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Cyclisme - Mondiaux sur piste

Mondiaux sur piste : François Pervis, ou la galère des champions de la piste

Récent champion du monde du kilomètre, François Pervis peine à vivre de son sport et à boucler certains mois. Il nous confie ses doutes et ses espérances.

 
Pervis, ou la galère des champions de la piste - Cyclisme - Mondiaux sur pisteAFP
 

"Je n'en veux à personne. Je sais que la fédération fait son maximum, avec ses moyens". Tout frais champion du monde du kilomètre, François Pervis n'est pas venu à Minsk pour faire des remous. En proie à de sérieuses incommodités financières, comme l'ensemble de ces sportifs qui génèrent peu de recettes, le pistard tricolore fait preuve, depuis trois ans, de persévérance pour rester au niveau des meilleurs, pour survivre dans un sport "qu'il aime par dessus tout". Ce mercredi, cet acharnement a enfin payé et lui a permis de décrocher une première médaille d'or mondiale. De quoi dégager son horizon pour de bon et lui offrir un avenir meilleur ? Le Lavallois sait malheureusement que ce n'est pas aussi simple que ça.

Sept mois après avoir vu ses ambitions sacrifiées sur l'autel olympique, assurément "la plus grosse déception de sa carrière", Pervis a retrouvé de l'envie et son appétence pour les victoires. "Après Londres, je n'ai jamais pensé à raccrocher, se justifie-t-il. J'aime trop ce que je fais pour arrêter, contrairement à ce que j'ai lu ici où là". A 28 ans, le Mayennais a conscience de vivre les meilleures années de sa vie de pistard. Contrairement à ses compatriotes Grégory Baugé ou Kevin Sireau, tous deux champions du monde à 22 ans, lui s'est construit sur le tard. L'acmé de sa carrière, c'est maintenant.

"Physiquement, je n'ai jamais été aussi fort. Depuis deux-trois ans, j'ai pris 'de la tête', comme on dit. Je sais que je suis proche du but. Le plus beau reste à venir", nous confiait-t-il juste avant le début des épreuves en Biélorussie. Dans le mille. Très marqué par son éviction londonienne, Pervis semble déjà tourné vers Rio 2016 : "Dans trois ans, je n'aurai que 32 ans. Je ne serai pas trop vieux", rigole celui qui rêve de devenir directeur sportif d'une équipe sur route après sa carrière. Ou d'apporter son expertise, à l'instar d'un Erik Zabel chez Katusha.

2 000 euros pour Pervis, 50 000 pour un Britannique

Mondiaux sur piste : François Pervis, ou la galère des champions de la piste - Cyclisme - Mondiaux sur piste D'ici là, sa situation financière aura peut-être évolué. Son titre planétaire doit l'y aider en tout cas. Installé depuis peu à Fontenay-sous Bois (94) avec sa compagne, Pervis a quitté l'INSEP pour de bon. Pour le plus grand bonheur de sa fédération, qui prenait en charge 75% de son loyer de 300 euros mensuels. "C'est ma fiancée toute seule qui s'est engagée sur 25 ans pour l'achat de l'appartement. Avec ma situation actuelle, les banques sont frileuses et ne veulent pas me prêter de l'argent." De sa chambre d'étudiant de 12 m², le Français a doublé sa superficie habitable : "Ça reste petit pour vivre à deux, et encore plus pour fonder une famille. Mais, on est propriétaire. Pour un début, c'est bien."

Tous les ans, en plus du matériel qui lui est prêté - "un vélo complet avec des roues de course coûte 13.000 euros" -, Pervis reçoit 2.000 euros d'"aides personnelles" de sa fédération. Un montant évidemment insuffisant pour faire vivre son homme, déterminé par la DTN et qui varie selon la situation du coureur. Pour l'anecdote, de l'autre côté de la Manche, chaque pistard britannique perçoit 50.000 euros par an. Vingt-cinq fois plus. Pervis précise : "C'est du cas par cas. Cette aide n'est pas la même si je vis à l'extérieur de l'INSEP, si je suis marié, si j'ai des enfants, et dépend aussi de notre palmarès. Un coureur qui vient d'arriver ne reçoit pas la même somme que les 'anciens'." Pour mettre ses soucis de côté, le Français a besoin d'environ 30.000 euros par an. Et à chaque exercice, c'est la même galère. Encore plus en 2013 : "Depuis le 1er janvier, je ne touche plus le chômage. Je n'ai pas de salaire. Je ne peux rien prévoir sur le moyen terme, et encore moins sur le long terme".

"Moins j'en dis, mieux c'est"

L'an dernier, trois partenaires s'étaient manifestés (*). "En 2013, je n'ai pas eu le temps de les relancer, regrette Pervis, aidé également par Kia qui lui prête un véhicule. J'étais au Japon jusqu'à Noël. Ma saison se finit quasiment après ces Mondiaux. C'est une année plus compliquée que les autres." Sur le montant total de ses aides, Pervis ne veut pas trop développer :"Moins j'en dis, mieux c'est, mais ça représente beaucoup moins que 20.000 euros. Si c'était le cas, je ne demanderai pas 30.000 euros à côté."  

L'ambition de son président de club à Laval de créer une future équipe sur route DN3 (troisième niveau national) pourrait apporter de l'eau à son moulin et de l'argent à son compte en banque. Une rencontre avec le chocolatier Monbana est d'ailleurs prévue pour mars. Selon nos informations, le groupe Séché, qui sponsorise déjà l'équipe professionnelle Bretagne, s'est déjà engagé pour la création de cette structure. "Mais on n'y est pas encore..."

Enfin, le projet récemment dévoilé par le président David Lappartient, qui souhaite monter une équipe professionnelle multidisciplinaire de haut niveau, doit ouvrir d'autres perspectives à son sport. Lui préfère rester modéré. "On en est encore loin. Ils doivent réunir 20 millions d'euros. Mais si ce projet voit le jour, on ne perdra plus d'énergie à démarcher les sponsors et on pourra se concentrer sur la piste". Jusqu'à preuve du contraire, c'est de loin, ce que François Pervis fait de mieux.

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(*) Le chocolatier Monbana, le groupe Lucas (une entreprise mayennaise) et l'association bleu-blanc-coeur.

 - Eurosport@FX_Rallet
 
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