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Espagne Ibère alles !
02/07/2012 - 10:22

Espagne Ibère alles !

"Comme prévu", en battant l’Italie en finale hier soir à Kiev (4-0) l’Espagne s’est hissée au firmament en décrochant le premier triplé historique Euro 2008, Mondial 2010 et Euro 2012. Petit retour sur le succès de mon favori N°1 du tournoi…

A tout seigneur… Andres Iniesta, élu homme du match hier après la finale : " Il faut être fier de ce qu'on a réalisé. Ce qu'on a fait ce soir ne pourra pas se répéter. Il faut en profiter". Il y a dix ans à peine, n’importe quel joueur de l’équipe de France aurait pu prononcer ces mots : "il faut en profiter". La France bouclait alors un petit chelem, Mondial 98, Euro 2000 et Coupe des Confédérations 2001. Nous aussi avons connu cette félicité où tout paraît si simple, évident et éternel. Les Bleus cinglaient vers le grand chelem absolu, plus fort que l’Espagne 2012 : Mondial 98-Euro 2000-Mondial 2002. La planète foot ne doutait pas un instant que la France réaliserait pareil exploit. Comme le temps passe vite… Aujourd’hui le foot français se damnerait pour ne serait-ce qu’être invité en wild card à cette Coupe des Confédérations qu’on gagnait presque en la snobant en 2001 et 2003 (nos deux succès oubliés). On sait donc aujourd’hui le bonheur immense que vit le foot espagnol, ses joueurs et ses supporters. Tout leur est désormais simple, évident et éternel. Car le triplé historique appelle déjà le quadruplé légendaire ! Qui doute aujourd’hui que la Roja est ce matin le grand favori de la prochaine Coupe du Monde 2014 au Brésil ? Hormis Xavi et ses 32 ans, la Seleccion est encore jeune et affamée. Sa domination continentale solidement établie peut se poursuivre encore deux années. D’autant plus que les rivaux sud-américains, Brésil et Argentine en tête, peinent à bâtir un vrai collectif redoutable, quand l’Uruguay accusera fatalement le poids de la vieillesse et des départs.

44 ans d’attente…

La dynamique espagnole vient de loin. Au moins depuis son premier sacre européen en 1964, chez elle, contre l’URSS (2-1). A cette époque son foot de sélection était raccord avec son foot de club déjà largement dominateur dans toutes les coupes européennes (victorieux ou finaliste). Tout s’est gâté par la suite quand la Roja bloquait systématiquement en quart de "compète" internationale (sauf en finale d’Euro 1984) alors que les clubs hispaniques poursuivaient leur moisson de trophées. Plombé par une lose tenace en sélection, le foot espagnol jouissait d’un statut bâtard, à la fois prestigieux et secondaire. Même les petits Pays-Bas et ses Oranje 74-78-88, ainsi que les Bleus 98-2006, jouissaient d’une considération parfois plus grande. Indice révélateur, aucun grand joueur espagnol (et il y en eut !) n’a décroché le Ballon d’Or depuis l’âge du même nom (Luis Suarez en 1960 !). Sans doute à cause, entre autre, de cette dimension en sélection qui a manqué à certains. Raul, notamment, catalogué grand joueur de club avant tout ? Aujourd’hui, lestée du triplé historique la Roja compte pas mal de Ballons d’Or en puissance (Casillas, Ramos, Iniesta, Xavi) ou des meilleurs quasi mondiaux à leur poste (Xabi Alonso, Busquets, Fabregas, Silva, la révélation Jordi Alba). Avec la triple couronne 2008-2010-2012 le foot espagnol s’est payé une sensationnelle " mise à jour" en rattrapant tout le temps perdu. Troisième grande nation européenne, elle s’attaque désormais à ses deux concurrents plus titrés, l’Allemagne et l’Italie. L’histoire est en marche… Image symbolique, hier soir : la présence en tribune de Villa et Puyol (même sans ces deux cracks, la Roja a triomphé !) mais aussi de Pau Gasol (basket) et Fernando Alonso (F1). Preuve vivante que l’Espagne est une grande nation de sport qui renvoie les sketchs des Guignols de l’Info à notre pathétique franchouillardise.

