C'est bien connu, le prologue est une affaire de spécialiste. Et il n'y a pas de meilleure spécialiste au monde dans cet exercice que Fabian Cancellara. Fidèle au rendez-vous qu'il s'était lui-même fixé, le Suisse a dominé les débats samedi à Liège, sur les 6,4 kilomètres du tracé inaugural de cette 99e édition. Pour la cinquième fois de sa carrière, égalant ainsi Bernard Hinault, il s'est imposé dans le chrono inaugural. Personne n'a pu rivaliser avec lui. Pas même Bradley Wiggins et Sylvain Chavanel, qui le suivent, d'assez loin, au classement, puisqu'ils lui ont rendu sept secondes. Plus d'une au kilomètre.
Parti en avant-dernière position, le roi des rouleurs était déjà en tête à mi-parcours, devançant d'une petite seconde Sylvain Chavanel et il a encore accentué son avance dans les trois derniers kilomètres. Le champion de France du contre-la-montre, surmotivé le jour de son 33e anniversaire, n'a pu tenir la distance jusqu'au bout par rapport à Cancellara. Dommage, mais il sort renforcé de ce prologue. Le maillot jaune a aussi bénéficié des malheurs de Tony Martin, victime d'une crevaison. On ne saura jamais si l'Allemand, l'homme qui a détrôné Cancellara du titre de champion du monde du chrono l'an dernier, aurait pu le battre. Le duel aurait probablement été serré mais, sur une distance si courte, le Suisse est quasi injouable.
Wiggins marque son territoire
Le tracé liégeois rappelait d'excellents souvenirs à Fabian Cancellara puisqu'il avait déjà enlevé le prologue du Tour de France 2004 ici-même, sur un parcours identique, à 150 mètres près. En huit ans, son palmarès s'est considérablement étoffé, mais sur le fond, rien n'a changé. Il reste le maître. Sa victoire va ôter un gros poids à l'équipe RadioShack-Nissan Trek, qui abordait ce Tour dans des conditions difficiles entre dissensions internes, accusations contre son manager Johan Bruyneel et forfait de son leader Andy Schleck. Cancellara, au milieu de ce tumulte, reste imperturbable. Son Tour est déjà réussi.
S'il est l'unique triomphateur et le grand vainqueur, Cancellara n'est pas le seul à pouvoir se montrer satisfait. Au-delà du gain de l'étape et du premier maillot jaune, l'enjeu du chrono inaugural tenait évidemment au comportement des principaux favoris. Considéré par beaucoup comme l'homme à battre, Bradley Wiggins n'a pas mis longtemps à marquer son territoire. Dauphin de Cancellara, le Britannique a donc déjà pris du temps à tous ses adversaires. Le voilà nanti d'une avance de dix secondes sur Cadel Evans. Le tenant du titre a pris la 13e place. Correct, sans plus. Denis Menchov (8e), Vincenzo Nibali (14e) ou Ryder Hesjedal (15e) sont dans les mêmes eaux. Tout ce petit monde se tient en une poignée de secondes.
Pour d'autres, en revanche, l'addition est déjà un peu plus salée. Parmi les leaders, on citera Robert Gesink, qui a concédé 26 secondes à Cancellara, soit quasiment 20 à Wiggins. Ce dernier a creusé un écart plus significatif encore sur des coureurs comme Levi Leipheimer (très décevant, avec une 81e place), relégué à 21secondes de Wiggo, tout comme Jurgen Van den Broeck. Moins surprenants sont les résultats de Frank Schleck et Samuel Sanchez, qui ont déjà lâché plus de trente secondes sur Wiggins. Sur un peu plus de six kilomètres de contre-la-montre, c'est beaucoup. Surtout quand on sait qu'il en reste 95...
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