Il est parfois difficile de refermer certains chapitres. Surtout ceux qui ont mis à mal votre crédibilité au cours de votre carrière. Tout frais champion olympique de l'épreuve sur route, Alexandre Vinokourov en a fait l'amère expérience après sa victoire en conférence de presse. Pas de quoi gâcher sa joie ? Pas sûr.
C'est donc devant Buckingham Palace, ou pas très loin, que le Kazakh a décroché la plus belle victoire de sa vie. Mercredi, le contre-la-montre lui permettra de "tourner une dernière fois les jambes" et de dire adieu au peloton. Définitivement. Juste après être passé rapidement en zone mixte, "Vino" est tombé dans les bras de son manager et d'un ami. Puis après avoir satisfait le traditionnel "doping test", le coureur d'Astana a été chaleureusement félicité par l'Italien Mario Cipollini, presque plus heureux que le héros du jour. Avant de retrouver la presse. Annoncé pour 16h30, il ne s'est présenté que trente minutes plus tard. Les traits tirés et le regard dans le vide. Visiblement éprouvé par les 250 km et les neuf ascensions de Box Hill.
Virenque et Jalabert comme modèles
Avant d'aborder le sujet qui fâche, les journalistes lui ont laissé un peu de répit. Une seule question pour être précis, en kazakh et lui demandant de revenir sur ses sensations après avoir levé les bras. Du politiquement correct. "Ma victoire prouve que je ne suis pas remonté sur le vélo pour rien. J'ai beaucoup souffert dans le passé, à cause de mes chutes notamment. Mais ma famille a toujours été là pour moi". Victime d'une fracture du fémur sur le dernier Tour de France, Vino avait décidé de raccrocher puis était revenu sur sa décision. Bien lui en a pris.
C'est donc après avoir entendu le coureur de Petropavlovsk évoquer un "rêve réalisé", le "fruit de son travail" ou encore une "émotion fabuleuse", que les médias ont soulevé un lièvre : un passé peu glorieux marqué par cette affaire de dopage en 2007 où le fautif avait été contrôlé positif à la transfusion sanguine. En anglais cette fois-ci. Le traducteur a traduit au coureur, rapidement agacé par le manque de tact de ce journaliste anglais, peut-être déçu de ne pas avoir vu Mark Cavendish à la place du Kazakh. "Ce n'est pas le moment de parler de ça. J'ai tourné la page de 2007. J'ai montré à tout le monde que "Vino" était toujours là. C'est ma seule réponse." Avant d'en remettre une couche : "J'ai déjà répondu à ces questions en 2010 (quelques mois après son retour de suspension). Aujourd'hui, j'ai prouvé que je faisais le maximum pour mon sport. Ma vie, c'est le cyclisme."
Puis, il a été question de faire prolonger le plaisir, encore un an. Réponse catégorique : "J'ai décidé que j'arrêtais. C'est une belle fin de carrière, à l'image de celle de champions comme Virenque et Jalabert qui ont dit stop en étant au sommet". Des "modèles" à ses yeux. Avant de refermer cette discussion pour de bon, il a été question une seconde et dernière fois de dopage. Mais de façon plus subtile que le premier essai : Quel était son sentiment sur l'état du cyclisme aujourd'hui ? Nouvelle moue. "Je le répète, ce n'est pas le moment de parler de dopage. Mon sport a beaucoup changé ces dernières années. L'UCI fait énormément de tests. Sur le Tour, il y en aussi. On est sur la bonne voie. Moi, je fais le maximum pour le cyclisme. Après, on ne peut pas surveiller tout le monde. Parfois, il y en a quelques-uns qui fautent". Et qui le payent encore des années plus tard...
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