Compte tenu de la santé de la piste française, cela peut paraître presque incongru. Mais c'est une réalité: la dernière médaille d'or tricolore aux Jeux Olympiques remonte à l'année 2000. Douze ans déjà. Après les razzias d'Atlanta et Sydney (huit titres cumulés sur ces deux éditions), les Bleus n'ont goûté à l'or ni à Athènes en 2004 ni à Pékin quatre ans plus tard. Ce sera le principal enjeu pour les pistards français à Londres. Ça tombe bien, dès jeudi, ils abattent un de leurs principaux atouts lors de la vitesse par équipes. Une discipline dans laquelle les Français sont passés maîtres, décrochant cinq titres (1) pour deux deuxièmes places depuis 2006 aux Mondiaux.
Tout autre résultat que l'or jeudi constituera une déception pour Grégory Baugé, Kevin Sireau et Michael D'Almeida, les trois mousquetaires. Le premier, qui visera bien évidemment le titre suprême en vitesse à partir de vendredi, n'entend pas galvauder le rendez-vous collectif. "Je peux vous dire que c'est vraiment un très gros objectif. C'est une médaille d'or à aller chercher. Heureusement que je suis motivé, qu'on est tous motivés", assure le Cristollien. Si besoin était, ils peuvent nourrir leur motivation dans leurs frustrations passées. Olympiques et mondiales. "On a un compte à régler avec cette épreuve, estime Baugé. On veut remettre les pendules à l'heure. Nous, les Français, on a remporté la toute première édition de la vitesse par équipes (NDLR: à Sydney). Depuis, ça nous file sous le nez. Ça a assez duré."
Le millième qui donne la rage
Voilà pour le côté "historique" de la chose. Mais le trio tricolore a encore moins digéré le résultat des derniers Championnats du monde. A Melbourne, au mois de mars, ils avaient échoué en finale contre les Australiens pour... un millième. "D'une certaine manière, ce n'est peut-être pas plus mal. Cette défaite, surtout pour un millième, ça va nous mettre la rage", promet Kevin Sireau. Même si la concurrence promet d'être vive avec les Australiens, les Allemands et bien évidemment les Britanniques, surmotivés devant leur public, les Français ont les moyens de reconquérir le titre. "On a les capacités d'aller chercher cette médaille d'or par équipes, estime Baugé. Je pense même que nous avons les clés. Si nous sommes tous au top, ça doit passer pour l'or."
Pour s'éviter une déception, les trois compères devront sortir la course parfaite, ils le savent. Lors des Mondiaux, les passages de relais avaient été scrutés par les juges, qui n'avaient pas hésité à déclasser les Britanniques. Jeudi, il faudra être vigilant sur ce point. Mais ces Jeux seront surtout l'occasion de voir si la cohésion retrouvée dans les mots l'est vraiment sur la piste. On le sait, il y a eu des tensions entre les trois hommes ces derniers mois, notamment lorsque Grégory Baugé a été suspendu pour ses trois "no-show". Dans la foulée, des propos, pas toujours aimables, ont été tenus de part et d'autre. "Pour moi, tout ça, c'est fini, jure Baugé. Je pense que pour mes collègues de la vitesse par équipes, c'est aussi le cas. Il y a un objectif au bout. On est assez grand pour laisser de côté toutes les mauvaises choses et être conscients qu'il y a quelque chose de grand à faire." Sireau et d'Almeida ne disent pas autre chose. Dont acte. L'or constituerait la plus belle des réconciliations.
Les Bleus auront à leur disposition un ultime atout, qu'ils espèrent maître. Look, l'équipementier de l'équipe de France, a fourni un vélo spécial, tout nouveau tout beau. "C'est une vraie Formule 1", sourit Florian Rousseau, l'entraîneur de Greg Baugé. "On a l’impression de ne faire qu’un avec le vélo. Ce n’est que du bonheur", assure le champion du monde de vitesse. Mais c'est avant tout en eux, pas dans leur machine, que les Français trouveront la clé d'un éventuel sacre. Ils n'envisagent pas autre chose. Si l'objectif fixé par la DTN ("quatre médailles, dont deux en or", dixit Isabelle Gautheron) doit être tenu, l'or sur la vitesse par équipes apparait presque indispensable. A eux de jouer, donc.
Ils ont perdu sur tapis vert celui acquis en 2011, conséquence de la suspension rétroactive infligée à Grégory Baugé.



AFP





















