L'info sport en direct et en video - Eurosport
Suivez Eurosport sur FacebookRecevez toutes les dernières infos sport directement sur votre mur 
Sur Eurosport Player
 24 Heures du Mans en directRegarder 
 Qualifications 24 Heures du MansRegarder 
En ce moment sur Eurosport
  • 15:13 RUGBY
    RUGBY: Championnats du Monde Jun...
  •  13:30 SNOOKER
    SNOOKER: Wuxi Classic, Chine
 
 
  • header rouquette
 
Leonardo : derrière la maladresse, le débat
31/03/2012 - 10:43

Leonardo : derrière la maladresse, le débat

Entraîneurs français, arrêtez de faire des toros à l'entraînement, vous gagnerez peut-être la Ligue des champions un jour. OK, c'est un raccourci rapide de ce qu'a dit Leonardo il y a dix jours au Stade de France, mais la faute de communication du directeur du PSG est si énorme qu'il est encore difficile, avec le recul, de comprendre ce qui l'a conduit à dire ça. Imaginez vous Rudi Garcia, René Girard, Didier Deschamps, Christian Gourcuff, Alain Casanova ou Frédéric Antonetti se contenter de petits toros pour préparer leurs joueurs ? Pour se défendre, Leonardo a dit qu'il parlait aussi du PSG dans son constat d'échec sur le football français, alors osons la question : le mérite de Carlo Ancelotti est-il de montrer à ses joueurs qu'on peut faire autre chose que des toros pour tester la fiabilité de son GPS ? Je parie fort que l'Italien n'a pas compris non plus où son patron et ami voulait en venir, lui qui ne cesse de répéter que le football français se rapproche de la Serie A italienne pour le sérieux du travail tactique et l'importance de la dimension physique, ce qui est évidemment un compliment venant de sa part.

Malgré cette "absence" aberrante, Leonardo n'a pas dit que ça. Et si on répond à son invitation qui consiste replacer cette phrase dans son contexte, nous rouvrons le débat qui a nourri son intervention : pourquoi les clubs français ne gagnent-ils pas la Ligue des champions ? Sur le contenu de cette réunion organisée par l'UCPF, Philippe Da Costa a rédigé un article dont je vous recommande la lecture et sur lequel je vous propose de rebondir ici. Cette réunion a réuni d'un seul coup à peu près toutes les pistes et tous les débats qui traversent l'organisation de notre football pour accroître sa performance. Les idées reçues côtoient les bonnes pistes. Et nous prendrons deux articles pour nourrir ce débat, tant il est vaste.

Allons-y.

Deschamps et Puel : tyrans ou lucides ?

Leonardo constate :"Il n'y pas de culture de la gagne ici." Le slogan est très généraliste, l'argument fragile, mais je vais me risquer à le formuler autrement pour le rendre plus pertinent. Historiquement complexé, le sport français est quand même sorti de sa coquille. Le Brésil, me semble-t-il, en a fait l'expérience. Un titre de champion du monde et deux d'Europe font la fierté de la FFF (je ne parle que de l'équipe de France A masculine) et c'est déjà une différence notable avec cette nation dont on scrute actuellement le savoir-faire avec intérêt, le Portugal, dont la sélection est souvent placée, jamais gagnante, et en tout état de cause pas moins dotée que la France en talents purs. Au haut niveau, ses clubs travaillent mieux qu'en France sur le plan sportif, c'est incontestable, mais le Portugal est inlassablement rattrapé par ce petit manque de "culture de la gagne", même quand il a la génération pour le faire. Voilà pourquoi ce tir tombe selon moi à côté de sa cible.

Le vrai sujet me semble être davantage celui de la "culture de l'effort", formule qui aurait été plus juste. Il est flagrant - et des hommes comme Didier Deschamps et Claude Puel l'ont relevé, au risque de passer pour des tyrans d'un autre temps - que les joueurs évoluant dans le Championnat de France prennent leurs engagements moins à coeur que lorsqu'ils sont transférés en Italie, en Angleterre ou ailleurs. Que l'exigence s'arrête souvent assez bas sur l'échelle du don de soi. Ce qui, là-bas, leur semble être la découverte du professionnalisme dans ce qu'il a de plus épanouissant, leur paraît relever en France d'un autoritarisme nul et non avenu, d'un pointillisme dont il peuvent se soustraire. C'est risible, probablement insupportable pour les entraîneurs en question, mais c'est ainsi. S'il y a "blocage mental", comme dit Leo, c'est là qu'il est et c'est celui-ci qu'il faut lever. C'est du reste, le principal challenge d'Ancelotti. Qu'il soit un grand entraîneur, personne n'en doute. Qu'il soit capable d'imposer cette exigence au quotidien et sur la durée en L1, un peu comme Arsène Wenger a changé à vie la façon de manager les clubs en Angleterre, on demande à voir.

Avoir de l'argent ou bien le dépenser ?

