Cyclisme - Tour de France

26/07/2009 - 20:00

Le jour des seigneurs


Le Tour de France s'est achevé en apothéose dimanche à Paris. Mark Cavendish a survolé le sprint de la 21e étape, pour signer sa 6e victoire ! Il entre dans l'histoire, au même titre qu'Alberto Contador, couronné pour la 2e fois en trois ans. Contador-Cavendish, les deux stars de cette 96e édition.

Le cyclisme a ceci d'unique et de magique que, par la diversité des terrains proposés et de la nature des champions, une épreuve peut faire roi un coureur qui termine à la 131e place du classement final, à l'image de Mark Cavendish. A sa manière, l'Anglais a ainsi marqué de son empreinte ce Tour de France 2009, presque autant que son vainqueur final, Alberto Contador. Chacun dans leur registre, à tour de rôle, les deux hommes ont dominé la concurrence de la tête et des épaules en ce mois de juillet. Dimanche, la gloire et l'histoire les ont réunis. A quelques secondes d'intervalle, ils ont franchi la ligne d'arrivée sur les Champs-Elysées comme une porte ouverte sur la légende.

Mark Cavendish, d'abord. Le sprinter britannique avait rendez-vous avec le gotha. Déjà lauréat de cinq étapes, il pouvait devenir le 10e homme, seulement, en plus d'un siècle, à glaner six succès dans une même édition. La flèche de l'Ile de Man n'a pas laissé passer l'occasion. Et de quelle manière! Lancé par son poisson pilote Mark Renshaw, Cavendish avait déjà course gagnée à l'entrée du dernier virage, soit à 400 mètres de l'arrivée. Le train jaune et blanc de la Columbia a fait exploser le peloton. Derrière Renshaw et Cavendish, un trou d'une dizaine de mètres s'est formé. Quand l'Australien s'est retiré, Cavendish avait donc déjà sa 6e victoire en poche. Sans s'occuper des autres, il a disputé son sprint comme si de rien n'était, mais il aurait presque pu prendre le temps de se refaire une beauté. La concurrence était si larguée que Renshaw a pu conserver la deuxième place, levant lui aussi les bras devant un Tyler Farrar (Garmin) dépité.

Contador, la tête et les jambes

Une image symbolique de la suprématie de Cavendish, mais aussi de toute son équipe. "Je suis le sprinteur le plus chanceux de la planète", s'est félicité le vainqueur. "Mes coéquipiers ont travaillé à partir des 50 derniers kilomètres et m'ont laissé aux 200 mètres". Bien entouré, Cavendish n'en reste pas moins un phénomène. Il vient de marquer l'histoire du Tour et celle du sprint. Personne n'avait obtenu six victoires depuis Freddy Maertens en 1976. Mais pour trouver trace d'un champion avec six victoires au sprint dans un seul et même Tour, il faut remonter à René Le Grèves en 1936. Des chiffres qui en disent long sur la performance du jeune Anglais. Le voilà avec 10 victoires au compteur en deux ans sur la Grande Boucle, à tout juste 24 ans. Seul regret, un petit manque de régularité qui le prive du maillot vert à Paris. Thor Hushovd, beaucoup moins véloce que son jeune rival, a su compenser par sa régularité et son sens tactique. Mais Cavendish n'échangerait sûrement pas ses six victoires pour la tunique verte.

Cinq secondes à peine après la victoire de Lord Cavendish, Alberto Contador est arrivé, tout aussi triomphant, bras levés vers le ciel. L'ultime libération d'un champion placé sous haute tension par sa propre équipe depuis des mois. Intrinsèquement, le Madrilène était un cran au-dessus de tout le monde. Il ne pouvait être battu par qui que ce soit. Lui seul aurait pu se mettre en danger en cédant à la guerre psychologique imposée par son "coéquipier" Lance Armstrong et, à un degré moindre, par le manager de son "équipe" Astana. Contador a tenu bon et ce fut là son principal mérite. Car sur la route, une fois arrivé sur son terrain de prédilection, en montagne, il s'est élevé sur des hauteurs où rien ne pouvait l'atteindre, par même la pire des perfidies. Plus encore que du bonheur après cette deuxième victoire finale (à seulement 26 ans), l'Espagnol doit surtout ressentir un réel soulagement. "En 2007, j'ai gagné sur le physique. Cette année, c'était une combinaison entre le physique et le mental", a-t-il confié dans un bel euphémisme.

L'histoire jugera de la place qu'il convient de donner à cette 96e édition dans le gotha du Tour de France. Loin de l'intensité de l'édition du Centenaire, ou du suspense insoutenable de 1989, ce Tour 2009 restera néanmoins mémorable, pour plusieurs raisons. A l'heure d'en parler aux nouvelles générations d'amoureux du vélo, dans 10, 20 ou 30 ans, on se souviendra donc de Contador et de Cavendish. Sans le moindre doute. On se rappellera peut-être également que ce fut le Tour du retour de Lance Armstrong, dont on ne peut nier l'impact sur l'épreuve. L'Américain, par sa personnalité ambivalente, par son indéniable charisme et son goût de la compétition, a contribué à donner un souffle supplémentaire à cette Grande Boucle. Qui sait, on dira peut-être aussi que 2009 fut un Tour sans le moindre contrôle positif, après trois éditions particulièrement noires sur ce point. Savoureuse ironie. Lance Armstrong, champion le plus controversé de l'histoire sur ce point, était absent de ce triptyque maudit. Après tout, peut-être suffisait-il que le Texan revienne pour que le Tour retrouve de sa sérénité. Qui l'eut cru?

Eurosport - Laurent VERGNE
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