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La dernière conquête de Contador

La dernière conquête de Contador

Le 11/09/2017 à 15:06Mis à jour Le 11/09/2017 à 20:32

TOUR D’ESPAGNE 2017 - Sa victoire sur l’Angliru a magnifié une légende déjà riche en nombreux exploits sportifs. Mais Alberto Contador a également su profiter de sa dernière course pour parfaire sa relation parfois difficile avec le public.

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Difficile de trouver meilleur témoin que Jesus Hernandez pour évoquer les dernières heures d’Alberto Contador dans les pelotons professionnels. Coéquipiers pendant onze saisons, les deux Espagnols ont fait une large partie de leur carrière ensemble, l’un dans l’ombre de l’autre, au point qu’Hernandez, gregario parmi les gregarii, vient lui aussi de mettre un point final à sa carrière de cycliste à l’issue de cette édition de La Vuelta, le 9e Grand Tour qu’il courait au côté de sa superstar d’ami.

À ses yeux de témoin privilégié, le dernier rendez-vous de Contador le coureur professionnel avec son public espagnol a signé “les adieux dont Alberto a toujours rêvé. Il ne s’agit pas de victoire, mais de l’affection du public”. Hernandez tenait ces propos vendredi dernier, après avoir vu son leader lancer une quantité invraisemblable d’attaques sans pour autant lever les bras. Peut-être reviendrait-il dessus maintenant que le Pistolero a dégainé une dernière fois sur l’Angliru.

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" Il n’est pas sympa avec les supporters, trop distant"

L'Espagnol est ensuite rentré dans le rang, avant de s’offrir un dernier tour d’honneur après l’arrivée de l’étape. Mais ce vendredi, donc, lorsque Hernandez s’enthousiasmait des preuves d’amour dont Contador a fait l’objet trois semaines durant, les coureurs s’apprêtaient à retrouver les routes sur lesquelles Contador a signé l’exploit de Fuente Dé. Le souvenir était présent dans tous les esprits et toutes les bouches, notamment celle de sa garde la plus rapprochée (son DS Ivan Basso, son frère Fran Contador, son communicant de confiance Jacinto Vidarte…), qui devisait sur le sujet au petit-déjeuner. À la table voisine, Contador se faisait en silence une tartine de Nutella dans la salle de réception d’un hôtel de Comillas, riche station balnéaire de Cantabrie.

Dans cinq, dix, quinze ans, à Comillas, Pinto (la ville de Contador) ou beaucoup plus loin, on parlera encore de Fuente Dé. Et ceux qui ont pu accompagner de près ou de loin cette dernière tournée de Contador garderont un souvenir tout aussi ému des trois semaines qui viennent de s’écouler. La dernière du Pistolero ne pouvait être un simple tour d’honneur, aussi spectaculaire ce tour d’honneur soit-il. Mais Jesus Hernandez a raison, il se jouait quelque chose de différent dans la relation entre le public et l’un des grands champions de son siècle.

Pendant trois semaines, cette Vuelta a été la meilleure occasion pour les aficionados de dire “Gracias Contador”. Et le Madrilène a su répondre à ces remerciements mieux que jamais. Si de ce côté des Pyrénées on retient surtout l’épisode du steak à son encontre, les supporters ibères lui reprochent plutôt sa relation avec ceux qui viennent demander un autographe ou une photo après l’avoir encouragé sur le bord des routes. J’avoue avoir été drôlement surpris lorsqu’un groupe d’inconditionnels de la bicyclette exprimait ses réserves lors de La Vuelta 2014, la première que je couvrais sur le terrain, la troisième que Contador dominait. “On ne l’aime pas vraiment”, m’expliquaient-ils. “Il n’est pas sympa avec les supporters, trop distant.”

Résumé plus crument par un fin connaisseur des pelotons, qui a côtoyé le Pistolero pendant toute sa carrière et s’est toujours enthousiasmé pour ses exploits, ça donne cette sentence sévère : “Avec lui, ça a toujours été ‘tout pour ma gueule’.”

Le tueur s’est ouvert aux supporters

Ces dernières semaines, ces griefs se sont envolés. D’abord parce que la proximité du grand départ du grand Alberto a rappelé à quel point il allait manquer à tout le monde. Ensuite, parce qu’il a encore couru “avec le coeur, la tête et les jambes”, offrant un invraisemblable spectacle sur une épreuve par ailleurs bien verrouillée par les Sky. Enfin, parce que, “beaucoup plus détendu” selon son propre diagnostic, il a su prendre sa part dans cette communion, exprimant sans cesse sa reconnaissance devant un soutien désormais inconditionnel.

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Avec ses défauts et ses qualités, Contador laissera une trace unique. Devant ses adieux auréolés de succès, ses collègues ont multiplié les hommages. “Bravo à lui”, a salué Chris Froome. Le Britannique est le seul rival à avoir véritablement su dompter le Pistolero… mais, emporté par la fougue de Contador l’an dernier vers Aramon Formigal, il pourrait aussi reprendre à son compte la description de Joaquim Rodriguez, la grande victime de Fuente Dé :

"Un tueur. Tu savais que s’il devait mourir pour te tuer, il le faisait… mais il te tuait. Tu ne pouvais pas te relâcher une seconde. Maintenant que je ne cours plus, je l’aime, il faudrait plus d’Alberto. Mais quand c’est ton rival… Tu l’as dans le cul ! Si ce n’est pas en montée, il t’attaquera en descente ou il te fera une bordure. Il joue avec tes couilles tout le temps. Même s’il est mort, il va te baiser."

C’est pour cette combativité hors-norme, accompagnée de tant de preuves de panache, que le public a voulu remercier Contador. “Les supporters ne viennent pas me parler de mon palmarès, mais de ces étapes comme Fuente Dé qui ont marqué ma carrière”, observe le premier concerné. Infatigable, il attaquait sans cesse, pour lui. Après avoir tant donné sur la route, il était grand temps de prendre la parole pour lui aussi dire “gracias” : “Je ne peux que remercier tout le monde pour l’affection qu’ils m’ont donné durant cette Vuelta et durant toutes ces années. Si le cyclisme a du sens, c’est grâce aux supporters.”

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