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11/07/2012 - 10:26

Blanc, Deschamps : trop tôt ou trop tard ?

Exit le « Président », voilà le « Capitaine » ! Une transition qui fait l’unanimité mais qui dissimule mal l’instabilité au sein de l’équipe de France depuis les succès de 98-2000, malgré la finale du Mondial 2006 et les deux Coupes des Confédérations 2001 et 2003…

Ce qu’il y avait de bien avec le foot français, c’est qu’en prévision dans la deuxième moitié des années 2000 de son déclin inévitable, qui serait marqué en club par le retour à la normale de l‘OL (locomotive du foot hexagonal et principal pourvoyeur des Bleus) et marqué en sélection par le départ définitif de son génie, Zidane, on ne désespérait jamais de l’avenir, de « l’après »… Parce qu’on savait que notre foot national gardait en réserve de la République deux atouts maîtres, deux « sauveurs » : Laurent Blanc et Didier Deschamps. Le top du top : l’autorité et la légitimité dynastiques de la Maison Jacquet, le palmarès (pas besoin de récapituler), une expérience très prestigieuse à l’étranger dans les meilleurs clubs, au contact des meilleurs entraîneurs de la planète et une crédibilité sur le banc très tôt établie (Monaco finaliste de la C1 2004 pour DD et titre de champion de France 2009 pour Bordeaux avec LB). Mieux : Lolo et Dédé avaient arrêté leur carrière internationale avant le premier grand désastre de l’EdF au Mondial asiatique  2002, prémonitoire d’autres fiascos futurs. Comme un signe supplémentaire d’une certaine infaillibilité, d’une aura exceptionnelle qui distingueraient nos deux héros, qui les préserveraient, qui nous préserveraient, de toutes les déconvenues. La courte et décevante expérience Santini puis le long et finalement pathétique bail de Domenech ne nous étaient en fait pas si pesants, parce qu’on avait la certitude de disposer de deux alternatives rassurantes, deux plans B en béton : Blanc et Deschamps.
On savait depuis toujours que ces deux-là seraient un jour sélectionneurs des Bleus. Avec eux la France resterait au top (en gros, le dernier carré : Coupe du Monde, Euro, Coupe des Confédérations). En 2004, Blanc avait été blackboulé au profit de Domenech et en 2008 le maintien du même Raymond avait court-circuité la candidature officieuse de Deschamps au lendemain d’un Euro 2008 désastreux. Pas grave ! La FFF qui se méfiait de France 98 ne perdait rien pour attendre et elle serait de toutes façons obligée d’appeler plus tôt que tard un des deux « fils d’Aimé ». Didier Deschamps étant le mieux approprié.

Blanc trop tôt ?

Et ce fut Laurent Blanc. Le moins expérimenté des deux et arrivé dans un double contexte négatif : la cata de Knysna d’un point de vue général et l’implosion des Girondins de Bordeaux d’un point de vue plus perso pour Blanc… Tout semblait un peu précipité pour « Lolo » déjà nommé en janvier 2010 avant d’être intronisé en juillet. Un timing qui a beaucoup nui à Bordeaux et un peu à l’équipe de France (Raymond était « partant » au Mondial 2010 sud-africain). Mais on était quand même contents et satisfaits d’avoir Blanc-de-France 98 à la barre. On acquiesçait gravement quand il parlait de longue reconstruction qui induisait un bail à moyen terme, c’est à dire en gros quatre ans, à condition bien sûr de qualifier les Bleus pour l’Euro 2012 (Lolo s’était engagé à démissionner en cas de non-qualif). Et puis Blanc n‘a fait que deux ans… On passe sur les raisons profondes de son départ et sur le bilan globalement « satisfaisant » de ses deux années. Reste cette impression d’inachevé, de chantier bien engagé mais arrêté en plein milieu.  Et puis il y a surtout l’inquiétude d’avoir déjà grillé un de nos deux jokers. Bien sûr, la vie est longue et Blanc pourrait revenir plus tard, coach plus accompli donc sélectionneur plus affirmé… Blanc comme « recours », comme candidat à une « deuxième chance », si les circonstances l’appellent… Pourquoi pas, on verra bien. Mais là on est au présent, et le présent c’est Deschamps. DD, c’est notre dernier joker. On n’oublie pas Arsène Wenger, beaucoup plus intéressé que par le passé à coacher les Bleus. On n’enterrera pas non plus les « outsiders » crédibles, un peu secondaires mais qui peuvent se révéler être des « nouveaux Jacquet » : Kombouaré, Girard, Garcia, voir Gillot, Smerecki ou Le Guen, etc. Mais le présent d’abord ! Et le présent, c’est déjà un autre contrat à court terme de deux ans (renouvelable) pour Deschamps et une qualif déjà problématique pour le Mondial 2014. On le sait : sauf contre-performance espagnole, les Bleus sont déjà quasi barragistes et peuvent tomber sur du lourd lors de ces barrages. Voilà pour la première mission de Deschamps.

