ATLANTA 1996: "Je gambergeais pas mal"
"A Atlanta, je découvrais les Jeux, l'Olympisme. J'avais 22 ans. C'était spécial, parce que nous étions installés à environ 40 kilomètres d'Atlanta. On ne dormait pas au village olympique avec le reste des athlètes. Finalement, dans le fonctionnement, nous étions un peu comme dans un Championnat du monde. On sentait bien que c'était différent d'un Mondial, mais ce n'était pas tout à fait les Jeux quand même. Mais je pense que c'était mieux pour moi. J'étais jeune, et ça m'a évité de me disperser peut-être. Ce qui est clair en tout cas, c'est qu'il y avait une forte attente autour de l'équipe de France, qui commençait à obtenir de gros résultats dans les grands rendez-vous. D'autant qu'il n'y avait pas eu de champion olympique depuis Daniel Morelon à Munich en 1972. Ça commençait à remonter à loin. On comptait sur nous. On savait, je savais, que notre génération était attendue comme celle qui devait succéder à Trentin et Morelon.
En général, je dormais bien avant une compétition, même avant une grande finale. Mais là, je me souviens que la nuit avait été difficile avant le kilomètre. Je gambergeais pas mal. Puis j'ai gagné le kilomètre, tout s'est passé à merveille. Un titre olympique, c'est grandiose. Il n'y a rien de plus fort dans notre sport. J'ai compris à Atlanta que les Jeux, c'était une aventure extraordinaire. Un truc absolument unique. On le sait évidemment, mais on ne prend la mesure de cet évènement qu'une fois qu'on l'a vécu. Et quand on a la chance de décrocher un titre pour sa première participation, c'est incroyable. Ça marque une vie."
SYDNEY 2000: "Le summum, mais avec un goût d'inachevé"
"Si je devais choisir entre Atlanta et Sydney, ce serait sans doute Sydney. D'abord parce que, cette fois-ci, nous étions au village olympique. J'avais vraiment l'impression de m'imprégner pleinement des Jeux, ce qui n'avait pas été le cas quatre ans plus tôt. Et puis j'étais engagé sur trois épreuves, avec des chances de victoire partout. Je fais trois médailles, deux d'or et une d'argent. Le summum, mais avec un goût d'inachevé. On avait commencé par la vitesse par équipes. C'était la première fois que cette épreuve était au programme des Jeux. J'étais avec Arnaud Tournant et Laurent Gané. On avait gagné, c'est un super souvenir pour nous trois je pense. Après il y avait eu la vitesse. Nous étions deux Français engagés, Gané et moi. Franchement, on pensait qu'on allait être champion olympique, lui ou moi. On se rencontre en demi-finales, je le bats. Derrière, je perds en finale et lui perd le match pour le bronze. J'étais vraiment déçu. Ça reste la grande déception de ma carrière aux Jeux. Je voulais vraiment l'or. Parce que c'est l'épreuve reine. J'en avais gros sur la patate, d'autant que j'avais été trois fois champion du monde. Je me suis dit 'merde', t'es champion du monde plusieurs fois et tu ne seras jamais champion olympique. C'est comme le 100 mètres en athlétisme ou en le 100 libre en natation.
Il me restait encore le keirin. Paradoxalement, je n'étais pas vraiment le meilleur spécialiste français. A l'époque, c'était Magné. J'avais joué ma sélection face à Gané, avant les Jeux, lors des Championnats de France et j'avais décroché mon ticket. Mon premier titre de champion de France d'ailleurs en keirin. Ce n'était pas ma discipline de prédilection. En plus, j'étais mort après la vitesse par équipes et la vitesse individuelle. C'était le cinquième jour de compétition de suite. A l'échauffement, j'avais les jambes dures. J'avais des courbatures. Et dès le premier tour, je me fais sortir. Là, j'ai eu un raisonnement un peu brutal. Je me suis dit, 'ça fait un an que tu te fais chier pour faire le keirin aux Jeux, alors arrête de t'écouter. T'es fatigué, mais tu vas te battre comme un chien. Tu ne m'emmerdes pas avec ta fatigue'.
Derrière, ça a été mieux. Heureusement, il y avait les repêchages. C'est un peu la loterie mais je m'en sors et je passe aussi les demi-finales. Pour l'anecdote, en finale, je suis tenu par Daniel Morelon, parce que Gérard Quintyn avait fait le choix de tenir Frédéric Magné. Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais persuadé que ça allait me porter chance. Comme quoi, quand on est sportif, on se raccroche à n'importe quoi. Ça m'a traversé l'esprit comme ça, en une seconde, je ne sais pas pourquoi. Mais je suis parti avec un état d'esprit super positif et j'ai gagné la finale. Ma dernière course olympique, et une médaille d'or à la clé. C'est bizarre quand même. J'ai dominé la vitesse pendant des années sans jamais être champion olympique et j'ai eu l'or en keirin alors que je n'avais encore jamais eu la moindre médaille aux Mondiaux dans cette épreuve. C'est comme ça."
L'APRES JEUX: "Entraîner, c'est venu naturellement"
"A Sydney, même si je n'avais rien décidé, je sentais bien que la fin était proche. Je n'avais que 26 ans, mais j'avais beaucoup donné déjà. Mon état d'esprit en Australie, c'était 'profite, ce sera peut-être tes derniers Jeux'. En fait, j'avais déjà en tête de devenir entraîneur. Quand je suis arrivé à l'Insep à 16 ans, je n'y pensais pas bien sûr. Mais c'est venu assez vite. A 21, 22 ans, je me suis retrouvé à donner des conseils à des gamins et j'ai découvert que j'aimais ça. L'année des Jeux de Sydney, j'ai commencé à passer mes diplômes et mon professorat de sport. J'avais déjà à l'horizon d'entraîner au niveau national, de succéder à Daniel Morelon ou Gérard Quyntin en 2004 ou 2005. C'est venu naturellement, ce n'est pas la conséquence d'un plan de carrière. Aujourd'hui, mon approche des Jeux est évidemment très différente."



AFP





















