Baugé, pile à l'or ?

Baugé, pile à l'or ?  - Cyclisme - Jeux OlympiquesAFP

Grégory Baugé est à deux duels de l'or olympique. Ce serait la consécration ultime pour le sprinter français et son coach, Florian Rousseau.

Lundi, à l'heure de sa demie et, l'espère-t-on, de sa finale, Grégory Baugé sera seul. Face à son adversaire. Face à lui-même. Face à sa destinée olympique. Mais que sa journée s'achève par un triomphe en or ou par un échec, il faudra y associer Florian Rousseau. Les deux hommes travaillent main dans la main depuis quatre années. Quatre années d'une sacrée réussite, ponctuée d'une nette domination sur la vitesse individuelle, l'épreuve reine de la piste, mais aussi de doutes, parfois. Baugé-Rousseau, c'est l'histoire d'un couple qui sait ce qu'il veut, où il va et comment il doit s'y rendre. Le bout du chemin est là, à Londres, sur ce vélodrome ou Baugé a décidé depuis un moment qu'il bouclerait sa carrière. "J'attends ce moment depuis longtemps, je suis prêt", a confié Baugé ce week-end.

Entre ces deux monstres de la piste française, il n'a toujours été question que d'or. "Quand j'étais athlète, seule la gagne m'intéressait. J'étais doux et calme et dehors de la piste, mais une fois dessus, je devenais un fauve. J'ai retrouvé ça chez Greg, comme sa faculté à être galvanisé par l'enjeu", explique Rousseau, triple champion olympique. C'est vrai, il y a du Rousseau chez Baugé, comme quand il a confié, samedi, avec un joli sens de la formule, se sentir "calme comme un tigre". Pas de doute, ces deux-là se sont bien trouvés. Ils se sont côtoyés un temps sur les pistes, à la toute fin de la carrière de Rousseau, quand Baugé débutait la sienne. Mais c'est évidemment dans leur relation entraîneur-coureur que les deux hommes ont noué une étroite relation. "On a appris à se connaitre", témoigne le coach orléanais.

Baugé: "Je me connais mieux qu'il y a quatre ans"

Aujourd'hui, alors qu'ils s'apprêtent à vivre le paroxysme de leur aventure commune, Rousseau et Baugé ont le sentiment du devoir accompli. Quoi qu'il arrive lundi, tout a été mis en œuvre pour permettre au Guadeloupéen de connaitre le couronnement de sa carrière. "On a bien travaillé, on est confiant parce qu'on sait que Greg arrive au top", explique Rousseau, qui a pourtant dû gérer les aléas d'une année olympique. "Ce n'est pas toujours évident, parce qu'il y a les médias, il y a les partenaires et ça fait partie de son job. Mais à un moment donné, j'ai dû dire à son attaché de presse, c'est fini. Avec Greg, le deal était clair, fin mai, plus une sollicitation. Il y a des éléments d'entrainement et de repos à respecter quand on veut être champion olympique. Mais ça a été le cas", assure Rousseau.

Leur grande force, ces quatre dernières années, a été de toujours trouver le bon compromis entre confiance dans les moments difficiles, et remise en question permanente quand tout allait bien. Dans la tempête, quand le grand Greg a été suspendu rétroactivement en 2011 pour ses trois "no-show", le bateau aurait tangué. Mais il a tenu bon. "Je crois que j'ai toujours réussi à avancer quand il y a eu des échecs ou des périodes pénibles, juge Baugé. Au fil des victoires mais aussi des épreuves, j'ai l'impression d'avoir beaucoup appris sur moi-même. Florian m'y a aidé aussi. J'ai le sentiment de mieux me connaitre aujourd'hui qu'il y a quatre ans." Il sait aussi qu'il est plus fort qu'il ne l'a jamais été. S'il tombe sur plus fort que lui lundi, il aura malgré tout le sentiment d'avoir atteint sa propre limite.

Ce serait un joli paradoxe doublé d'un beau symbole que Baugé décroche sa première et dernière médaille d'or olympique dans la seule discipline où Rousseau, lui, n'a pas goûté au plus précieux métal. Sacré sur le kilomètre, le keirin et la vitesse par équipes aux Jeux, ce dernier avait dû se contenter de l'argent dans l'épreuve reine à Sydney. "Ça reste un gros regret et j'aimerais beaucoup que Greg comble d'une certaine manière ce manque, avoue Rousseau. Il le mérite et la piste française le mérite. Nous avons eu beaucoup de champions du monde depuis 15 ans en vitesse. Moi, Gané, Greg. Sa victoire serait aussi, un peu, celle de toute la génération précédente." Pour autant, entre eux, pas besoin de grandes conversations centrées au coin du feu sur l'Olympe. "Il a son histoire, j'ai la mienne. Je peux donner des conseils mais c'est à lui de vivre son truc de toute façon", conclut Rousseau. Son truc, Baugé ne vit que pour ça depuis quatre ans. Pour lui, c'est l'heure.