Rédacteur en chef d’Eurosport.fr, longtemps grand reporter sur tous les stades d’Europe, il décrypte l’actu du football et ses coulisses, de la dernière variante du 4-4-2 aux intrigues qui secouent les instances.
Les treize équipes qui sont devant le PSG
Les deux intimes convictions les mieux partagées dans le monde du foot sont les suivantes. Elles s'opposent, renvoyant chacun à ce qu'il faut appeler une "vision du jeu". Il y a d'abord ceux qui pensent que le football appartient aux joueurs, et que le niveau individuel des joueurs est la seule véritable garantie d'accès aux résultats. Il y a ensuite ceux pour lesquels le foot appartient à techniciens car il est avant tout un sport collectif qui sourira aux plus intelligents, capables de coordonner des bonnes volontés, et non aux plus tape-à-l'oeil.
Le constat des premiers, c'est que les grands talents individuels sont toujours ceux qui feront la décision, ceux qui obligent les matches les plus équilibrés du monde à choisir un vainqueur. Le constat des seconds, c'est que la vérité du terrain contrarie toujours ceux qui bafouent une série de fondamentaux pas négociables : don de soi, cohérence tactique, travail à long terme, philosophie de jeu voire de vie sociale. Ces fondamentaux dépassent tous les statuts et, non respectés, rendraient vide de sens la présence sur le terrain de stars réelles ou présumées.
Bien sûr, l'excellence dans les deux secteurs peut aller ensemble, comme le montre le Barça depuis quelques années, ou comme l'a montré l'oeuvre de l'AC Milan de la fin des années 80. A ce niveau-là, ce sont des exceptions. Mais tout dirigeant qui veut construire une équipe commence toujours par un côté ou par l'autre : privilégier le court terme et la valeur individuelle ou le long terme et les fondamentaux.
La seule richesse pour laquelle le PSG devra attendre
Le Championnat de France qui s'ouvre va nous offrir, tous les week-ends, à ciel ouvert, un champ d'expérimentation grandeur nature sur la pertinence de ce débat. C'est assez habituel. La saison 2011-2012, qui a vu Montpellier, treizième budget de France, imposer son savoir-faire au "PSG-QSI Ier", a parfaitement préparé le terrain. Les termes du débat, cette saison, sont cependant très caricaturaux. Le PSG, probablement la plus grosse force de frappe en Europe aujourd'hui sur le marché des transferts, poursuit une course aux armements démente qui lui donne déjà un effectif d'une profondeur et d'une qualité intrinsèques jamais vues en France à l'ère Bosman. Les autres clubs, rendus sages voire pingres par l'environnement économique dégradé, s'avancent avec l'espoir que la stabilité plus ou moins subie de leur projet sera leur meilleure arme pour contrer la constellation d'étoiles parisiennes.
En vertu de la phrase de Raynald Denoueix selon laquelle "ce qui se passe entre deux joueurs n'a pas de prix" - sous-entendu : c'est beaucoup plus précieux que les joueurs les plus chers pris individuellement - le Paris-SG ne détient pas encore l'arme suprême qui fait les grandes équipes de football : une identité de jeu, une somme de repères individuels et collectifs susceptible de faire de lui une équipe dotée d'une identité et d'une âme. Carlo Ancelotti a beaucoup expérimenté la saison dernière, sans se fixer sur une solution d'organisation pérenne. Son équipe a souffert défensivement. Elle a alterné les phases de grande domination et les actions avortées par manque de compréhension entre ses attaquants. Et pour résumer l'affaire dans un match symbole de la saison : le PSG a senti contre le futur champion Montpellier, chez lui, au Parc (2-2) que son manque de fond collectif était la seule chose susceptible de vraiment lui manquer.
Premier au classement des transferts, premier sur le papier par l'effectif, le PSG devra attendre avant d'être premier au classement des équipes patiemment construites. Son effectif a été bouleversé en un an. Son entraîneur est en place depuis sept mois. Il est totalement naturel d'imaginer le PSG champion de France dès cette saison mais illusoire de le voir arriver à son potentiel maximal en quelques semaines. Cette zone d'incertitude est le principal piment du début de saison à venir. La seule vraie raison d'espérer pour les autres. Mais c'est un espoir légitime, en attendant de savoir s'il est fondé.
Le critère le plus pertinent pour évaluer la stabilité d'un projet technique, c'est encore de regarder depuis quand l'entraîneur est en place. Derrière les quatre clubs qui ont changé de technicien cet été (Ajaccio, Brest, Marseille, Nice), celui qui a changé ce printemps (Sochaux), le PSG est, avec Evian-Thonon-Gaillard, le plus "jeune" de l'élite. Il est "quatorzième". Voici ce classement des projets techniques les mieux installés.
1. Lorient (coach en place depuis juillet 2003), 2. Lille et Toulouse (juillet 2008), 4. Montpellier et Rennes (juillet 2009), 6. Saint-Etienne (décembre 2009), 7. Troyes, Bastia, Reims (juillet 2010), 10. Bordeaux (juillet 2011), 11. Lyon, Nancy et Valenciennes (juillet 2011), 14. PSG (janvier 2012).
Il faut évidemment introduire quelques nuances : Lorient est "en tête", mais c'est un club qui passe son temps à ouvrir des cycles après avoir cédé ses meilleurs joueurs, et c'est en ce moment comme si Gourcuff en était à sa deuxième saison. A contrario, Bordeaux est dixième, mais la poigne et le travail de Francis Gillot donnent l'impression d'une reconstruction beaucoup mieux installée. Et la durée peut aussi signifier usure et fin de cycle. Cependant, sans mettre trop de pression sur Lyon et Marseille, qui ont encore beaucoup de choses à relancer et à prouver, c'est le noyau Lille - Toulouse - Montpellier - Rennes - Saint-Etienne qui possède une partie de ce que le PSG n'aura pas d'ici un moment : une continuité visible dans le projet technique et une maturité qui fondent une identité de jeu. Sera-ce suffisant pour empêcher le club de la capitale d'écraser la Ligue 1 ? Montpellier l'a déjà fait, mais avec Giroud, et un PSG moins armé. On sent que ça démange le LOSC et c'est tout à son honneur.
Une fois qu'on a dit ça, on a fait le tour des poches de résistance, car le potentiel individuel des autres clubs semble trop léger pour résister aux stars amassées à Paris. Sur la durée, c'est certain. Sur un match, c'est déjà compliqué. Mais on ne saurait trop vous recommander de jeter un coup d'oeil quand même aux deux premiers matches du PSG cette saison, qui sont des affiches idéales pour donner le tempo. Ajaccio, adversaire de la 2e journée, a déjà promis un match de Coupe parmi les plus exigeants qu'aura l'équipe d'Ancelotti cette saison. Lorient, qui se rendra au Parc samedi dans la peau du Petit Poucet, n'a pas sur le papier beaucoup plus de chances que l'an dernier à la même époque. Il avait gagné 1-0 au Parc, et tout le monde avait fini par trouver ça logique. Au titre du temps nécessaire pour construire un collectif.
Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette
























