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Contador, merci pour tout ou bon débarras ?

Contador, merci pour tout ou bon débarras ?

Le 18/08/2017 à 14:32Mis à jour Le 18/08/2017 à 18:03

Un énorme palmarès, des zones d'ombre, une suspension pour dopage et un style offensif trop rare de nos jours. Alberto Contador est tout cela à la fois. A l'heure où l'Espagnol s'apprête à raccrocher à l'issue de la Vuelta, faut-il regretter son départ ou se satisfaire de la fin de carrière d'un champion qui n'a pas échappé aux polémiques de son époque ?

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Dans trois semaines, Alberto Contador appartiendra au passé. L'Espagnol a choisi d'achever la quinzième et dernière saison de sa prolifique carrière chez lui, à l'occasion de la Vuelta. A bientôt 35 ans, le bout de la route était devenu le choix le plus raisonnable pour un coureur qui avait toujours l'envie, mais plus les moyens de dominer, de gagner, de régner. Quoi que l'on pense de lui, Contador aura été un des personnages centraux du cyclisme de ces quinze dernières années. Avec Tom Boonen et Fabian Cancellara, sans doute en aura-t-il même été la plus grande figure. Pour le meilleur ou pour le pire. Pour le meilleur et pour le pire.

Le départ à la retraite du Pistolero inspirera des sentiments contradictoires. Pour certains, rien à faire, il est et restera un vulgaire dopé parmi d'autres, "Monsieur Steak", l'homme qui a vu son palmarès amputé de deux grands tours parce qu'il n'était qu'un vulgaire tricheur. Pour d'autres, Contador, c'est un grand champion, une capacité d'accélération unique en montagne et un CV long comme le bras.

A l'heure où la vision manichéenne du monde et de toutes ses composantes fait presque office de philosophie, où tout a besoin d'être tout blanc ou tout noir, le cas Contador ne manque pas d'intérêt. Sur la balance de sa postérité, les poids cherchent encore leur équilibre. Ni moi, ni vous, ni même lui ne sommes aujourd'hui en mesure d'affirmer la trace qu'il laissera. Le temps le dira.

Comment la postérité le regardera ?

Depuis les années 90 et la génération EPO, le cyclisme a été gangréné comme jamais par le fléau du dopage. Il est difficile de trouver un acteur majeur de cette période qui soit passé entre les averses. Armstrong, Museeuw, Ullrich, Pantani, Vinokourov, Valverde et tant d'autres. Parmi les anciens dopés, dans le traitement médiatico-populaire, il y a "bons" et les "mauvais". Les vrais salauds, ceux qu'on bannit des palmarès, tricards à jamais, et ceux à qui on pardonne. Un peu, beaucoup, ou complètement.

Je suis toujours frappé de voir que Pantani, par exemple, bénéficie d'une forme d'indulgence, quand un Ullrich, lui, n'a pas encore joui de la prescription même partielle de ses crimes, jusqu'à ne pas être invité au Grand départ du Tour 2017 à Düsseldorf. Dans le cas de Pantani, on pourrait avancer que sa disparition précoce et dramatique en 2004 a adouci les critiques - on ne crache pas sur un mort - mais ce serait oublier que le grand pardon pour le Pirate avait commencé avant.

Dans ce drôle de concert, où se situera Alberto Contador, paradoxalement passé à travers les énormes orages de l'affaire Puerto, mais inondé par une goutte de clenbutérol ? Comment le regarderons-nous dans cinq, dix ou quinze ans ? Mansuétude ou condamnation à perpétuité ? Grand champion ou imposteur ? Je peux me tromper, mais je lui vois plus une destinée posthume (sportivement parlant) à la Pantani qu'à la Armstrong ou à la Ullrich. Ce n'est pas affaire de palmarès, même si celui-ci est édifiant. Malgré l'amputation du Tour 2010 et du Giro 2011, le Madrilène reste avec Bernard Hinault le seul champion de l'histoire du cyclisme avec au moins deux victoires dans chacun des trois grands tours sur sa carte de visite. Il est, de fait, un des plus grands coureurs de l'histoire des courses par étapes.

