Dans la rase campagne lorraine, au milieu de nulle part ou presque, un jeu de dominos. Au beau milieu, Pierre Rolland, leader d'Europcar, candidat au top 10 et plus si affinités, et l'une des principales chances françaises pour bien figurer à Paris. "J'ai relevé Pierre Rolland, j'ai cru qu'il avait la clavicule cassée. Et peut-être qu'il l'a. C'est des moments fous, la vitesse à laquelle c'est tombé", s’est inquiété Thomas Voeckler une fois la ligne franchie.
"La chute a dû avoir lieu aux alentours de la 40e place. C'était vraiment impossible de l'éviter. J'ai pensé pouvoir un moment m'en sortir mais des coureurs m'ont percuté par l'arrière", nous confie l'Orléanais d'une voix qui laisse deviner l'anéantissement qui s'abat sur ses épaules. "Thomas est venu me chercher dans un champ, j'étais complètement sonné. Il a tenté de retrouver mon vélo dans le tas mais c'était un vrai chantier. Christophe m'a donné le sien." Le bilan, deux minutes perdues sur la ligne et un peu plus que cela : "J'ai très mal à une côte et j'ai le coude arraché. J'ai mal au dos car j'ai été touché par l'arrière. On verra ce soir si j'ai besoin de faire des points de suture ou si j'ai besoin de faire des radios."
"Une grosse déception"
Cruel car jusqu'ici tout s'était passé à merveille pour lui. 45 secondes concédées à Cancellara sur le prologue et puis plus rien. La formation vendéenne avait protégé son leader à merveille et Rolland, qui ne redoute rien de plus que les premières semaines nerveuses des grands tours, s'était même payé le luxe de pointer le bout de son casque en tête de paquet à Boulogne-sur-Mer et Seraing.
Flanqué de lieutenants et d'un ange-gardien fidèle et protecteur (Davide Malacarne), Rolland filait vers la montagne sans avoir laissé de gomme. Mais il lui aura manqué 25 kilomètres : "C'est une grosse déception parce que l'équipe avait travaillé à merveille depuis le début du Tour", a-t-il constaté amer. "A la limite, j'aurais préféré tombé et perdre du temps au début de la semaine." "C’est une sale journée, vraiment une sale journée. On perd gros aujourd’hui", a pesté Jean-René Bernaudeau.
Cruelles circonstances de course : Pierre Rolland n'avait pas son bras droit à ses côtés. Davide Malacarne bénéficiait de son seul bon de sortie des trois semaines sur une étape a priori tranquille et sans piège. "Cyril, Yohann, Giovanni : tout le monde m'a attendu", a tout de même noté Rolland. "Mais on ne pouvait rien faire, le peloton filait trop vite et il était déjà trop loin. Des gars sont revenus sur notre groupe en s'accrochant aux voitures des directeurs sportifs. De toute façon, ça se passe toujours comme ça."
Tendu par une journée galère, Rolland ne veut pas tirer un trait sur ses ambitions. "Je garde le moral même si j'ai connu des jours meilleurs. Je ne vais pas non plus me morfondre sur mon sort", tente-t-il de se convaincre. A l'heure d'arriver sur son terrain, Rolland, qui assure qu'il sera bien au départ ce samedi, a sans doute pris un coup au moral. Difficile de l'imaginer fringant dans la Planche des Belles Filles, ce qui devait être son premier rendez-vous.
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AFP
























