Rédacteur en chef d’Eurosport.fr, longtemps grand reporter sur tous les stades d’Europe, il décrypte l’actu du football et ses coulisses, de la dernière variante du 4-4-2 aux intrigues qui secouent les instances.
Un grand bond vers l'avant
Une fois n'est pas coutume, cette chronique va avoir un écho direct avec la précédente. Ce n'est pas un choix, c'est juste ce que nous impose le contenu des deux matches des Bleus. Samedi, on avait parlé de la colonne vertébrale de l'équipe et ses défaillances. Du mauvais fonctionnement de l'équipe dans sa "verticalité". Aujourd'hui, on va parler de tout ce qui a marché dans "l'horizontalité", à Sarajevo. L'horizontalité, c'est un mot un peu plus compliqué et sûrement moins poétique que celui employé par Laurent Blanc pour qualifier le milieu de terrain, puisqu'il s'agit de ça. Le coach parle du "coeur du jeu". On pourrait aussi dire "centre de gravité". Ou plus techniquement "moteur" de l'équipe.
Plusieurs arguments ont été avancés pour expliquer le changement de visage des Bleus et tous ont leur valeur. En vrac : le 4-3-3, qui était visiblement l'organisation adaptée ; les performances individuelles de Diaby et Benzema, qui ont rendu beaucoup de choses possibles ; l'étonnante friabilité de la Bosnie, qui a joué son petit rôle dans l'histoire ; le fait de jouer à l'extérieur, qui a visiblement désinhibé tout le monde. Mais le facteur clef de ces deux soirées, à nos yeux, se trouve ailleurs. Il se trouve dans "le sens de la marche". Dans cette ligne invisible que les Bleus ont disposé sur la largeur et qui leur a permis d'avancer crânement dans le terrain. Contre la Biélorussie, les milieux de l'équipe de France jouaient en reculant. En Bosnie, ils ont joué en avançant. Aux abords des deux surfaces. Cela a fait toute la différence.
Pour résumer ce qui s'était passé contre la Biélorussie, on s'en remettra à la parfaite démonstration d'Arsène Wenger chez nos amis de TF1, dimanche matin. Les Biélorusses ont dressé deux rideaux défensifs de quatre joueurs qui, à quarante mètres de leur but, ont joué avec suffisamment de consistance et de simplicité pour neutraliser les Français à chaque ballon perdu et, au sens propre, les faire reculer. Ce fut parfois très inquiétant au milieu de la première période et franchement caricatural sur le but, où le désordre tricolore, teinté de panique, a mené l'adversaire à une situation de frappe tranquille au coeur de la surface.
Rien à voir en Bosnie. A Sarajevo, l'équipe de France a joué en actionnant la marche avant. Surtout - car c'est cela qui compte ici - quand elle n'avait pas le ballon. On n'ira pas jusqu'à dire qu'il s'agissait du pressing le plus concerté, le plus épuisant et le mieux rodé vu depuis le Milan de Sacchi, mais c'est une attitude-clef, qui a permis une emprise progressive sur le jeu, qui a entraîné directement un paquet d'occasions, bonifié la confiance à chaque duel gagné, et signé une incontestable supériorité physique. Jouer haut est un risque. Mais voir M'Vila ou Diaby papillonner des ballons à 25 mètres du but adverse et tenter des gestes décisifs n'est qu'un encouragement à continuer dans cette voie.
En caricaturant à peine, en observant ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins, la vraie équation qui dicte la réussite d'une équipe, c'est : à quel niveau faut-il récupérer le ballon et quel niveau de risque est-on prêt à assumer pour ça ? L'Inter de Mourinho pouvait attendre à vingt-cinq mètres devant son but car elle a des monstres défensifs à chaque coin du terrain et sait qu'elle ne craquera pas. Le Barça peut courir le risque de déclencher son pressing à trente mètres du but adverse (et en laisser soixante-dix dans son dos) car il sait que sa conservation de balle finira par épuiser l'adversaire. Entre ces deux extrêmes, tout est affaire de dosage, de confiance, de courage, de réglages collectifs et de rapport de force avec l'adversaire. De ce point de vue, les deux matches de vendredi et mardi sont des puits de leçons pour Laurent Blanc, qui en avait d'ailleurs médité quelques unes après la défaite du Stade de France. A Bordeaux, il avait dit un jour que "le coeur du jeu" était l'endroit où tout se jouait dans le football moderne, l'air de dire que tout le reste était accessoire. Il devrait se répéter à l'avenir.
























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