Alberto Contador en rose sur le Giro, qu'il a remporté à deux reprises.

Alberto Contador en rose sur le Giro, qu'il a remporté à deux reprises.AFP

Contador n'était pas un saint, mais au moins n'était-il pas un épicier

Mais si Contador a quelque chance de bénéficier d'une certaine indulgence, c'est pour son approche de la course. Appelez ça le panache, ou comme vous voudrez. Mais en ces temps où le cyclisme est devenu très stéréotypé pour tout un tas de raisons, le Castillan a toujours eu en lui une double faculté à abolir l'ennui du (télé)spectateur et à placer ses adversaires dans une forme d'inconfort. On l'aurait bien vu courir sans oreillette, et on ne dirait pas ça de beaucoup de ses contemporains... Les coureurs prêts à risquer de tout perdre pour gagner sont rares de nos jours, où, sur le Tour de France, on pousse l'absurdité jusqu'à voir des équipes rouler pour protéger une 12e place au général. Contador n'était pas un saint, mais au moins n'était-il pas un épicier.

C'est cela que j'ai tant aimé chez lui. Avec Contador, j'avais toujours le sentiment que quelque chose pourrait ne pas se passer comme prévu et qu'en tout cas, il ferait tout pour qu'il en soit ainsi. Et cela, ce n'est pas affaire de clenbutérol. On a connu des sur-dopés chiants à mourir. Attention, le panache n'est pas un alibi au dopage. L'un n'excuse pas l'autre, ce serait trop facile. Mais à l'instar d'un Pantani qui, même confondu par les affres de son époque, a fasciné et inspiré, Contador ne sera probablement pas réduit aux turpitudes qui ont émaillé sa carrière, même s'il ne faudra surtout pas les oublier. Comme si l'esprit chevaleresque était soluble dans l'EPO ou le clenbutérol.

A titre très personnel, peu de champions m'auront procuré plus de plaisir et d'excitation qu'Alberto Contador. Or c'est une chose qui ne se commande pas. C'est de l'ordre du ressenti, de la réaction presque épidermique. De lui, du point de vue de la course, je garderai un regret et deux souvenirs. Le regret, c'est l'absence d'une rivalité identifiable et durable. Il n'aura jamais eu son nemesis, ce que Boonen fut à Cancellara et vice-versa. L'un a grandi l'autre. Andy Schleck aurait pu être celui-ci mais il a disparu trop vite et nous a laissés trop peu. Chris Froome, nouveau maitre du Tour, est lui arrivé trop tard dans la carrière déjà déclinante de l'Espagnol.

Alberto Contador et Chris Froome

Alberto Contador et Chris FroomeAFP

La zizanie, une dernière fois ?

Quant aux deux souvenirs, ils me semblent symboliser assez bien ce qu'aura été Alberto Contador. Le premier date de Paris-Nice 2009. La veille de l'arrivée, l'ami Alberto a pris un énorme bouillon dans les quatre derniers kilomètres de l'étape. La défaillance de Fayence. Une de ses plus grosses débâcles, qui plus est du temps de sa splendeur. Le lendemain, lors de l'ultime étape, perdu pour perdu, il va foutre un bazar pas possible en attaquant après seulement 40 kilomètres. Luis Leon Sanchez sera en panique, Contador maillot jaune virtuel mais, au final, un gain marginal de 24 secondes. Contador restera 4e.

Le second, c'est Fuente Dé, sur la Vuelta 2012. Le jour où, sur une étape de moyenne montagne, qui n'avait rien pour être décisive, El Pistolero a renversé la table et une situation compromise pour déboulonner Joaquim Rodriguez et aller chercher le maillot rouge. Un fabuleux coup de maître.

Tout Contador tient dans ces deux journées de course. Un échec, une réussite, mais une même absence de renoncement. Vaincu, vainqueur, mais toujours avec style. Il vous reste trois semaines pour en profiter ou le subir, selon votre sensibilité. Pour ma part, je ne serais pas fâché s'il pouvait semer une dernière fois la zizanie. Quelque chose (ou plutôt quelqu'un, lui) me dit qu'a minima, il essaiera.

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