Deschamps déjà dans le dur

Un Deschamps opportunément (pour Le Graët) libéré de son contrat avec l’OM. Un timing trop beau pour être vrai : DD libre pour les Bleus au moment ou son pote Blanc les quittait… Mais tant mieux, on ne sait pas ! C’est peut-être un passage de témoin providentiel qui va installer durablement et favorablement les Bleus dans une vraie phase de reconquête. Mais, bon… Là encore, on sent la décision un peu précipitée. Avec un Deschamps qui ressentait le besoin de faire un break après son passage à l’essoreuse marseillaise. Signe un peu déroutant : on se rassure surtout avec DD et sa poigne, capable une bonne fois pour toutes de briser les « indisciplines » qui plombent les Bleus. Comme si c’était la priorité… La priorité c’est le jeu et DD va vite découvrir à son tour qu’un sélectionneur dispose de peu de temps pour travailler en profondeur. Qu’il devra faire avec les joueurs qu’il a : un effectif intéressant, de qualité à certains postes mais pas globalement extra non plus. Qui plus est, Deschamps est encore moins « patient » que Blanc : il a moins ce côté « post–formateur » qui prend le temps de faire progresser ses joueurs. Avec DD, c’est cash tout de suite : il préfère bosser avec des gars « finis », déjà performants. En club, on peut éventuellement recruter en mieux, pas en équipe de France.  Et puis question autorité, on lui prête un peu trop rapidement une stature qui impose toujours le respect. Bien sûr, en Bleu, des profils de type Panucci, Simone, Ben Arfa ou Gignac (qui ont ouvertement bafoué son autorité à l’ASM puis à l’OM) pourront gicler sans problème. DD sait faire.

Mais on oublie que La Dèche a aussi généré des conflits plus sous terrains autour de ses choix tactiques contestés, autour de ses équipes types qui « favorisaient » parfois trop « ses hommes », et autour de ses comportements parfois jugés trop distants par ses joueurs…  Et on a surtout vu DD presque perdre pied quand son OM avait aligné cette saison une incroyable série de défaites. Et puis quand DD se lasse, pour les meilleures raisons et pour les moins bonnes, il claque la porte. Monaco, Juventus, Marseille : c’est toujours lui qui a rompu en premier… DD n’est pas non plus si imperméable aux critiques : or, là, outre la presse, il devra chaque jour rendre des comptes à 65 millions de Français impatients. Reste que DD a aussi évidemment les qualités qu’on lui connaît, notamment sa formidable culture de la gagne qu’il a toujours su insuffler partout où il est passé, capable de transcender les gars dans les circonstances parfois les plus improbables. Une envergure dynamisante qu’il  aurait peut-être fallu exploiter dès 2008 ? Ou dès 2010 ? On redoute aujourd’hui d’avoir à déplorer bientôt un retard dans la nomination de Deschamps ainsi qu’un « inversement de calendrier » qui aurait sans doute du normalement introniser Deschamps d’abord et Blanc plus tard… L’avenir nous le dira bientôt.

Les Bleus doivent aller au Mondial 2014 : impossible de faire impasse sous peine de plonger dans la crise et de préparer l’Euro 2016 à dom dans les plus mauvaises conditions. Une élimination au Mondial brésilien provoquerait certainement de fait le départ de Deschamps, précipitant les Bleus dans des cycles d’échecs répétés et dans l’instabilité chronique. Et puis en quatre ans la France du Foot aurait grillé ses deux jokers, Blanc et Deschamps. Des successeurs cités plus haut prendraient la relève. Avec  à charge pour eux de répondre aux deux questions essentielles posées à Blanc hier et à Deschamps aujourd’hui : comment on joue et est-ce que le foot français forme de vrais bons joueurs ?

Chérif Ghemmour

PS : Je tenais à informer les internautes que cet article était mon dernier pour ce site. Je remercie les décideurs d’Eurosport.com qui m’ont accordé leur confiance et qui m’ont permis d’exprimer ma « sensibilité » et mon analyse sur l’actu du ballon rond. Ma mission s’achève donc et je remercie également tous les internautes qui m’ont lu et qui ont nourri le fil de ce blog. Ceux qui m’ont apprécié sauront retrouver ma trace. Bonnes vacances à tous et à bientôt !

 
 
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