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Chelsea-Bayern, le sport d’abord !
26/04/2012 - 10:20

Chelsea-Bayern, le sport d’abord !

Qualification surprise mais en définitive logique de Chelsea et du Bayern face au super Barça et au Super Real. Au petit jeu du "challenger contre favori", c’est le Sport qui a tranché.

Respect !

Ouf ! Le Real s’est aussi fait sortir… Je ne m’en réjouis pas vraiment. Mais les commentaires indignes qui ont suivi l’élimination du Barça, c’était insupportable. Pour une demie de C1 perdue, le Barça a été illico jeté plus bas que terre, ravalé au rang de vulgaire "bon club, sans plus", Messi considéré comme un joueur un peu surfait. Et le pire du pire : Guardiola était repris de volée par les tacticiens de comptoir, soudain très experts à lui faire la leçon. En face, on magnifiait le "Grand Chelsea". Alors, comme ça il y aurait un "style Di Matteo", un système tactique "estampillé Chelsea" et Drogba soutiendrait fastoche la comparaison avec Messi ?… Stop ! Ce Barça, Guardiola et Messi sont entrés dans l’Histoire pour toujours. Alors un peu de respect. Félicitations à Chelsea, tombeur du monument catalan grâce surtout à ses grandes qualités défensives, mais qui ne construisent ni un "système" de jeu estampillé et encore moins un "style" particulier. Or, c’est pourtant Chelsea qui a été célébré comme une équipe géniale, merveilleuse, fantastique, notamment par les médias anglais. A ce propos, réaction acide très pertinente de la Gazetta dello Sport à l’encontre des observateurs anglais : quand l’Inter 2010 éliminait le Barça au Camp Nou, c’était du catenaccio tout pourri, de l’anti-jeu, du non-jeu, bref, une insulte au football. Par contre quand c’est Chelsea qui élimine les Blaugrana de la même manière, c’est génial, merveilleux, fantastique, l’essence même du jeu… L’héroïsme défensif élevé au rang de philosophie de jeu, j’ai beaucoup de mal. Une fois encore, félicitations à ce Chelsea, dont j’ai toujours pensé qu’il n’était pas une escouade de mercenaires surpayés mais une vraie équipe, avec une âme.

Revenons au Real. Côté Merengue, on commençait donc à danser sur le cadavre catalan encore chaud. Le Barça éliminé, c’était la voie royale (sans jeu de mots) : après son Clasico grandioso, Madrid irait en finale et décrocherait sa "dixième" à l’Allianz Arena et le Mou détrônerait pour toujours ce pauvre Guardiola, technicien ringardisé. Enfin, top du top, le Ballon d’Or était déjà sur l’étagère de CR7, vu que ce gros nul de Messi avait bazardé son péno sur la barre. Sauf que… Sauf que le Real, favori lui aussi comme le Barça, s’est fait trasher par le Bayern. A Bernabeu. Mourinho n’a pas accompli le Grand Œuvre et Cristiano a lui aussi foiré son tir au but. Tout s’est écroulé. Les "deux meilleures équipes du monde" ont chuté. Du coup, c’est mieux : on peut analyser avec plus de sérénité cette méga surprise qui a vu les deux outsiders Chelsea et Bayern éliminer les deux Titans. Parce que si "Barça-Guardiola-Messi", c’était devenu nul tout à coup, alors "Real-Mourinho-Cristiano", ça le devenait aussi, non ? Heureusement, la réalité est un peu plus complexe.

Clasico killer ?

Le Clasico de samedi soir a fait très mal. Véritable finale de C1 avant la lettre, il a bouffé influx, énergie et imagination des Madrilènes et Barcelonais. Au même moment, Heynckes et Di Matteo, coachs de clubs déjà largués pour le titre national, faisaient reposer leurs joueurs en vue de la C1. Trois matchs en 6 jours pour le Barça, trois super clashes pour un groupe au taquet depuis 2006, en club et en sélection. Mardi soir, une fois le Barça éliminé, j’ai tout de suite repensé au Mondial 2002, quand les deux super favoris France et Argentine avaient dramatiquement été sortis dès le premier tour. L’arrogance côté Bleu, certes, mais les Français et les Argentins avaient surtout payé l’usure physique et mentale de cette génération nouvelle du football mondialisé. L’immense Battistuta racontait l’épuisement des trajets Europe-Amsud et les affres du déracinement des Albiceleste, tous engagés dans les meilleurs clubs aux calendriers démentiels… Au Mondial 2002 Français et Argentins auraient certainement fait très mal en passant d’abord le premier tour, chose qu’ils n’ont pas réalisée. Idem pour le Barça, sûrement plus dangereux en finale à Munich si qualifié, mais à la ramasse total physiquement contre Chelsea, surtout après le penalty raté de Messi. En passant, petite critique non pas à Guardiola, mais au système de jeu du FC Barcelone. Une philosophie de jeu qui exclut de fait les frappes de loin (alors que les positions favorables de tirs ont existé à l’aller et au retour) et qui exclut aussi le jeu aérien offensif (Puyol en position d’avant-centre en deuxième mi-temps because seul bon joueur de tête ! Ainsi qu’une flopée de centres vains puisque tous bien négociés par la défense des Blues), ça ne limiterait pas trop le champ d’action blaugrana ?

