Décidément, l'équipe Discovery Channel aura fait la une toute la semaine. A son insu d'abord, avec la désormais très fameuse affaire Armstrong, dont il demeure difficile aujourd'hui de dire l'impact qu'elle aura à terme sur la formation américaine, puis de son plein gré dimanche. Comme un clin d'oeil, George Hincapie, le plus proche ami de Lance Armstrong dans le peloton, a en effet enlevé le Grand Prix de Plouay.
L'Américain a gagné pour lui évidemment, mais on imagine aisément qu'en montant sur le podium breton, il avait une petite pensée pour son habituel leader. Assez discret durant la course, "Mister George" a surgi dans le sprint final pour s'imposer en costaud devant Alexander Usov (AG2R) et Davide Rebellin (Gerolsteiner). Il a fallu la photo finish pour départager les deux premiers, mais la première impression d'Hincapie, qui avait levé les bras sur la ligne, fut bien la bonne.
Ullrich avait des jambes
Malgré l'âpreté du circuit morbihannais, et en dépit d'une multitude d'attaques, personne ne fut donc en mesure de dynamiter la course. Les côtes du Lezot et de Ty-Marrec, cette dernière située à trois kilomètres de l'arrivée, ont pourtant dû user les jambes après 16 tours de course. Mais comme en 2000, lorsque les Championnats du monde sur route s'étaient déroulés ici même (le Letton Roman Vainsteins s'était alors imposé), c'est en ordre groupé que les ténors se sont expliqués.
Dans les deux derniers tours, les gros bras ont pourtant tous pointé le bout du guidon, notamment Jan Ullrich. Très facile dans la foulée du Tour d'Allemagne, le leader de la T-Mobile manque malheureusement d'une capacité de démarrage dans ce type d'épreuve. Dommage, car il dégage une telle impression de puissance... Finalement 10e, Ullrich se console en prenant seul la deuxième place du classement UCI Pro Tour, derrière Danilo Di Luca.
La position de ce dernier n'était pas vraiment menacée, mais on attendait peut-être un peu plus de la part de l'Italien. La forme était là, si l'on se réfère à sa terrible accélération dans l'avant-dernier passage de la côte du Lezot. Mais dans la dernière boucle, Di Luca fut nettement plus en retrait. Même constat pour Alexandre Vinokourov, qui a beaucoup essayé. Un peu trop, peut-être, car le Kazakh n' pu peser sur le dénouement de la course. Finalement, la tactique la plus judicieuse fut celle d'Hincapie, qui n'a surgi qu'une fois, mais au bon moment.
Omniprésent Hincapie
Mine de rien, le New Yorkais accomplit à 32 ans une saison exceptionnelle. Coureur de classiques avant tout, il s'est adjugé Kuurne-Bruxelles-Kuurne en février, avant de terminer deuxième de Paris-Roubaix. Le baroudeur s'est ensuite improvisé grimpeur, d'abord sur le Dauphiné, puis sur le Tour, dont il a remporté l'étape du Pla d'Adet. Le voilà maintenant qui triomphe en costaud, au sprint, pour s'installer dans les dix premiers du Pro Tour. Impressionnant.
On aurait souhaité autant de succès pour les coureurs français, vainqueurs des deux dernières éditions grâce à Andy Flickinger et Didier Rous. Mais Plouay porte désormais l'étiquette Pro Tour, et le plateau était bien plus relevé cette année. Cela se ressent à la lecture du classement final puisqu'il faut descendre jusqu'à la 14e place pour trouver trace d'un autochtone, en la personne de Laurent Brochard, toujours présent. Bergès, Beneteau, Moreau ou Chavanel ont pourtant essayé. En vain. Hincapie, lui, avait la recette.
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