Le PSG et les austères qui se marrent

Le PSG et les austères qui se marrent
le 25/09/2012 à 10:20

Marseille, Lyon, Paris. Le classement de L1, à sa tête, réveille ce vieux fantasme agité par Frédéric Thiriez avant la crise économique : un Championnat qui serait mené par ses trois grandes métropoles, ses trois valeurs marketing les plus fortes, ses trois plus hauts budgets. La vérité sportive des six premières journées traduit concrètement la prophétie du président de la LFP qui clamait en 2007 : "Il faut que l'on retrouve la trilogie PLM: Paris, Lyon et Marseille. Le jour où l'on aura PLM, le football français fera un malheur". Le football français, on ne sait pas encore, mais le choc entre l’OM et le PSG le 7 octobre, c’est déjà une certitude et ça va nous chauffer la L1 pendant quinze jours.

En ce milieu de semaine, notre site a décidé, pour surfer sur ce début de Championnat prometteur, d’ouvrir et de nourrir un dossier sur les six clubs qui ne participeront pas aux seizièmes de finale de la Coupe de la Ligue en raison de leur inscription dans les coupes européennes : Paris, Lyon et Marseille, soit, mais aussi Bordeaux, Lille, et Montpellier. Où en sont-ils ? Que peuvent-ils espérer ? Quels gages ont-ils donné et quel championnat vont-ils nous écrire ? Jusqu’à jeudi, nous confronterons analyses, points de vue, débats (nous attendons vos contributions) et statistiques pour savoir si le PSG est déjà condamné à un titre facile, si l’OL et l’OM sont en surrégime ou armés pour amplifier leurs bons résultats, si Bordeaux, Lille et Montpellier ont les moyens d’assumer en partie leurs titres récents de champions de France (2009, 2011, 2012) et de titiller l’axe PLM.



La vraie vie de la L1, c’est plutôt Lille que le PSG

Clairement, ce peloton de six se divise en deux groupes. PLM d’un côté, et Bordeaux, Lille, Montpellier de l’autre. Les plus médiatiques à ma gauche et le reste à ma droite ? Il y a de ça. Mais il y a surtout, d’un côté, le groupe de ceux qui ont globalement réussi leur départ, et de l’autre celui qui peut déjà nourrir de nombreux regrets. Ne pas oublier non plus que deux de nos trois représentants en C1 se trouvent dans la colonne de droite et qu’ils sont tout simplement les deux derniers champions de France. Leur réussite ou leur échec concerne tout le monde par leur impact à l’indice UEFA. Et personne ne peut être totalement indifférent au sort du LOSC, à son ambition assumée de devenir un club qui compte en Europe sans passer par l’apport massifs de capitaux qataris. La L1 de la "vraie vie" se trouve plus à Luchin qu’au Camp des Loges.

Car parmi ces six clubs, le cas du PSG est évidemment à part. L’équipe de la capitale et de QSI a débuté la saison plus mal que prévu par la plupart des observateurs. Elle a redressé la barre d’un coup sec et enchaîne désormais les résultats avec une euphorie qui devrait faire de lui le sixième champion de France différent en six ans. En revanche, la question de sa faculté à entraîner le reste de la L1 plutôt qu’à l’écraser reste entière. A la limite, si l’OM rend sa place d’ici un mois, c’est ce feuilleton-là qui va s’ouvrir avec la séquence qui suivra la trêve internationale. C’est aussi ce qui rendra l’OM-PSG du 7 octobre particulièrement cher : il n’y aura plus de L1 pendant deux semaines après le choc.

