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Cyclisme - Tour de France

10/07/2009 - 11:00

Astana sur un volcan


Au-delà d'une force collective sidérante, l'équipe Astana est minée par les tensions inévitables provoquées par le choc frontal entre Lance Armstrong et Alberto Contador. Ce dernier doit affirmer au plus vite sa supériorité. Dès vendredi, à Arcalis. Sinon, il va passer quelques sales moments...

Cette fois, nous y voilà. La sourde rivalité qui mine de l'intérieur l'équipe Astana s'apprête à faire du bruit. Vendredi, sur les hauteurs andorranes, il ne sera plus temps d'évoquer une pure invention journalistique, un fantasme médiatique. Il n'aura pas fallu une semaine de course pour que chacun mesure de façon concrète à quel point l'air est vicié chez Astana. A l'évidence, il y a une star de trop dans cette équipe. Quand les ego et les ambitions s'entrechoquent dans la plus grande course du monde, il n'y a plus de solution à l'amiable. Entre Lance Armstrong et Alberto Contador, l'heure de l'explication est donc venue, supplantant celle des petites phrases.

Astana sur un volcan - CYCLISME - Tour de France

A ce petit jeu, il n'y a pas eu photo cette semaine. Armstrong a gagné. Pas par K.O. Plutôt par forfait, puisque Contador a choisi de ne pas répondre. Dans ce duel à sens unique, le Texan a fait feu de tout bois, soufflant le chaud et le froid. Surtout le froid, d'ailleurs. Bien sûr, l'ami américain est trop intelligent pour balancer ouvertement, pour tancer en face. Alors il prend des chemins de traverse. Mais le message est limpide. Quand Armstrong dit qu'il n'est pas nécessaire "d'être prix Nobel" pour courir devant et éviter les cassures comme lui a su le faire sur la route de La Grande-Motte (contrairement à qui vous savez), il n'est pas non plus nécessaire d'être Einstein pour comprendre à qui le message est adressé. Surtout quand, 48 heures plus tard, à Perpignan, L.A. délivre le message suivant: "J'avais dit à Contador qu'aujourd'hui serait une journée compliquée, alors peut-être qu'il se rend compte que je sais comment ça marche, le Tour de France."

Le sablier et le grain de sable

Le ton est volontairement professoral. Condescendant. Comme il l'était déjà au mois de mars quand Armstrong, évoquant le coup de fringale de Contador sur Paris-Nice, rappelait combien le Castillan avait "du talent", mais aussi "beaucoup à apprendre." On peut y voir une force, mais aussi un aveu de faiblesse. Armstrong s'est placé sur le terrain de la parole depuis le départ, sans doute parce qu'il pressent que, dans les actes, il ne pourra être supérieur à son jeune rival. Certes, après six étapes, il est devant, pour 19 secondes. Un avantage qu'il doit avant tout à son intelligence, à sa science de la course. Mais une fois en haute montagne, l'intelligence ne suffit plus. Il faudra bien, tôt ou tard, que tout ça se règle à la pédale. Rappelons que, lors du contre-la-montre inaugural à Monaco, Contador avait pris le dessus.

Astana sur un volcan - CYCLISME - Tour de France

Voilà sans doute pourquoi l'Espagnol refuse de rentrer dans ce rapport de force psychologique que voudrait lui imposer Armstrong. Son intérêt à lui, c'est de rester focalisé sur la course et rien d'autre. Il pourrait polémiquer et répondre aux piques. C'est exactement ce que cherche L.A. ; mais il n'aurait rien à y gagner. Au contraire. Pour l'instant, Contador est dans une posture très confortable au général. Tous ses principaux rivaux sont derrière lui au classement. Il n'a pas encore abordé la montagne, son jouet favori, que son avance est déjà conséquente. Certains adversaires sont même quasiment déjà hors jeu avant même le premier massif. Une aubaine. Avec la montagne qui se profile, le temps joue pour lui. Le scénario serait parfait s'il n'y avait dans ce sablier un grain de sable plus gros que les autres, nommé Armstrong. Reste à savoir quelle attitude il doit adopter face à cette menace interne. Le mieux, s'il se sent vraiment très fort, sera peut-être de jouer sa carte personnelle quand bon lui semblera.

Armstrong: "Je sais qu'Alberto veut prendre le pouvoir"

Manifestement, Astana n'a pas le désir de lui offrir le statut que ses victoires dans chacun des trois grands tours devraient lui conférer. Drôle de leader que celui qui ne peut même pas imposer ses équipiers. Même Alain Gallopin, pourtant a priori le plus proche du coureur espagnol dans le staff d'Astana, a sidéré tout le monde il y a trois jours en estimant que dans cette équipe, il n'y avait pas un, pas deux, mais bien "quatre leaders à part entière" . Va pour Armstrong, au cursus imposant et au charisme écrasant. Mais comment peut-on sérieusement considérer que Levi Leipheimer et Andreas Kloeden jouissent des mêmes privilèges que Contador au regard des résultats de chacun ces deux dernières saisons? Tout cela laisse à penser qu'Alberto Contador est un homme seul dans son équipe. Il devra donc gagner seul. Autre certitude le concernant, s'il veut rallier Paris en jaune, il lui faut minimiser ses erreurs, car Armstrong, avec l'intelligence qui le caractérise, sautera sur la moindre occasion. Il en a commis une lundi en restant du mauvais côté de la bordure. Il l'a payée cash et Johan Bruyneel n'a pas manqué de faire rouler Haimar Zubeldia et Yaroslav Popovych.

Maintenant, de deux choses l'une. Ou Contador prend nettement le dessus dans les Pyrénées et le problème sera réglé. La route aura tranché et il n'y aura rien à dire. La polémique s'éteindra d'elle-même. Astana et Bruyneel n'auront alors d'autres choix que d'abattre l'atout maître que constitue le grimpeur ibérique. Le manager belge le fera avec talent, comme Armstrong endossera avec aisance le costume du grand frère protecteur dans lequel il aura tout à gagner, sauf le Tour. Ou bien le rapport de force entre les deux hommes reste flou au moment de la première journée de repos lundi. Dans ce cas, on voit mal comment la situation, déjà tendue, pourrait éviter de pourrir pour de bon. On en saura déjà un peu plus vendredi soir. Armstrong, qui se trompe rarement, perçoit bien l'impatience de la jeunesse. "Je sais qu'Alberto veut prendre le pouvoir sur la course, je n'ai pas besoin d'un briefing d'équipe pour me dire ça", a-t-il confié à Barcelone. Ce n'est plus le temps des faux-semblants. Le volcan Astana est prêt à entrer en éruption.

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Eurosport - Laurent VERGNE
 
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