Cyclisme - Tour de France

09/07/2006 - 11:15

Légendes: Louison Bobet


Porté par son ambition, sa volonté à toute épreuve et sa foi en lui-même, Louison Bobet a su traverser les épreuves pour devenir le maître du Tour de France trois années durant. Il fut d'ailleurs le premier coureur à remporter trois fois consécutivement la Grande Boucle.

Bien avant de devenir Louison, héros de tout un pays, le jeune Louis Bobet développe des aptitudes naturelles évidentes à la pratique du sport. Le Breton se distingue dans toutes les disciplines dans lesquelles il évolue, du football au tennis de table, dont il devient champion régional peu avant la Seconde Guerre Mondiale. C'est finalement vers le cyclisme qu'il se dirige, y consacrant toute son énergie dès la fin des années trente, alors qu'il n'est qu'un adolescent.

Bobet n'était pas forcément le coureur le plus doué de sa génération, loin de là. Tout ne sera d'ailleurs pas simple pour lui. Son ascension vers les sommets se fera progressivement et avant de connaître la gloire, le Breton va passer par des moments difficile. "Ce qui l'a sauvé, confie son ami Raphael Geminiani, avec qui il effectue ses débuts en 1943, c'est qu'il était terriblement ambitieux. Dans ce milieu, c'est une qualité indispensable."

Un épisode fameux rend bien compte de cette ambition. Lors du Tour 1950, Bobet attaque à 180 kilomètres de l'arrivée dans l'étape Briançon-St-Etienne, avec la volonté d'arracher le maillot jaune des épaules de Ferdi Kubler. Un peu optimiste, il paie son audace, s'effondre et perd cinq minutes à l'arrivée. "Si tu étais resté tranquille, tu aurais fini deuxième du Tour ", lui dit Kubler. "Ah oui, et alors? La deuxième place, je m'en fous, seule la première m'intéresse", répond Bobet.

"La Bobette"

Cette ambition va lui permettre d'endurer les échecs de son début de carrière, voire les humiliations, qui émaillent ses premiers pas sur le Tour. Sa première Grande Boucle en 1947, se solde par un abandon après une chute, pourtant sans gravité, dans les Gorges du Queyras. Un peu vite, un peu méchamment aussi, il se voit affublé d'un surnom peu enviable: la "pleureuse", ou encore, la "Bobette". Quelques années plus tard, personne ne songeait plus à l'appeler ainsi. Il allait devenir Louison.

Le respect, celui de ses pairs, et celui du public, Bobet le gagne en 1948, dans un combat à la loyale avec le grand Gino Bartali. L'Italien finira par imposer sa loi, non sans tirer un coup de chapeau au Français, qu'il juge déjà, à 24 ans, comme un grand champion. Le vénérable Alfredo Binda, directeur sportif italien, ne dit pas autre chose: "Si je l'avais dirigé, c'est lui, Bobet, qui aurait gagné le Tour, et non Bartali ". Le sacre de Bobet semble alors programmé. Il va pourtant l'attendre encore cinq longues années.

Malgré ses qualités et son professionnalisme, Louison Bobet suscite plus de scepticisme que d'enthousiasme au départ de l'édition 1953. Pour beaucoup, il a laissé filer sa chance. Il souffre par ailleurs d'une induration récurrente, qui lui pourrit sa vie et sa carrière. Le dernier Giro a tourné au calvaire pour le Breton, contraint d'abandon sous la neige à deux jours de l'arrivée. Jusqu'au dernier moment, il hésite à s'aligner sur le Tour. Mais à 28 ans, le temps ne joue plus en sa faveur. Il décide de prendre le risque. Bien lui en prend.

La naissance d'un leader

Ce Tour, Bobet va le gagner en s'affirmant au beau milieu de l'épreuve comme le seul leader valable d'une équipe de France au bord de la crise de nerfs. Excédé par les rivalités internes entre ses principaux cadors, Marcel Bidot met les choses au clair à Béziers. "Je ne poserai la question qu'une fois, et j'attends une réponse nette. Lequel peut ramener le maillot à Paris? ", interroge Bidot. Geminiani et Lauredi avouent leur incertitude quant à leur forme du moment. Bobet ne se défile pas, et promet d'abandonner ses prix si l'équipe se met à son service.

La carrière de Louison vient de basculer. Ce soir-là, il s'affirme leader, verbalement. Les jours suivants, il ajoute les actes à la parole en s'imposant à Briançon, en montagne, puis contre-la-montre, entre Lyon et Saint-Etienne. La gloire lui appartient enfin et le Tour de France entre dans les années Bobet. En 54, il prend sa revanche sur un Kubler vieillissant, et mate l'ambition grandissante de Gilbert Bauvin qui le malmène dans les Pyrénées. Ce deuxième succès, c'est celui d'un vrai patron.

A force de travail

Le troisième, et dernier, l'année suivante, s'avère plus laborieux. Gêné par un furoncle mal placé qui l'empêche pratiquement de s'asseoir sur sa selle tout autant que par le panache de Gaul et Brankart, Bobet gagne le Tour en grimaçant. Il n'en sort que plus admiré et plus adulé. Le voilà à l'apogée de sa carrière sportive, là où il a toujours rêvé d'être: tout en haut. Il y restera jusqu'à la fin de sa carrière, même si les victoires se feront plus rares.Et c'est sur le toit du Tour, au sommet de l'Iseran, que Bobet choisit de se retirer pour de bon, en 1959.Tout un symbole.

Par sa volonté, Louison Bobet demeure un exemple dans l'histoire du cyclisme. A force de travail, le rouleur moyen qu'il était s'est transformé en vainqueur du prestigieux Grand Prix des Nations. Il n'était pas un sprinter de premier ordre, mais il finit pourtant par gagner le Tour des Flandres et le championnat du monde au finish. En montagne, il n'était pas Charly Gaul, et c'est pourtant lui qui mit le Luxembourgeois à ses pieds dans les Alpes en 1955.

Une fois sa carrière de champion achevée, il mit son ambition, son sérieux et sa volonté au service de sa reconversion, admirablement réussie. Bobet crée une chaîne de centres de thalassothérapie, dont le développement survivra à sa propre disparition, survenue bien trop tôt, en 1983. 24 heures après son 58e anniversaire, Louison Bobet rejoignait Coppi, Bartali et les autres au paradis des dieux du Tour. Son voeu était exaucé...

Eurosport - Laurent VERGNE
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