On ignore dans quelles eaux naviguera Janez Brajkovic au classement général le 17 septembre à Madrid. Peut-être sera-t-il très loin. Possible. Mais quoi qu'il arrive dans les deux prochaines semaines, le Slovène aura marqué les esprits. On retiendra de sa Vuelta qu'il fut le seul à répondre avec une sacrée aisance au démarrage de Danilo Di Luca dans la première grande étape de montagne. C'est ce qui s'appelle une révélation. Brajkovic est sans doute né véritablement en ce 30 août sur les pentes de la Covatilla. Au moins aux yeux du grand public.
La nouvelle perle de l'équipe Discovery Channel pointe aujourd'hui à la deuxième place du général, derrière Di Luca, à quatre petites secondes de l'Italien. Il en est le premier surpris. "En fait, je ne m'attendais pas à être aussi bien, car lors des premières étapes, je ne me sentais pas très bien, même si, mardi, les jambes ont commencé à tourner un peu mieux", explique-t-il. Pas vraiment sûr de sa force, il s'est montré prudent, avant de lâcher les chevaux: "Je suis resté tranquille en début d'étape dans les premières montées pour sauver de l'énergie. L'idée, c'était d'aider Tom Danielson ."
Il sait tout faire
Du coup, Brajkovic s'est retrouvé tout surpris de constater que, contrairement à lui, Danielson n'avait pas suivi le rythme imposé par Di Luca. Un peu perdu, le Slovène a provoqué la colère de Di Luca en ne prenant pas un seul relais. "Je me suis contenté de suivre sa roue, mais je ne pouvais pas faire autre chose", assure-t-il. Finalement battu au sprint, "Brajko" n'a pas perdu son temps. "Je suis vraiment content de ce que j'ai réussi. C'est très encourageant pour la suite des évènements ", dit-il timidement.
S'il a incontestablement franchi un cap mercredi, compte tenu du contexte et du niveau de la course, Janez Brajkovic n'est toutefois pas un inconnu. On l'avait découvert lors des Championnats du monde 2004, à Vérone. Dans la catégorie Espoirs, il s'était imposé dans le contre-la-montre, devant deux jeunes stars ayant fait depuis leurs preuves chez les grands, Thomas Dekker et Vincenzo Nibali, récent lauréat du Grand Prix de Plouay. Preuve que le jeune homme sait tout faire. Grimper, on l'a vu sur les hauteurs de Bejar, mais aussi rouler. Autant dire qu'il est taillé pour les grands Tours.
Beltran: "Janez sera un très grand"
Un an plus tard, toujours dans le cadre des Mondiaux, il s'était offert deux places d'honneur: 10e du chrono et 11e de la course en ligne. Plus près de nous, on l'a vu très solide au printemps, au cours duquel il a terminé successivement 5e du Tour de Catalogne puis du Tour de Suisse. Des résultats qui ne trompent pas. Manuel Beltran, son expérimenté coéquipier chez Discovery, ne pense que du bien de lui. "Janez sera un très grand coureur", juge l'Espagnol. Di Luca se dit lui aussi bluffé: "je me suis méfié de lui jusqu'au bout, car il était très costaud, je le sentais ."
A quatre mois de son 23e anniversaire, Brajkovic va devoir apprendre à assumer son nouveau statut. Désormais, on va le surveiller dans le peloton. Mais le garçon reste calme. Et modeste. "Tom Danielson reste notre leader. De toute façon, je ne crois pas que je sois capable de garder ce niveau de forme pendant trois semaines ", estime le Slovène. De lui, on sait encore peu de choses. Il se définit comme un bon rouleur, un bon grimpeur et un descendeur kamikaze. "Je suis dingue", rigole-t-il. On sait aussi qu'il déteste la pluie et le froid (vu le climat qui règne sur la Vuelta, il ne risque pas grand chose pour l'instant), et que son rêve est de gagner un jour le Tour de France. Après ce qu'on a vu à La Covatilla, on ne jurera pas qu'il n'y arrivera pas un jour...
- Sur ce sujet
- Plus d'infos



Imago




















