La force de l'habitude n'entame pas celle du bonheur. Fabian Cancellara a beau avoir signé samedi sa cinquième victoire dans un chrono inaugural sur le Tour de France (quatre prologues et le contre-la-montre de Monaco en 2009), rejoignant dans le gotha un certain Bernard Hinault, il ne s'en lasse pas. Mieux, il place ce succès-là dans la catégorie de ceux qui comptent plus que les autres. "J'ai l'habitude des victoires sur les prologues mais, aujourd'hui (samedi), c'était vraiment spécial, a-t-il expliqué après avoir dominé la concurrence samedi à Liège. Parmi toutes mes victoires, celle-ci va être au sommet. Elle est encore plus spéciale que les autres sur le Tour de France."
Le Suisse a quelques raisons de considérer de la sorte son dernier succès en date. D'abord parce qu'il avait à coeur de s'imposer à nouveau là où tout avait commencé pour lui sur le Tour. Lorsqu'il a su que la 99e édition de la Grande Boucle débuterait à Liège, par un prologue, il n'a pu s'empêcher d'y voir un signe. C'est là que Cancellara avait décroché sa première grande victoire, en 2004, endossant le maillot jaune pour la première fois. Or, le tracé était quasiment identique en tous points à celui de 2004. "Je ne voulais laisser personne d'autre gagner ici, sourit-il. Gagner le prologue à Liège à 23 ans et réussir à en faire de même huit ans plus tard, c'est vraiment quelque chose. J'ai souvent regardé cette course d'il y a huit ans. Je pourrais aussi regarder cette journée beaucoup de fois !"
L'autoportrait du leader
Mais il est une autre référence, nettement plus récente, qui donne un relief particulier à ce succès. Un autre souvenir belge, plus douloureux: sa chute lors du Tour des Flandres le 1er avril dernier. La clavicule en vrac, il avait dû renoncer à ses ambitions printanières. Le coup avait été rude, mais il n'a pas renoncé pour autant. Bien au contraire. "Après ma chute, reprend le Bernois, j'aurais pu dire 'A l'année prochaine' mais ce n'est pas moi. C'est trop facile de baisser la tête et de laisser tomber". Il dit être reparti au combat, pour lui, sa famille et son équipe. "Je leur dois ça. C'est ma responsabilité", dit-il.
Au passage, il en profite pour donner sa définition du leader: "Un leader ne peut pas être faible, c'est quelque chose que j'ai appris lors des classiques où il faut se battre et des jours passés en jaune. Un leader, ce n'est pas quelqu'un qui gagne, c'est quelqu'un qui travaille dur pour y arriver." Un esprit mal placé pourrait presque voir dans cet autoportrait une critique à peine voilée envers un autre leader présumé de son équipe qui traverse 2012 tel un fantôme... Mais l'heure n'était pas à la polémique samedi soir chez RadioShack. Les temps ont été assez agités comme ça.
D'ailleurs, il l'assure, il est resté hermétique aux rumeurs et à la morosité ambiante. Les accusations contre Johan Bruyneel, manager de la formation américaine, qui a choisi de s'abstenir de venir sur le Tour? Spartacus les balaie d'un revers de la main. Lui c'est lui, moi c'est moi: "C'est une vieille histoire, ça s'est passé il y a de longues années. Lance et Johan sont ceux qui sont concernés par ce problème. C'est leur problème à eux, je suis là pour faire mon métier de coureur. J'avais connu une situation un peu semblable avec Bjarne Riis sur des problèmes qui s'étaient passés auparavant et ça avait été important de garder le calme dans l'équipe. On en parle beaucoup mais je ne peux pas penser à ça et faire des contre-performances." Peu importe la violence de la tempête, Cancellara avance. Encore et toujours. Rien ne doit le détourner du cap qu'il se fixe. "Ca fait sept mois que je me bats pour réaliser ce que j'aime: gagner." Mission accomplie. Encore.



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