La passe d'armes du sprint mondial est effective. On s'en doutait, les quatre premières arrivées jugées en nombre l'ont confirmée: le nouveau roi du sprint se nomme Mark Cavendish. A Narbonne, jeudi lors de la 12e étape, le Britannique a signé sa (déjà) troisième victoire depuis Brest. Il avait déjà dicté sa loi à Châteauroux sous le soleil et à Toulouse sous la pluie. Dans l'Aude, une fois encore, la fusée de Columbia a démarré derrière ses rivaux et avalé tout le monde. Seuls Sébastien Chavanel (Française des Jeux) et Gert Steegmans (Quick Step) ont réussi à prendre sa roue, mais bien loin du compte à l'arrivée.
A l'arrivée, Cavendish, déjà vainqueur de cinq étapes dans les grands Tours (3 en France et 2 en Italie), s'enthousiasmait comme pour sa toute première et il ne manquait pas de remercier un à un tous ses équipiers, Gerald Ciolek en tête, l'Allemand ayant réussi à le mettre sur la rampe de lancement idéalement dans le final. Mais le gros du travail, le coureur de Columbia l'a de nouveau effectué en solitaire, dans la roue des derniers Quick Step qui tentaient d'emmener Steegmans. Quel aurait été le résultat si le travail avait été effectué pour Tom Boonen ? On ne le saura jamais et l'ancien porteur du maillot vert peut assister sur son canapé au sacre de la jeune génération des Cavendish, Sébastien Chavanel et autres Gerald Ciolek. Annoncé à la Milram, ce dernier sera incontestablement le rival numéro un de Cavendish lorsqu'il n'aura plus à travailler pour lui.
Le nouveau roi du sprint
Cavendish est plus précoce que les Erik Zabel (4e à Narbonne) ou autres Robbie McEwen (11e et distancé dans toutes les arrivées), anciens ténors de la discipline quelque peu dépassés depuis le départ. L'Allemand et l'Australien ne remportèrent leur première étape qu'à 25 ans. A 23 ans, il est en passe de devenir déjà le nouveau roi de la vitesse sur route grâce à une technique très particulière acquise sur piste. La piste des Jeux Olympiques qui reste son objectif numéro un et qui pourrait le priver d'une victoire sur les Champs-Elysées le 27 juillet, même s'il ne compte pas abdiquer jusque-là: "Je n'ai pas l'intention d'arrêter, même si je me sens un peu fatigué", déclarait-il à l'arrivée à Toulouse. "Je vais devoir voir au jour le jour, comme j'ai fait au Giro. J'avais réussi à rallier Milan, je veux faire pareil sur le Tour. Dire que je n'irai pas à Paris, ce ne serait pas respectueux pour mes coéquipiers". Le maillot vert en revanche, ce n'est pas pour tout de suite. "Je ne suis pas physiquement capable de faire la course au maillot jusqu'à Paris ", reconnaît-il.
En attendant, le Britannique est déjà entré dans l'histoire de son pays en devenant le premier sujet de sa Majesté à s'adjuger trois étapes lors de la même édition (ndlr: précédant record de deux étapes pour Barry Hoban en 1969 et 1973, pour un total de 8 étapes en carrière). Avec un Tour 2008 annoncé pour les grimpeurs, il en est déjà l'un des principaux acteurs avec trois succès dans sa besace. Il confirme ainsi la force de la formation de Bob Stapleton, équipe ayant signé le plus grand nombre de succès depuis le début de l'année (24).
Journée tranquille pour Evans
Terminée avec le sacre de la jeunesse du sprint, la journée avait commencé par la déchéance d'une star annoncée, celle de Riccardo Ricco contrôlé positif à l'EPO lors du chrono de Cholet. Un séisme qui avait mis un coup sur la tête du peloton et entraîné dans sa chute toute son équipe Saunier Duval, privée de départ par ses dirigeants. C'est dans cette atmosphère nauséeuse d'un sport qui ne se sort pas de ses affaires de dopage que l'étape débutait sur un rythme pourtant très élevé (51km/h de moyenne pour la première heure). Samuel Dumoulin, vainqueur à Nantes, et Arnaud Gérard en profitaient pour partir seuls aux avant-postes. 125km d'échappée en vain, épaulés par la suite par le Basque Juan Jose Oroz, tant le peloton ne voulait pas laisser passer une nouvelle arrivée au sprint dans cette période de transition vers les Alpes.
Jamais leur avance ne dépassera les quatre minutes jusqu'à la jonction à 9km de Nîmes et la mise en route des équipes de sprinters. Auparavant, la course aurait bien pu vivre un premier tournant. Dans une portion plane et en ligne droite, on pensait l'heure de la bordure venue. La Caisse d'Epargne, la Liquigas et la CSC haussaient le ton et venaient se placer en tête aux côtés des Silence-Lotto du maillot jaune Cadel Evans. Mais ni union ni force, l'affaire tournait à la neutralisation générale et au statu quo. Une journée de plus en jaune et en tranquillité pour l'Australien qui conserve sa seconde d'avance sur Frank Schleck.
Avec le départ de Ricco, deux maillots ont changé d'épaules. Celui de meilleur grimpeur est passé en cinq minutes ce matin des épaules de David De La Fuente, finalement reparti avec la Saunier Duval, à celles de Sebastian Lang (Gerolsteiner). Le blanc du meilleur jeune échoit à Vincenzo Nibali (Liquigas). Oscar Freire continue lui de conforter le vert du classement par points sans avoir, pour le moment, brillé dans le moindre sprint.



Reuters





