L'autre argument qui revient en boucle, chez d'autres que Leo (bien sûr), c'est le manque de moyens financiers. La L1 pèse moins que la Premier League, aucun club français ne peut cumuler autant de recettes que le Barça ou le Real, la Bundesliga est un modèle à suivre qui a porté le niveau des recettes des clubs à un niveau inconnu en France, certes, mais cela n'explique ni les échecs désolants et répétés en Ligue Europa auxquels arrivent à se soustraire des petits budgets comme Braga, Alkmaar ou Bilbao, ni un épisode comme Nicosie. Le budget du tombeur de Lyon en Ligue des champions a le périmètre d'un petit club de L2. Le foot français pourra brandir l'argument du manque de poids économique quand il donnera l'impression de bien dépenser son argent, ce qui est trop rarement le cas. Si l'OM et l'OL en sont là où ils sont aujourd'hui, c'est moins par manque absolu de moyens que parce qu'ils ont jeté de l'argent par les fenêtres en transferts et en salaires, avec Gignac et Gourcuff en symboles. Le PSG de l'ère Canal+ a beaucoup donné dans ce registre.

Ensuite, lorsque Vincent Labrune constate qu'il n'y a "plus de marché pour les joueurs entre 5 et 12 millions qui constituaient une grande partie de nos recettes", il met tout simplement le doigt sur le gros souci de l'économie du foot en France : elle a longtemps été trop dépendante d'une ligne de recette profondément aléatoire (les ventes de joueurs). Dans une autre vie, j'avais appelé ça les "sub-transferts" de la L1, et il m'a été rapporté que la formule avait fait grincer quelques dents parmi nos présidents. Le constat signe l'absence de modèle de développement sécurisant, puisqu'il a survalorisé un poste de recettes aujourd'hui saturé : les droits TV. Deux des trois derniers champions de France (Bordeaux, Lille) et l'actuel leader (Montpellier) se sont hissés à la première place par la force d'une ligne de conduite cohérente sur la plan du jeu, du foot, plus que par leurs budgets.

Cela n'a pas échappé à tout le monde. Quelle ne fut pas la bonne surprise du jour quand Bernard Caïazzo, un dirigeant donc a écourté cette discussion économique en soulignant qu'il s'agissait peut-être aussi de parler de l'essence même du débat : de ballon. Exprimé par Gérard Houllier : "La compétitivité, c'est avant tout le jeu. On a besoin d'une philosophie de jeu à la française". Sous-entendu : au Portugal, en Allemagne, ne parlons pas de l'Espagne, cette richesse existe qui nous manque dans l'Hexagone et qui empêche les clubs de structurer leur projet sur des bases très solides. Pas besoin de longs discours ici pour souligner que le foot français, même s'il y a du mieux, reste otage d'une culture du jeu au mieux datée, au pire inexistante (j'en avais déjà parlé au moment de l'affaire des quotas). Ce n'est pas une fatalité : la DTN a pris le taureau par les cornes. J'ai encore du mal à garantir qu'il y a du mieux quand je relève (entre autres) qu'on presse Laurent Blanc de transformer la sélection en équipe de contre avant l'Euro, mais il faut faire confiance à l'avenir. Dans la meilleure des hypothèses, l'émergence d'une identité technique forte, cohérente et ambitieuse ne pourra être relevée que dans cinq ou six ans, quand plusieurs générations de joueurs formés à cette philosophie évolueront ensemble... Et si cette culture du jeu devient une évidence, sûrement que les cellules de recrutement sentiront mieux les coups et qu'un club capable de s'auto-régénérer à bas coût, un Porto ou un Udinese, pourra émerger en L1. Lorient fait encore figure de camp retranché sur ce type de savoir-faire. Patience.

Avant d'aborder, la semaine prochaine, la suite de ce débat, votre avis sur ces questions m'intéresse :
- La France manque-t-elle de "culture de la gagne" ou d'une "culture de l'effort" ?
- La France manque-t-elle de ressources économiques ou utilise-t-elle mal son argent ?
- La France manque-t-elle d'une vraie culture du jeu et avez-vous déjà relevé des progrès en la matière ?

Bons débats !

 
 
À ne pas manquer
  • Découvrez Le Mag Eurosport

    Parce que sport rime aussi avec Lifestyle, Culture et High-tech, Eurosport vous garde au top des tendances avec son nouveau site LeMag.

  • Le BUZZ Eurosport

    Pas de score ni de compte-rendu de match, mais des succès, des chutes, des classements, des filles sexy... Retrouvez ici l'actu décalée du sport !

  • Regardez Eurosport où vous voulez, quand vous voulez

    Avec Eurosport Player, vivez et revivez tous les grands événements sportifs sur vos écrans. Accédez en illimité aux chaînes Eurosport et aux contenus exclusifs, en Live et à la demande.

Suivre Eurosport.com
 
Sur Facebook
 
Sur Twitter
 
Sur Mobile