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Alaphilippe n’a pas de regrets… la France, elle, peut en avoir

Alaphilippe n’a pas de regrets… la France, elle, peut en avoir

Le 24/09/2017 à 22:19Mis à jour Le 24/09/2017 à 22:28

MONDIAUX 2017 - A quelques kilomètres près, la France tenait (enfin) le successeur de Laurent Brochard, vingt ans après San Sebastian. Le bilan aurait été magnifique mais trompeur. Oui, l’offensive de Julian Alaphilippe dans Salmon Hill a bien failli aller au bout. Mais l’équipe de France a pour autant raté ses Mondiaux, tant dans ses idées que dans l’application de celles-ci.

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"On n'est pas sûrs d'être les plus forts, mais on essaiera d'être les plus malins". L’idée de Cyrille Guimard avant le départ aura finalement été bien loin de la réalité lors de la course en ligne des championnats du monde, dimanche à Bergen. Après coup, on se rapprocherait plus du "on avait le plus fort mais on a mal joué le coup". Et c’est sans doute encore plus frustrant.

Bien sûr, le bilan de la course des Tricolores serait bien différent si Julian Alaphilippe avait tenu deux kilomètres de plus. Avec des "si", on pourrait changer l’histoire et les régulières déceptions tricolores aux Mondiaux. Voici plus de vingt ans que les Français n’ont plus goûté au succès. Avec Cyrille Guimard et sa volonté d’une équipe à "plusieurs options", les Bleus se voulaient de nouveau parmi les nations qui pèsent sur la course. Sauf qu’à trop garder ses options, l’équipe de France en a oublié sa stratégie. Celle d’animer la course et d’empêcher un sprint final.

A jouer au plus malin, les Bleus ont été passifs…

Sans star comme la Slovaquie, la Norvège ou l’Australie, moins bien armée que la Belgique, la France n’avait pas à supporter le poids de la course sur ses épaules. Un statut d’outsider qui aurait dû permettre aux Bleus de se cacher jusqu’aux cent derniers kilomètres et à la grande bagarre. Jusque-là, le plan a été facilement respecté à la lettre, le peloton étant resté groupé jusqu’à 80km du but. Et c’est justement là que le bât blesse. Sans sprinteur, l’équipe de France avait tout intérêt à voir la course durcie de loin pour favoriser Alaphilippe, par ailleurs irréprochable. Mais les Bleus sont restés passifs, attendant la prise d’initiative de la Belgique, des Pays-Bas ou de l’Italie. Et lorsque la course s’est lancée, avec l’offensive de Wellens, les Tricolores ont encore privilégié l’inaction.

… sauf lorsqu’il aurait fallu l’être

Globalement, jusqu’au dernier tour, l’équipe de France a couru à contre-temps. Passifs pendant quasi 200km, les hommes de Cyrille Guimard se sont retrouvés piégés à la suite de l’attaque du Belge Tim Wellens qui emmenait dans sa roue un Italien, un Norvégien, un Australien, un Néerlandais ou encore un Espagnol. Bref, beaucoup de grosses nations représentées à l’avant et des Français pris entre deux eaux : continuer à rester discret et profiter du travail des autres en prenant le risque que ça parte ou rouler pour faire l’effort de suite.

Les Tricolores ont pris la deuxième option. La plus sûre mais pas forcément la meilleure. Sans jamais réussir à opérer la jonction, les Bleus ont perdu équipier après équipier avec Le Gac, Calmejane puis Roux qui ont explosé. Avec Gougeard "out" sur abandon, cela faisait quatre hommes en moins dans le final. Beaucoup quand on sait qu’ils étaient 107 dans le peloton à l’entame du dernier tour.

Se priver de sprinteur, la fausse bonne idée

Même si Julian Alaphilippe a bien failli convertir en arc-en-ciel le choix de Cyrille Guimard de se priver d’un sprinteur, le constat final est pourtant sans appel : six des huit premiers de cette course en ligne messieurs des Mondiaux sont des spécialistes de la dernière ligne droite. Tous passent bien les bosses, bien sûr, mais ils n’en restent pas moins des sprinteurs, capables de gagner dans des emballages massifs. Une option dont l’équipe de France s’était volontairement privée.

Arnaud Démare

Arnaud DémarePanoramic

Les raisons étaient aussi bonnes que la finalité est terrible : si un Démare tenait la même forme que fin août, lorsqu’il avait pris la 2e place de la Cyclassics Hamburg, devant Kristoff (4e) par exemple, le vainqueur de Milan-Sanremo 2016 aurait pu avoir sa place dans le final, même en ayant joué la carte Alaphilippe. Peut-être ne l’aurait-il pas eu. Mais, vu le scénario et le podium, sa présence aurait pris tout son sens. Et le titre mondial serait peut-être au bout.

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