Même fatigue physique et mentale madrilène, hier soir. Un chiffre et une image. Les 2842 minutes de jeu d’un Xabi Alonso notoirement sur les rotules (deuxième joueur le plus utilisé par Mourinho cette saison), un peu comme Xavi, l’autre stratège, à la différence de Schweinsteiger et Lampard en mode normal de fonctionnement après une longue blessure, eux. L’image, ce sont les joueurs du Real à terre avant les prolongations : tous assis, perclus de fatigue quand en face Robben bien debout affichait le sourire carnassier du futur qualifié… A l’image de Messi et Cristiano engagés dans un combat sans fin et refusant toujours de souffler un peu pour ne pas se faire distancer dans la course au Pichichi, au Ballon d’Or et autres délires méga narcissiques, le Barça et le Real se sont épuisés samedi soir pour notre plus grand plaisir et pour leur plus grande perte. Même Pep et Mou engagés eux aussi dans leur méga duel de coachs y ont laissé des plumes. Real et Barça se sont crus invincibles, stratosphériques, carrément au dessus du football. Ils se sont intoxiqués de leur propre réputation galactique. Real et Barça ont tous les deux mené 2-0 : Real et Barça étaient en finale ! Et puis relâchement coupable de Puyol sur l’échappée de Ramires et faute inutile de Pepe sur Gomez. Le dérèglement total qui a suivi la réduction du score par Ramires et Robben atteste après-coup d’une arrogance impardonnable. Faut-il rappeler qu’à 2-0 le Barça jouait à 11 contre 10 ? La mauvaise fatigue, celle de la suffisance, s’est alors de suite ajoutée à la bonne fatigue, celle qui nous a quand même donné tous ces matchs fabuleux des Blaugrana et Merengue. Lesquels se retrouveront au sein de la Roja, à l’Euro, vaccinés on l’espère pour eux de tout complexe de supériorité. Voilà l’Espagne prévenue…

Esprit du sport "anglo et saxon".

Les qualification de Chelsea et du Bayern ne seraient donc pas légitimes, du fait qu’ils auraient surtout profité des faiblesses du Barça et du Real ? Absolument pas. Et le premier hommage à rendre aux vainqueurs c’est de ne surtout pas invoquer le mérite et l’ancienneté. Déjà, en sport comme dans la vie, on ne mérite rien : on construit soi-même ses réussites et ses échecs. Lesquels échecs surgissent même lorsque parfois on a pourtant super bien travaillé… Revendiquer aussi les 6 demi-finales récentes en 9 ans côté Blues et le passé prestigieux côté Bayern (4 C1 et 4 finales perdues), c’est aussi minimiser les deux performances des hommes du présent, ceux de Di Matteo et de Heynckes : Chelsea et Bayern se sont logiquement qualifiés selon les lois du sport qui désignent les vrais vainqueurs. Drogba, Ramires, Torrès, d’un côté et Ribéry, Gomez, Robben, de l’autre, ont bel et bien marqué "légalement", sans tricherie, ni arbitrage foireux ou coup du sort inouï. A la limite, même profiter des faiblesses ponctuelles de l’adversaire, c’est aussi mieux respecter l’éthique sportive que le Real et Barça qui l’ont plutôt bafouée en n’assumant pas jusqu’au bout leur statut de favori. En passant… Eviter aussi de trop parler de la défaite du foot-business, entendu aussi par-ci, par-là, au sujet du Real et Barça. Chelsea, c’est Abramovitch. Et Ribéry a le même salaire que Messi (voire un peu plus, 11 millions d’Euros annuels contre 10). Le coté "vrai club formateur" du Bayern ? Pas faux, mais le Barça aussi, qui demeure le plus grand club formateur au monde : c’est d’ailleurs tout à l’honneur de Guardiola d’avoir lancé encore les jeunes pousses de la Masia.

Il faut rendre justice au Bayern. A la différence de Chelsea qui a beaucoup trop subi en se montrant clairement inférieur dans le jeu, le Bayern a globalement dominé ses deux rencontres. Preuve que l’excellent boulot de Mourinho n’est pas encore tout à fait accompli, contrairement à ce que le futur titre en Liga laissait penser. Du coup, les Bavarois partiraient favoris ? Même pas ! Outre les suspensions dommageables des deux côtés, tout reste ouvert. Parce qu’on sera entre Anglais et Allemands. Deux pays de football qui n’ont globalement jamais revendiqué la flamboyance (Pays-Bas, Espagne, France) ou l’attentisme ravageur (Italie) mais qui ont toujours porté au plus haut les valeurs de combativité et le goût de la compétition. Avant d’être deux grandes nations de foot, l’Allemagne et l’Angleterre sont deux grandes nations de sport. Bayern et Chelsea, c’est le sport. Un truc qui surclasse tout : les systèmes de jeu, les styles, les stars, les palmarès et les réputations. Bravo Chelsea, bravo Bayern.

Chérif Ghemmour

 
 
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