Le président : ses annonces, ses promesses, son équipe

Le président : ses annonces, ses promesses, son équipe
le 11/05/2012 à 10:56

Il n’y aura pas de surprise au deuxième tour. Le discours du président a été clair. Son thème de campagne aussi : la stabilité, la confiance, le conservatisme diront les plus insatisfaits. En dévoilant mercredi sur Eurosport les douze premiers noms des Français retenus pour l’Euro, et en expliquant qu’il s’agissait de la première partie d’une liste élargie, Laurent Blanc a donné beaucoup de clefs pour anticiper quelle serait la seconde, la liste des joueurs issus de la L1. L’enjeu, c’est désormais celui du nombre de Tricolores retenus et les quelques concurrences qui resteront ouvertes à certains postes. Mais plus vraiment de savoir s’il y aura de grande nouveauté : il n’y en aura aucune.

En douchant publiquement les espoirs de Jallet, en expliquant que Malouda n’en avait pas fait assez mais qu’il le gardait quand même, en ironisant presque sur l’hypothèse Varane, Blanc a fait comprendre que son choix de retenir Ben Arfa coïncidait avec le sommet de l’audace qu’il pouvait s’autoriser. Mavuba, Capoue, Bodmer, et d’autres, ne peuvent plus se faire d’illusions, s’ils en avaient, sur leurs chances de créer l’événement lors de la deuxième liste (hors avalanche de blessure ce week-end bien sûr). En revanche Gourcuff et Diarra sont toujours bien vivants. Le test de fidélité que nous évoquions dans la précédente chronique aura été passé avec succès à l’issue de ces deux oraux : le sélectionneur ne dévie pas d’un iota de ce qu’ils construit depuis vingt mois, évacuant toute sensiblerie sur l’air du temps et la forme du moment. Seuls les résultats diront plus tard si l’idée était bonne, mais accordons déjà une note artistique à notre président : on préfère sa franchise, quand il étale toutes les raisons qui devraient disqualifier Malouda, aux fausses évidences que ses prédécesseurs alignaient parfois pour justifier les passe-droits tout en les niant.

Alou Diarra, ça semble automatique

La liste française, puisque c’est elle qui nous intéresse ici, devrait s’articuler autour de la composition suivante. Gardiens : Lloris, Mandanda, Carrasso. Défenseurs : Debuchy, Réveillère (et non Jallet) et Sakho. Milieux défensifs : après Cabaye, seul "étranger" à ce poste, on aura M’Vila, Diarra, Matuidi, peut-être Gonalons (et pas Mavuba ou Capoue). Milieux offensifs : Menez, Valbuena, Gourcuff, éventuellement Martin. Attaquants : Giroud, Remy, Gameiro, Hoarau. Nous avons ici dix-huit noms. Gomis peut être considéré comme un dix-neuvième possible, même si Giroud est deux crans au-dessus dans un registre pas très éloigné. Dix-neuf noms, c’est beaucoup, c’est énorme : cela ferait une pré-liste totale de trente-et-un joueurs, soit huit de trop par rapport au cut. Un nom supplémentaire par ligne environ nous avait été annoncé, soit plutôt vingt-sept… Il faut encore retrancher.

Les maillons faibles de la liste ci-dessous sont vraisemblablement  Gameiro et Hoarau, moins fragilisés par leurs hésitations et leur manque d’envergure au PSG (puisque pour Mexès, Malouda ça ne compte pas…) que par, là encore, l’évidence Giroud. Il est envisageable qu’aucun des deux Parisiens ne soit retenu, Remy ayant montré plus de choses en bleu et bénéficiant en outre de sa polyvalence. Valbuena semble fragilisé par la fin de saison en boulet de canon de Ménez. Martin ne semble plus pouvoir résister à sa saison quelconque et la jurisprudence énoncée, plus favorable à Gourcuff. Matuidi est directement menacé par la révision du statut de Malouda, désormais considéré comme un joueur d’entrejeu en 4-3-3, à moins qu’Alou Diarra fasse les frais de sa méforme. J’en doute à un titre : la perte d’Abidal entraîne un déficit de taille et de détente sur les coups de pied arrêtés défensifs, un problème qui hante les réflexions de Laurent Blanc et pourrait entraîner la sélection automatique de l’ex-Girondin, 1m90 sous la toise, et mieux intégré au projet de Blanc que Gonalons (1m87).

Gourcuff, le choix politique que fera (ou pas) le président

Reste le cas Gourcuff. Sur le Lyonnais, c’est quasiment Blanc contre le reste du monde. Les voix soutenant que l’ex-Girondin pourrait légitimement voir l’Euro sont minoritaires si elles existent. La réalité, c’est que Gourcuff pourrait être le Ben Arfa de la première liste : la mini-surprise qui n’en est pas une, même si la présence de Gourcuff dans les 23 serait un signe plus fort que celle de Ben Arfa. La vraie grosse info qu’il faudra arracher à Laurent Blanc mardi est plutôt la suivante : dans cette liste élargie, les "futurs exclus" seront-ils au courant de leur sort ? Blanc a laissé entendre qu’il avait envie que ce soit le cas, pour plus de franchise. Mais en bon entraîneur, il ne méconnaît pas la valeur d’une séance d’entraînement et il sait qu’une intuition initiale peut être perturbée par la réalité du terrain lors du stage. On peut expliquer à un Valbuena ou un Kaboul qu’il fait le nombre. Mais Gourcuff et Ben Arfa ont des profils si atypiques que leur sort aura forcément été tranché en amont : on va à l’Euro avec ou sans eux, c’est une question quasi philosophique, qui épouse de près celle du projet de jeu. Sauf si le président revient sur ses promesses et change de politique en nous réservant une mesure-choc, il n’y a pas d’autre réponse à attendre des jours qui viennent.

Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette

Chroniques
Cédric Rouquette

Ancien rédacteur en chef d’Eurosport.fr, longtemps grand reporter sur tous les stades d’Europe, il décrypte l’actu du football et ses coulisses, de la dernière variante du 4-4-2 aux intrigues qui secouent les instances..