A Marseille et Lyon, finie la compétition interne

Les itinéraires de Lille et de Montpellier – les deux derniers champions de France, j’insiste - sont plus tortueux, même s’ils correspondent objectivement à une forme de contrecoup naturel. Lille ne gagne plus, Montpellier perd beaucoup. Ils sont loin de leurs standards d’il y a seulement cinq mois. Difficile de s’en étonner. Il leur faut se remettre de la perte de joueurs majeurs, les deux meilleurs du dernier Championnat (Hazard pour l’un, Giroud pour l’autre) et en même temps assumer un statut lié à leurs résultats récents, chose d’autant plus difficile à réaliser que les deux équipes ont certainement tutoyé leur potentiel maximal ces deux dernières saisons. L’ambitieux LOSC, désigné avant le début de la saison comme l’entreprise la plus capable de résister à la déferlante PSG, est mieux préparé que le MHSC pour affronter le gros temps. Au-delà du budget, des ambitions ouvertement européennes, au-delà du Grand Stade, au-delà du centre d’entraînement dernier cri, le LOSC semble protégé en ce moment par une sérénité interne plus marquée, loin des emportements de René Girard et des tacles de Louis Nicollin, à peine plus virils pour ses joueurs que pour ses propres dirigeants.

C’est de ce côté-là, le management général, et son rapport avec le pouvoir sportif, qu’il faut, me semble-t-il, rechercher les causes des débuts de saison réussis de l’OM et de l’OL. Impossible de prétendre que l’effectif des deux équipes est supérieur à celui des deux saisons précédentes. La réduction à marche forcée des dépenses a été érigée en ligne de conduite unique du marché des transferts. Les deux piliers de compensation furent la promotion des joueurs formés au club et la recherche de "coups" à moindre frais sur le marché des transferts. Et pourtant ça gagne. Il n’y a plus, comme sous l’ère Deschamps (OM) et Puel (OL) cette quasi-compétition interne entre le pôle technique et le pôle dirigeant du même club, qui avait fini par altérer sérieusement le niveau de performance général, au point de les écarter de la Ligue des champions, pourtant vitale et érigée en Saint-Graal en début de saison.

Austérité assumée

Même si elle est intervenue pour des motifs purement comptables que les amoureux des deux clubs regrettent généralement dans les forums, la bifurcation des deux clubs vers des projets plus raisonnables et des valeurs plus laborieuses a débouché quasi immédiatement sur une bonification des résultats sportifs. On n’est jamais à l’abri d’un retour de bâton (on se souvient de l’agacement de Garde face à l’hypothèse du départ de Grenier). Peut-on impunément faire de la variable sportive une variable d’ajustement dans un contexte économique grave ? Les faits répondent oui sur six journées.

Ils répondent la même chose à Bordeaux sur un peu plus d’un an… L’efficacité de cette austérité consentie est décelable depuis la saison dernière dans le club de Jean-Louis Triaud. Le champion 2009 était, il  y a un an pile, un club happé par la lutte pour le maintien après dix-huit mois de secousses entre président, actionnaire, entraîneurs partis (Blanc) et héritiers déçus (Tigana). Il reste aujourd’hui ce club dépourvu d’ambition assumée, mais simplement au travail, derrière un coach qui a assumé avec un courage jamais vu l’absence totale de renfort potentiel lors d’un marché des transferts. A sa manière, Bordeaux est un "austère qui se marre", comme s’était défini le Premier ministre Lionel Jospin en son temps. Une catégorie dans laquelle on va bientôt pouvoir classer l’OM et l’OL si la réussite de leur petite entreprise continue de résister à la crise de résultats.

Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette


Participez à nos débats sur les réseaux sociaux :
- Sur twitter avec le hashtag #DebatsL1
- Sur notre page facebook en likant ou en commentant nos prises de position


Vous pouvez aussi écrire une contribution en nous envoyant un mail à l'adresse redaction.fr@eurosport.com. Les meilleures seront publiées sur le site jeudi.

 
Chroniques
Cédric Rouquette

Rédacteur en chef d’Eurosport.fr, longtemps grand reporter sur tous les stades d’Europe, il décrypte l’actu du football et ses coulisses, de la dernière variante du 4-4-2 aux intrigues qui secouent les instances.