sur les ressources de cette équipe de France avant le match et qu'avons-nous vu pendant ? Qu'elle avait peut-être un atout avec les deux latéraux d'Arsenal (Sagna, Clichy), nourris aux conceptions convergentes de Wenger et Blanc. Qu'elle tenait, avec Malouda, un guide d'envergure internationale côté gauche. Et que l'entrée de Valbuena côté droit avait grosso modo apporté à l'attaque des Bleus le zeste de mobilité et de vitesse qui lui manquait. Quatre lueurs, quatre joueurs d'aile.
Prenons l'axe. OK, Lloris reste intouchable ; ce qu'il a réalisé en barrage d'accès à la Coupe du monde obéit à 100% à la description de Mombaerts. Mais devant lui... Mexès et Rami, en défense centrale, sont tout sauf un socle rôdé sur lequel une équipe peut s'appuyer. La vitesse à laquelle ils pourront devenir parfaitement complémentaires est un paramètre capital de la réussite de l'ère Blanc et ils le savent. "Chez les A, depuis que ce n'est pas net avec les centraux, il faut reconstruire" observe Mombaerts. Devant eux, Yann M'Vila. Le Rennais est assez bluffant dans sa capacité à déchirer le milieu adverse par une passe au laser en première intention. Nous vous proposerons bientôt un article sur son potentiel technique où nous vous expliquerons qu'il est le joueur de demain aux yeux de la DTN. Mais évidemment cela ne suffit pas. Devant M'Vila, pas de meneur dans un premier temps, puis un Ménez dépassé par ses responsabilités ensuite. Et une pointe nommée Hoarau intouchable pour ses partenaires, quelle qu'en soit la raison (mauvais appels de sa part ou absence de passe digne de ce nom des partenaires).
NASRI ET GOURCUFF ATTENDUS
Résumons. Dans ce chaînon subtil qui forme la colonne vertébrale d'une équipe, qui a toujours été et sera plus que jamais l'élément sine qua non d'un jeu de haut niveau, les Bleus peuvent s'appuyer aujourd'hui sur un gamin d'un vingt ans ayant deux sélections auquel il faudrait adjoindre un grand musclé bagarreur pour compenser son manque de punch dans le jeu purement défensif (A. Diarra ? Toulalan ?). Il y a une défense centrale à laquelle on ne peut pas reprocher grand chose mais sur laquelle nous ne savons rien sinon qu'elle n'a pas de vécu international. Sinon ? De lourdes responsabilités en vue pour les deux suspendus du moment, Nasri et Gourcuff. Et un attaquant de pointe rendu introuvable par les blessures, l'inexpérience ou les incertitudes sur le temps de jeu en club (Benzema, Hoarau, Rémy...). Le temps est révolu où les Bleus n'avaient qu'à se baisser pour ramasser un résultat. Avec une colonne vertébrale aussi en vrac...
























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