Pour rester dans les considérations générales, rendons hommage à la Liga. On a souvent tapé sur ce championnat espagnol qu’on disait forcément dévalué à partir de la troisième place parce que soi-disant confisqué par le Real et le Barça (principaux pourvoyeurs de la Roja, il est vrai). C’était perdre de vue que les deux acteurs du Clasico agissent aussi comme locomotives qui tirent les autres clubs vers le haut. Cette saison, si le Real et Barcelone ont échoué en demies de C1 (un mal pour un bien favorable à la Roja ?), on a quand même eu une finale d’Europa League 100 % espagnole, Atletico Madrid-Athltetic Bilbao. Deux belles équipes au jeu flamboyant. A l’image de Bilbao (avec certes son particularisme 100 % basque) ou du Barça (et 80 % de joueurs formés à la Masia), les clubs espagnols excellent dans la formation de pointe et ils ont su conserver un équilibre avantageux entre joueurs nationaux et étrangers de grande classe. Un système gagnant-gagnant qui a profité aussi à la Roja et dont l’Angleterre ferait bien de s’inspirer (Capello déplorait que seuls 35 % des joueurs de Premier League étaient sélectionnables).

La métamorphose de Kiev

Impossible de ne pas revenir sur le 4-0 inédit au plus haut niveau. C’est la vraie marque de grandes équipes qui mettent un point d’honneur à assumer jusqu’au bout un statut à la fois de N°1 mondial et de favori du tournoi. Bien sûr, à 2-0 et avec une squadra réduite à 10 à l’heure de jeu, l’avalanche finale était aisée. On parle de malchance concernant les blessures fatales de Chiellini (21ème) et de Thiago Motta (61ème) qui ont ruiné le coaching de Prandelli, à court de remplacements après ses trois changements (Balzaretti, Di Natale, Thiago Motta). Pas faux, mais j’y vois aussi un symbole de la toute puissance espagnole dans sa gestion optimale de l’effort tout au long du tournoi, mais aussi de la formidable pression physique et psychologique exercée sur tous ses adversaires. En finale, la Roja étalait une certaine fraîcheur épargnée au cours de matchs précédents joués à l’économie. Cette même maîtrise tactique a encore laminé (achevé ?) une squadra vaillante mais qui avait déjà beaucoup donné en quarts et en demies. Chiellini, Cassano, Montolivo et Thiago Motta sont sortis épuisés ou blessés, victime directes ou indirectes de la machine de guerre ibérique. Prandelli a donc été poussé à la faute en procédant à un coaching aussi inévitable que le score le lui imposait à la mi-temps (0-2)… C’était le prix à payer pour espérer rester au contact de l’Espagne. D’autres équipes ont payé à coups de cartons jaunes (5 par match en moyenne) leur résistance à l’Invincible Armada.

L’osmose Real-Barça indispensable pour triompher fut un prolongement au plus niveau également de leur culture de la gagne en Liga et en Ligue des Champions. On sait l’importance pour les deux acteurs du Clasico de marquer le pus tôt possible pour gérer ensuite et profiter des contres face aux adversaires menés donc obligés de sortir de leurs bases. Banco ! En marquant dès la 14ème par Silva, la coalition madriléno-catalane avait fait 50 % du chemin. Mais c’est surtout la façon dont l’Espagne a procédé hier soir dans le jeu qui a été marquant et ce, face à l’Italie, équipe la plus accrocheuse du tournoi. A l’inverse des autres matchs (hormis contre l’Eire ?) où la Roja avait opté pour la gestion du temps et de l’espace en n’hésitant pas à jouer vers l’arrière ou très latéral, elle a systématiquement construit vers l’avant contre la Nazionale ! Y compris en assumant des pertes de balle, en interceptions ou tirs contrés. Face à l’Italie, un truc de fou ! Preuve supplémentaire du génie tactique polymorphe d’une Espagne capable de se réinventer match après match ou en cours de match. Le summum de l’audace imprévue dans cette finale où l’on attendait une discipline collective serrée face aux Italiens c’était la grande latitude personnelle laissée aux joueurs de dribbler, porter le ballon et d’effectuer parfois des longues chevauchées (cf. Les montées tout en dribbles de Ramos ou de Jordi Alba !). C’est dans les circonstances de jeu a priori les plus tendues que les Espagnols se sont le plus lâchés ! Rien à voir avec les finales de la peur contre l’Allemagne en 2008 et contre les Pays-Bas 2010… Cette Roja 2012 était donc bien plus forte qu’avant. L’une des meilleures sélections de tous les temps.

Chérif Ghemmour

PS : Un mot sur la magnifique squadra qui a aussi illuminé cet Euro. Pirlo grandissimo ! Ceux qui me lisent régulièrement savent que j’avais présenté depuis longtemps l’Italie comme mon outsider N°1. Son parcours splendide ne m’a donc pas surpris, comme sa qualif contre la Mannschaft (que je jugeais avant match trop friable face aux azzurri). Je renvoie à ceux que ça intéresse un article posté sur ce site  "Bella squadra, lettre ouverte à Mr Berlusconi", datant du 5 septembre 2011 où j’annonçais "avec humour et sérieux" la réussite future de l‘Italie à l’Euro 2012.

 
 
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