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Un an après Démare, les Français savent ce qu'ils valent

Un an après Démare, les Français savent ce qu'ils valent

Le 17/03/2017 à 11:29Mis à jour Le 17/03/2017 à 13:52

MILAN - SANREMO - En 2016, Arnaud Démare devenait le premier coureur français à remporter l'un des cinq Monuments du cyclisme au XXIe siècle. Les Bouhanni, Galopin et autre Alaphilippe n'ont pas attendu ce succès pour eux aussi viser les sommets. Ils restent bien déterminés à accompagner le leader du la FDJ au panthéon de leur sport.

Repartons un an en arrière pour mieux se projeter sur la campagne des classiques qui s'ouvre. Après un début de printemps qui avait (déjà) vu Alberto Contador échouer pour une poignée de secondes sur Paris - Nice, le premier Monument de la saison se profilait de l'autre côté des Alpes. À mon grand regret, je n’ai pas vu cette édition historique (au moins pour le cyclisme français) de Milan - Sanremo en direct. J’ai appris le résultat via une de ces alertes que l’application mobile Eurosport permet d’envoyer.

En recevant l’annonce sur mon smartphone, il y a eu un peu d’incrédulité. Quoi, Arnaud Démare vainqueur de la Classicisima ? On lui en connaissait le potentiel, mais il sortait d’une année 2015 ratée qui avait relégué au second plan sa progression vers les sommets. Rares étaient ceux qui en faisaient l’un de leurs quatre ou cinq favoris pour cette Primavera (déjà) promise à Peter Sagan.

Arnaud Démare (FDJ), vainqueur de Milan-Sanremo 2016.

Arnaud Démare (FDJ), vainqueur de Milan-Sanremo 2016.AFP

Il y a aussi eu un frisson. Avec Arnaud Démare (accompagné à la 4e place par Nacer Bouhanni), la France se retrouvait un vainqueur de Monument, près de 20 ans après Laurent Jalabert (Tour de Lombardie 1997).

L'heure d'affirmer ses certitudes

Alors, ce triomphe a-t-il marqué une rupture, un déclic pour le cyclisme français ? Un an plus tard, Arnaud Démare reste le seul Français vainqueur d'un Monument du cyclisme au XXIe siècle. Il s’avance en très sérieux prétendant à sa succession, même si d'autres affirment leurs ambitions dans un début de saison réussi, notamment Julian Alaphilippe. Le Picard biberonné à la FDJ réalise un début de saison conquérant. L'Auvergnat révélé par la Quick Step continue d'impressionner.

On sent plus de certitudes encore chez ces champions et aspirants champions.

Mais ces certitudes, cette conviction de pouvoir regarder le reste du peloton mondial depuis la plus haute marche du podium, il faut surtout les attribuer au talent, au parcours et au caractère de ces coureurs. Voilà déjà plusieurs saisons qu'on les observe grandir peu à peu, persuadés comme eux que leur heure est appelée à venir.

" Si on fait une liste de 10 favoris au départ de n’importe quelle grande classique, on cite au moins un Français "

"Les Français sont complètement décomplexés depuis des années", observe Jacky Durand, consultant pour Eurosport, dernier vainqueur français du Tour des Flandres (1992) et candidat enthousiaste à la prise en main de la sélection tricolore. "Ils ne viennent pas sur les Monuments en spectateur, et ils sont même acteurs sur tous les terrains. Si on fait une liste de 10 favoris au départ de n’importe quelle grande classique, on cite au moins un Français. Je pense que d’ici deux ou trois ans, on aura un champion olympique ou un champion du monde."

Romain Bardet sur le podium du Tour de France 2016

Romain Bardet sur le podium du Tour de France 2016AFP

Les Français ont fait leurs gammes, brillamment

Derrière Arnaud Démare et Julian Alaphilippe, les espoirs tricolores de briller sont nombreux. Il ne s'agit pas là de tous les citer, simplement de s'émerveiller un peu devant une richesse de talents saluée en France et hors de nos frontières - l'idée selon laquelle les successeurs de Bernard Hinault ont été étouffés lors des années EPO et transfusions sanguines s'est imposée à l'étranger.

Nacer Bouhanni (Cofidis) vient de rappeler sur Nokere - Koerse qu'il est l'un des compétiteurs les plus féroces du peloton. Ça tombe bien, il a de grosses envies de revanche sur Milan - Sanremo, dont il disait cet hiver lors d'un long entretien à nos collègues de Vélo Magazine : "Je l'ai dans les jambes."

Vidéo - Avec une énorme marge, Bouhanni a signé son premier succès de la saison

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Tony Gallopin (Lotto Soudal) a réajusté son programme vers les étoiles, en se recentrant sur les flandriennes. Après un début de saison raté, Romain Bardet (AG2R - La Mondiale) a désormais le temps de se reconcentrer, avant d'attaquer la Catalogne et les classiques ardennaises l'esprit et le corps affutés, déterminé à montrer un autre visage. Warren Barguil (Sunweb) a été brillant à Liège l'an dernier, Arthur Vichot (FDJ) revient (très) fort, etc.

Les Français sont naturellement attendus sur les plus grandes courses du monde. Pas parce qu'Arnaud Démare a frustré les Italiens l'an dernier à Sanremo. Mais parce qu'une génération d'une grande densité a eu le temps de faire leurs gammes, et qu'elles ont été brillamment réussies. Les jeunes Français parlent de moins en moins d'apprendre, de plus en plus de gagner à court terme. Plus qu’un déclic, le plus grand succès de la carrière d’Arnaud Démare était une première. Elle ne promet rien pour la suite de son parcours, ou celui des autres Français. Mais elle appelle assurément d’autres triomphes tricolores.

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