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Les Bleus du XXIe siècle
19/06/2012 - 10:38

Les Bleus du XXIe siècle

J'aurai l'air fin avec un titre comme celui-là si l'équipe de France rentre à la maison après une défaite inattendue et humiliante contre la Suède! Mais avoir l'air fin n'est pas l'objectif du chroniqueur et je veux, par cette accroche un peu provocatrice, souligner que la victoire de l'équipe de France contre l'Ukraine a fait basculer les Bleus dans une autre dimension quant à leur capacité à apprivoiser la haute compétition. Tout le monde a relevé un progrès considérable et une personnalité nouvelle. Je ne fais pas exception.

Par rapport à l'euphorie née de cet élan attendu, j'aurais même plutôt envie de relativiser. Pas tant parce que l'Ukraine n'a pas semblé au niveau : c'est en grande partie à cause des Bleus si l'équipe de Blokhine a été dominée dans tous les secteurs. Simplement, cela ne l'a pas empêché de tirer neuf fois, on a vu une défense centrale toujours capable de se mettre seule en difficulté, une équipe encore un peu coupée en deux, et un manque de simplicité dans certains enchaînements. Tout ceci n'est que la marque légitime des progrès qui restent à accomplir à une équipe encore en gestation. Et surtout n'empêche pas l'essentiel : il est indéniable qu'entre France - Angleterre et France - Ukraine, l'équipe de Laurent Blanc a pris la mesure de sa mission, éloigné quelques inhibitions et déclenché l'étincelle qui peut faire les phases finales réussies. Elle poursuit sa maturation mais cela ne l'empêche pas d'être compétitive. Elle est à l'heure. Elle signé pour ça fin 2011.

Un cap franchi sans Evra et Malouda, les deux cautions "expérience" du groupe

Les signes qui donnent l'impression de ce basculement sont nombreux. Que cette équipe de France, probablement la plus "verte" en grande compétition depuis celle qui avait été éliminée au premier tour de l'Euro 1992, ait été la première de l'histoire à battre sur son sol un pays organisateur, c'est un signal qui doit être pris en compte.

Le plus frappant, c'est que Blanc a obtenu ce résultat sans les deux puits d'expérience qu'il avait mis un point d'honneur à retenir dans ses titulaires contre la vox populi : Patrice Evra et Florent Malouda. Que le sélectionneur ait fait évoluer son onze de départ entre les deux premiers matches va de soi. C'est son rôle, et le contenu du crunch le rendait nécessaire. Qu'il ait écarté Evra et Malouda pour le quitte-ou-double de Donetsk est plus étonnant. Pas par rapport au niveau absolu des hommes, trop rarement à la hauteur de leur réputation sous le maillot bleu, mais par rapport, plus simplement, aux  principes tant de fois énoncés par Laurent Blanc, qui a toujours donné l'impression d'avoir besoin de se rassurer avec des trentenaires pour équilibrer une équipe trop tendre. La jurisprudence de Donetsk signe le glas de cette réflexion et aux préjugés favorables aux hommes qui en bénéficiaient, même si le choix de Diarra à la place de M'Vila  a pu aider Blanc à amputer plus facilement son côté gauche de ses deux cadres.

A la Donbass Arena, il n'y avait "que" dix phases finales de grand tournoi sur le terrain côté français et seulement deux "ex" de 2006, dernier souvenir en date d'une équipe de France qui fait vibrer en phase finale. Le meilleur joueur de l'équipe (Ribéry) fut un de ceux-là, mais cela ne dissimule pas que les deux buts ont été inscrits par deux des "enfants" de Laurent Blanc : Ménez et Cabaye. Deux joueurs qui découvrent ce niveau-là. La façon dont Cabaye s'est comporté en point d'équilibre et leader technique de l'équipe est la meilleure des réponses au procès en inexpérience que suggérait le sélectionneur lui-même en novembre dernier. Les phases finales peuvent mâcher ou révéler de tels joueurs. C'est bien parti pour la deuxième solution.

Premier groupe "1998-2000 free"

Une statistique étrange a circulé après la rencontre. Elle vient caresser dans le sens du poil tous ceux qui, en France, défendent l'idée que les Bleus n'ont des chance de briller dans les grands tournois qu'avec un génie à leur tête : Kopa, Platini, Zidane ou leur hypothétique successeur (sous-entendu : c'est foutu tant qu'on ne l'a pas trouvé). Cette stat dit que France - Ukraine fut le premier match gagné par une équipe de France dans un Euro sans Platini, ni Zidane. Ce n'est pas rien. Cela nous envoie le message qu'une équipe de France "normale" - le terme est à la mode - peut être à la hauteur d'une telle compétition sans qu'il faille chercher le "génie" qui en sera l'incarnation. Si cela pouvait aider Benzema et Nasri à jouer encore plus relâchés... Ribéry a fini par y parvenir et son efficacité n'a jamais été aussi grande depuis qu'il ne se représente plus en sauveur.

On l'aurait presque oublié mais depuis le doublé de 1998-2000, c'est la première fois qu'une équipe de France se présente à un tournoi majeur sans aucun des joueurs titrés à ce moment-là dans ses rangs. Henry et Anelka, en 2010, étaient les derniers des Mohicans. En début de stage à Clairefontaine, j'avais demandé à Laurent Blanc ce que cette donne changeait. Il avait défendu l'idée qu'avoir des joueurs titrés dans le groupe donnait une confiance et une force supplémentaires, même si les faits (2002, 2004, 2008, 2010) ne corroborent pas cette évidence. Je lui avais suggéré que la situation débarrassait le groupe de statuts figés et de hiérarchies un peu factices, pour une concurrence plus saine. Il ne s'était pas approprié l'idée, probablement en souvenir de l'époque où lui-même avait le droit d'adouber ou non un nouveau joueur, de façon moins officielle qu'aujourd'hui... La meilleure réponse à cette interrogation a été France - Ukraine : le spectacle d'un groupe qui veut écrire sa propre histoire après une longue tutelle.

Cédric ROUQUETTE
http://www.twitter.com/CedricRouquette

 
 
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